Critiques de films Drame — 12 février 2018
Critique : Notre enfant


: 2017
Titre original : Una Especie de Familia
Réalisation :
Scénario : Diego Lerman,
Interprètes : , Daniel Aráoz,  
Distribution :
Durée : 1h35
Genre : Drame
Date de sortie : 18 avril 2018

3.5/5

Alors qu’il n’a aujourd’hui que 41 ans, Diego Lerman fait partie depuis plus de 15 ans des réalisateurs à l’origine de ce qu’on a appelé le Nouveau Cinéma Argentin. C’est en effet en 2002, alors qu’il n’a que 26 ans, qu’il a réalisé Tan de repente, son premier long métrage. Depuis, quatre longs métrages de fiction se sont succédé, Mientras tanto, L’oeil invisible, Refugiado et, aujourd’hui, Notre enfant.

Synopsis : Médecin de Buenos Aires, Malena s’apprête à devenir mère au terme d’une démarche d’adoption longue et éprouvante. Remplie d’espoir, elle parcourt les 800 kilomètres qui la séparent de la mère biologique. Mais au moment de retrouver son bébé, Malena apprend que la famille de l’enfant lui impose de nouvelles conditions…

L’adoption d’un bébé

Une voiture à l’arrêt, la pluie qui tombe drue, le bruit lancinant des balais d’essuie-glace, une jeune femme : quel est donc l’objet de cette longue réflexion à laquelle se livre Malena ? Quel événement peut bien la pousser à finalement prendre la route sous une pluie battante ? On va vite comprendre qu’il s’agit d’aller assister, dans l’hôpital d’une petite ville argentine, à un accouchement, celui du bébé que Marcela va mettre au monde et pour lequel est prévue une procédure d’adoption en faveur de Malena.

Médecin à Buenos-Aires, Malena va tout d’abord retrouver dans cet hôpital le Docteur Costas, un confrère qui a organisé cette « opération » qui, dans un premier temps, semble ne rien avoir de mercantile. Sauf que les événements qui suivent l’accouchement vont amener le spectateur à se poser un certain nombre de questions qui, pour certaines, resteront sans réponse jusqu’à la fin du film : qu’y a-t-il de vrai dans cette histoire du mari de Marcela qui aurait eu un accident amenant un dénommé Torres, présenté comme étant un parent de Marcela, à exiger 10 000 dollars pour pouvoir « prendre possession » de ce bébé ? Pourquoi, alors qu’il n’a pas accompagné sa femme, la présence de Mariano, le mari de Malena est-elle, parait-il, indispensable ? Machisme ordinaire, comme peut le laisser penser le « On décidera entre hommes » prononcé par Torres, ou bien autre chose ? Le Docteur Costas est-il aussi honnête qu’il semble l’être ? Quel rôle joue vraiment la doctoresse Pernia ?

Un amour maternel qui génère une forme de folie

Après Refugiado, un film sur les violences conjugales, Diego Lerman s’intéresse à ce que représente l’amour maternel chez une femme qui, dans le passé, a accouché d’un enfant mort-né et qui, ne pouvant ans doute plus avoir d’enfant, s’est tournée vers l’adoption. Un amour maternel qui, pour Malena, se doit d’être très fort pour arriver à surmonter tous les obstacles qui se dressent sur son chemin, qu’ils soient d’ordre juridique, moral ou, qui sait, artificiellement montés par des gens sans scrupule. En plus, les questions évoquées plus haut et que se pose le spectateur, Malena doit bien les avoir aussi quelque part dans sa tête, et tout cela explique qu’une forme de folie semble l’envahir petit à petit.

En laissant très souvent le spectateur dans le doute, le réalisateur a très probablement souhaité qu’il ne soit jamais en avance sur son personnage principal et il faut reconnaître que c’est assez habile d’un point de vue scénaristique. Par contre, il y a une autre interrogation que Malena, à coup sûr, ne partage pas avec le spectateur et qui, restant sans réponse à la fin du film, peut arriver à l’irriter : quel est l’état du couple formé par Malena et Mariano au moment où se déroule l’action du film ? En effet, tout au long du film, le spectateur est confronté à des petits détails qui, additionnés, donnent l’impression que c’est un couple qui bat de l’aile : par exemple, le fait que Mariano ne soit pas venu dans un premier temps, ce « on a eu quelques soucis, mais me voilà », lâché par Malena lorsqu’elle rencontre le docteur Costas avant l’accouchement, ce « qu’est-ce que j’ai à voir avec toute cette histoire », hurlé par Mariano en face de Malena, le fait que Malena s’engage à rembourser les 10 000 dollars à Mariano s’il accepte de les lui prêter afin qu’elle puisse repartir à Buenos-Aires avec ce bébé tant espéré. Et puis, lorsque Mariano arrive, des moments tendres entre celui-ci et Malena viennent mettre le doute dans l’esprit du spectateur.

Par ailleurs, le réalisateur n’oublie pas d’aborder le côté social de l’arrangement entre Marcela et Malena : d’un côté, une famille qui vit dans la pauvreté, avec déjà 3 enfants à nourrir ; de l’autre côté, une jeune femme médecin à Buenos-Aires. Dans ce contexte, on est d’ailleurs surpris que la somme de 10 000 dollars qui fait son apparition  après l’accouchement apparaisse totalement exorbitante pour une femme exerçant cette profession de médecin.

 

Une grande comédienne

Dans ce film qui présente pas mal de qualités tout en n’étant pas exempt de quelques défauts, il y a un élément qui le tire indéniablement vers le haut : le jeu de Bárbara Lennie, l’interprète de Malena. Alors que sa famille est originaire d’Argentine, Notre enfant est le premier film qu’elle ait tourné dans ce pays. Par contre, sa filmographie espagnole est assez étoffée avec un petit rôle dans La piel que habito de Almodovar, et, surtout, des rôles importants dans La niña de fuego, El niño, Dieu, ma mère et moi et L’accusé. Dans Notre enfant, elle est pratiquement de tous les plans et, par son jeu très sobre et plein de nuances, elle peint à la perfection ce personnage de Malena, avec ses doutes, sa volonté, sa sensibilité, ce glissement progressif vers la folie. On retrouvera bientôt cette comédienne dans Petra, le nouveau film très attendu de Jaime Rosales et dans lequel elle joue le rôle-titre.

Conclusion

Il n’est pas toujours facile d’être confronté à un film qui, lorsqu’il se termine, n’a pas répondu à toutes les questions qu’on a pu se poser. C’est le cas de Notre enfant, mais, à une interrogation près, il faut reconnaître que c’est pour la bonne cause : le spectateur peut ainsi se glisser plus facilement dans la peau du personnage principal lequel est, par ailleurs, magistralement interprété par Bárbara Lennie.

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Auteur

Jean-Jacques

Cet article a été rédigé par Jean-Jacques Corrio, Rédacteur de Critique Film. Lire tous ses articles