Critique Express : Dites lui que je l’aime

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Dites lui que je l’aime 

France : 2025
Titre original : –
Réalisation : Romane Bohringer
Scénario : Romane Bohringer, Gabor Rassov, d’après l’œuvre de Clémentine Autain
Interprètes : Romane Bohringer, Clémentine Autain, Eva Yelmani, Josiane Stoléru
Distribution : ARP Sélection
Durée : 1h32
Genre : Drame, documentaire
Date de sortie : 3 décembre 2025

4.5/5

Synopsis : Romane décide d’adapter pour le cinéma le livre de Clémentine Autain consacré à sa mère. Ce projet va l’obliger à se confronter à son passé et à sa propre mère qui l’a abandonnée quand elle avait neuf mois.

Lorsque Romane Bohringer s’est plongée sur une plage de Guadeloupe dans la lecture de « Dites lui que je l’aime », le livre de Clémentine Autain paru en 2019, elle a très vite perçu combien ce qu’avait vécu celle qui allait devenir une femme politique importante était proche de ce que elle, future comédienne, future réalisatrice, avait subi de son côté : toutes les deux ont dû se construire dès leur plus jeune âge dans l’absence d’une mère jouant réellement son rôle de mère, avec la comédienne Dominique Laffin, une mère alcoolique et dépressive pour Clémentine, avec une mère portée sur la drogue pour la mère de Romane qui a en plus abandonné le foyer familial alors que sa fille n’avait que 9 mois. Puis, toutes les deux ont dû aborder leur adolescence en l’absence totale de mère, les deux génitrices ayant disparu dans des circonstances tragiques alors qu’elles avaient respectivement 12 et 14 ans. L’idée d’adapter ce livre au cinéma s’est imposée à elle et elle a obtenu les droits pour cette adaptation. Déjà présente dans L’amour flou, le film réalisé en 2018 par Romane Bohringer et Philippe RebbotClémentine Autain s’est engagée à laisser une très grande liberté à Romane quant à la façon de porter à l’écran ce qu’elle avait écrit. Une « façon » qui a évolué avec le temps, en partant d’un objet fictionnel avec une comédienne pour jouer le rôle de Clémentine Autain pour finir par une « façon » qui tient de la fiction et du documentaire, un peu comme ce que la réalisatrice tunisienne  Kaouther Ben Hania avait fait dans Les filles d’Olfa, et dans laquelle Romane Bohringer  intervient à l’écran dans son propre rôle.

Lorsque le projet de film en était à une pure fiction, Romane Bohringer avait procédé à une séance de casting pour trouver l’interprète de Clémentine Autain et la représentation de cette séance pour laquelle elle avait fait appel à 3 amies comédiennes, Céline Sallette, Julie Depardieu et Elsa Zylberstein, nous vaut un des moments les plus savoureux du film. Dans la mouture finale, c’est finalement Clémentine Autain qui a accepté d’interpréter son propre rôle et, en plus, de lire certains passages de son livre ce qui donne au récit une plus grande authenticité. Le choix de l’interprète de Dominique Laffin s’est porté sur une comédienne débutante, Eva Yelmani, dont Romane Bohringer est la première à reconnaitre qu’elle a plus de points communs avec Maggy, sa propre mère, qu’avec la mère de Clémentine. Au final, c’est un film bouleversant et plein d’inventivité que nous propose Romane Bohringer, un film dans lequel, finalement, sa propre existence a autant d’importance que celle de Camille Autain, les trajectoires de l’une et de l’autre se complétant pour donner un tableau très riche des rapports que certaines femmes peuvent entretenir dans leurs souvenirs avec des mères qui, certes, ont été des mères toxiques mais qui, quand même, étaient LEURS mères. A côté de scènes très fortes, comme celle où la très jeune Camille, très bien interprétée par Liliane Sanrey Baud, assiste dans le bar d’un hôtel d’une station de sports d’hiver au comportement pathétique de sa mère, déjà bien éméchée,  qui quémande un dernier verre à un barman qui le lui refuse obstinément, on se réjouit d’assister à des scènes très drôles, comme celle du casting évoqué plus haut ou celles des rencontres de Romane avec sa psy, interprétée par Josiane Stoleru et dont le comportement, face à sa façon de dont sa patiente fait l’autruche, s’avère d’une brusquerie peu habituelle dans ce corps de métier.

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