Critiques de films Drame Thriller — 08 novembre 2012
Oliver Sherman

affiche

Canada : 2010
Titre original : –
Réalisateur :
Scénario : Ryan Redford
Acteurs : , ,
Distribution : Kanibal Films Distribution
Durée : 1h22
Genre : Drame, Thriller
Date de sortie : 07 novembre 2012

Globale : [rating:4][five-star-rating]

C’est petit à petit que Oliver Sherman, premier long métrage du canadien Ryan Redford, est arrivé sur nos écrans : tournage en novembre 2009, première projection au Festival de Toronto en septembre 2010, Festival Paris Cinéma et Festival de la Rochelle en juillet 2011, le film est repéré par Kanibal Films Distribution, une petite boite de distribution française aux choix pointus et, le plus souvent, judicieux. Mercredi 7 novembre, il arrive sur une vingtaine d’écrans français. Une seule chose à souhaiter : un bouche à oreille positif qui le fasse rester longtemps sur ces écrans … et sur d’autres.

Synopsis : Perdu et déconnecté des réalités, sans famille, le vétéran Oliver Sherman s’installe à la campagne, à la recherche du soldat qui lui a sauvé la vie pendant la guerre. Cet homme, Franklin Page, depuis longtemps passé à autre chose, a une femme, deux enfants et un emploi stable dans une ville rurale tranquille. A son arrivée, Sherman semble inoffensif, presque maladroit derrière sa carapace. Mais, au fur et à mesure qu’il s’immisce dans la vie des Page, il se révèle en colère, fragile, instable et enclin à une grande jalousie et à un ressentiment profond. La stabilité que Franklin s’était donné tant de mal à construire est bientôt menacée, et la violence qu’il croyait avoir laissée derrière lui commence à réapparaître, planant à la fois sur sa famille et sur la ville elle-même.

duo

Les séquelles d’une guerre

Comment se fait-il que, parfois, les toutes premières images d’un film vous font tout de suite rentrer en symbiose avec un film ? S’agissant, pour Oliver Sherman, de la vision d’un homme aux cheveux courts, vu de dos, qui se détache sur un arrière plan de station-service au milieu de nulle part, on pourrait penser à un goût particulier pour les grands espaces américains. Peut-être, même si, finalement, le film va s’avérer avant tout psychologique et intimiste. Adapté de Veteran, une nouvelle de Rachel Ingalls parue en 2005, Oliver Sherman nous décrit la trajectoire totalement différente de deux hommes ayant participé quelques années auparavant à une guerre traumatisante. Cette guerre, on ne saura jamais s’il s’agit de la guerre menée par les américains en Irak ou bien de celle menée en Afghanistan. Peu importe, après tout ! Toujours est-il que l’homme aux cheveux courts, c’est Oliver Sherman, à moins que ce soit Sherman Oliver, en tout cas, c’est un ancien soldat qui souffre des séquelles d’une blessure à la tête et dont le retour à la vie civile ne se déroule pas dans les meilleures conditions. Celui qui lui a sauvé la vie le jour où il a été blessé, c’est Franklin Page qui, lui, a su retrouver une vie « normale », qui a un travail, qui a épousé Irene et qui vit avec cette femme charmante et leurs 2 enfants dans une maison totalement isolée dans la campagne. C’est cette maison et cette famille qu’Oliver Sherman va rejoindre dès le début du film.

femme

Une réalisation intelligente

C’est avec beaucoup de sensibilité, de sens du rythme et du cadrage que Ryan Redford va nous entraîner dans la confrontation qui va se dérouler entre Oliver Sherman, Franklin et Irene. Si Franklin et Irene (surtout Irene!) apparaissent tout de suite comme francs du collier, c’est tout le contraire pour Oliver Sherman. Est-il avant tout reconnaissant envers celui qui lui a sauvé la vie ? Est-il jaloux du bonheur de son sauveur ? Est-il surtout velléitaire ? Est-il violent ? A-t-il toute sa tête ? Subtilement, Ryan Redford tourne autour des différentes facettes de cette personnalité tout en créant petit à petit une tension qui n’a rien d’artificielle. Face à Oliver Sherman, la fragilité de Franklin et d’Irene apparaît petit à petit, Irene étant la plus traumatisée par le comportement de Sherman. Cela ne l’empêche pas de savoir sortir au bon moment la réplique imparable : comme lorsque les 2 anciens soldats lui glissent qu’elle ne peut pas savoir ce que sont les souffrances physiques de la guerre et qu’elle leur répond que ce n’est peut-être pas pire que les souffrances subies lors de ses 2 accouchements.

enfant couteau

Trois comédiens remarquables

Pour interpréter ce trio, il fallait, pour Ryan Redford, trouver des interprètes adéquats. C’est peu de dire qu’il a eu la main heureuse ! Aucun des 3 comédiens ne jouit d’une très grande notoriété, même si ils pourront paraître familiers à certains spectateurs, en particulier aux adeptes des séries américaines. Garret Dillahunt, prodigieux interprète d’Olivier Sherman, on l’avait déjà rencontré dans des rôles plus ou moins importants dans No Country for Old Men, dans L’assasinat de Jessy James par le lâche Robert Ford, dans Winter’s Bones, dans Looper, dans La Route et dans de nombreuses séries. Dans le rôle d’Oliver Sherman, qu’un Jack Nicholson plus jeune aurait pu interpréter mais qu’il aurait probablement gâché en chargeant un peu trop la barque, il arrive, avec une grande sobriété, à passer d’un profil plutôt sympathique à un profil profondément inquiétant en quelques secondes.Très crédible interprète d’un Franklin sympathique et embarrassé par le comportement de son ancien compagnon d’arme, Donal Logue est surtout un interprète de séries : Dr House, Urgences, … Quant à la canadienne Molly Parker, qui excelle à mélanger force et faiblesse dans le rôle d’Irene, elle est surtout connue pour le rôle d’Alma Garret dans la série Deadwood dans laquelle apparaissait également Garret Dillahunt.

Résumé

Si, par la qualité de la réalisation, par le jeu des comédiens, par l’histoire qu’il raconte et le suspens qui dure jusqu’à la fin, Oliver Sherman est un film susceptible de plaire à un nombreux public, il peut procurer à certains spectateurs un plaisir supplémentaire : il prouve qu’on peut créer une tension et, d’une certaine façon, faire peur au spectateur sans faire appel à des effets spéciaux plus ou moins sophistiqués et sans déferlement d’hémoglobine. On attend avec une certaine impatience le prochain film de Ryan Redford.

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Jean-Jacques

Cet article a été rédigé par Jean-Jacques Corrio, Rédacteur de Critique Film. Lire tous ses articles