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Critiques de films Drame — 08 octobre 2017
Critique : Le Mépris


France, Italie, 1963
Titre original : –
Réalisateur :
Scénario : Jean-Luc Godard, d’après un roman de Alberto Moravia
Acteurs : , , ,
Distribution : Carlotta Films
Durée : 1h44
: Drame
Date de sortie : 20 novembre 2013 (Reprise)

Note : 4,5/5

Dans l’absolu, un film parfait existe-t-il ? Pour en avoir vu sans doute des milliers au cours d’une passion cinéphile plus ou moins marquée au fil des ans, nous devons admettre qu’il n’y en a pas énormément, sous réserve des aléas toujours très subjectifs du goût personnel et de la réceptivité pour certains styles ou thématiques à tel ou tel moment de notre vie. Le Mépris s’approche toutefois de cet idéal avec une régularité bluffante, par le biais d’une admiration quasiment sans bornes que nous éprouvons à l’égard du chef-d’œuvre de Jean-Luc Godard. Tandis que nous avions gardé un souvenir assez partiel de ses morceaux de bravoure distincts – la musique de , la photographie de , à laquelle la restauration numérique très inégale peine d’ailleurs à rendre justice –, c’est sa portée sentimentale, à fleur de peau car douloureuse, qui nous a le plus subjugués lors de nos retrouvailles inopinées avec ce classique du cinéma. Son réalisateur y excelle dans l’association plus qu’astucieuse des hautes sphères artistiques à la banalité d’un couple en pleine rupture : l’antithèse du romantisme sur fond d’une conception du cinéma ironiquement snob. Car comme la plupart des films qui nous tiennent particulièrement à cœur, Le Mépris est avant tout un hommage vibrant au cinéma, à son pouvoir de séduction et d’élévation intellectuelle, miné sans cesse par un recours à l’artifice dont le revers réaliste n’est que pessimisme et tragédie.

Synopsis : Le scénariste Paul Javal, marié à l’ancienne sténographe Camille, est convoqué par le producteur américain Jeremy Prokosch dans un studio italien. Il devrait y voler au secours du tournage problématique du dernier film du réalisateur mythique Fritz Lang, une adaptation de L’Odyssée d’Homère, dont il est censé retravailler le scénario. Paul accepte à contrecœur la proposition de Prokosch, d’autant moins convaincu du bien-fondé de sa démarche que le producteur ne tarde pas à faire des avances à sa femme. Or, ce qui déstabilise le plus l’écrivain frustré, au lieu des différences créatives entre Lang et Prokosch, c’est le changement d’attitude subit de Camille envers lui.

Finie la tendresse

La mémoire mondiale du cinéma a surtout retenu les premières répliques du Mépris, où les amoureux s’échangent des mots doux et vaguement érotiques, la femme passant en revue les parties de son corps que son mari acquiesce adorer sans exception. La véritable portée affective du film va cependant beaucoup plus loin que ce roucoulement sous la couette au petit matin. Il y est question de la fragilité des sentiments, ainsi que de cette transformation horrible qui voit sans préavis des amants devenir des adversaires. Au cœur de cette tragédie conjugale se situe une Brigitte Bardot probablement jamais plus délicate que dans l’interprétation de ce simulacre d’une femme fatale, que l’on pourrait après tout aussi bien interpréter comme une ménagère docile, écœurée par la facilité avec laquelle son mari l’abandonne corps et âme à un autre homme. Son jeu des regards blessés et des poses prises au piège entre la provocation et une lascivité presque enfantine érigent sans la moindre affectation son personnage en monument du Septième art. Or, pour qu’un couple fonctionne d’un point de vue dramatique, soit en s’aimant de manière fusionnelle, soit en s’entre-déchirant, il faut toujours être à deux. Son pendant masculin aurait difficilement être plus magistralement complémentaire sous les traits de Michel Piccoli. Celui-ci y campe un homme peut-être encore plus complexe – parfois un salaud jaloux, parfois un lâche indifférent – que son épouse, d’ores et déjà porteuse, ne serait-ce qu’à l’état embryonnaire, de bon nombre de revendications féministes à venir.

Voyage en Italie

A l’intimité en pleine tempête, agencée de main de maître par la mise en scène de Jean-Luc Godard, répond en quelque sorte le volet qui se moque autant qu’il met en abîme le monde du cinéma, depuis ses modes de production clinquants jusqu’aux interrogations existentielles d’artistes qui veulent y voir autre chose qu’une machine à fric. Les deux protagonistes de cette lutte éternelle entre le commerce et l’art sont évidemment le producteur manipulateur et hédoniste d’un côté, interprété avec une désinvolture cynique par Jack Palance, et le vieux metteur en scène roublard de l’autre, le géant Fritz Lang dans ce qui allait être sa dernière participation au monde du cinéma et quel chant de cygne plein de lucidité instruite et espiègle ! Le support de leur lutte – sans merci et néanmoins condamnée au statu quo du compromis – pour le monopole idéologique du cinéma est l’adaptation passablement bizarre d’une épopée grecque, conçue comme une contemplation abstraite dont le seul attrait pour le public seraient les nymphes se baignant nues dans les flots d’un bleu profond de la mer Méditerranée. Bien sûr, l’observateur très fin de toutes les manifestations de l’art médiatique que Jean-Luc Godard était déjà à l’époque laisse planer le doute quant à la valeur sans équivoque à donner à cette succession d’estampes filmées, aussi belle que lourdement prétentieuse. Il nous paraît en tout cas parlant que cette partie-ci du Mépris entretient au mieux une progression en parallèle avec les soucis plus terre-à-terre du couple, pourtant confronté aux mêmes contradictions qui avaient poussé jadis Ulysse à emprunter un grand détour avant de rentrer au bercail.

Conclusion

Le Mépris est tellement plus que le thème de Camille qui a assuré une place à Georges Delerue au panthéon des musiques de film, que les images splendides signées Raoul Coutard, dont l’une avait même été choisie comme motif de l’affiche officielle du de Cannes l’année passée, et même plus que les fesses rondes de Brigitte Bardot ! C’est pour nous l’un des coups de maître de Jean-Luc Godard, le film au croisement parfait entre de discrètes expérimentations formelles, par exemple au montage ou sur la bande son, une analyse au ton acerbe du mode opératoire du cinéma et son influence sur le spectateur, ainsi que la catastrophe guère embellie d’une rupture, à la laideur sentimentale paradoxalement sublime !

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Auteur

Tobias Dunschen

Cet article a été rédigé par Tobias Dunschen, Rédacteur de Critique Film. Lire tous ses articles