Biopic Critiques de films Drame — 12 novembre 2017
Critique : La passion Van Gogh

La passion

Angleterre, Pologne, 2017
Titre original : Loving Vincent
Réalisateur : Dorota Kobiela et Hugh Welchman
Scénario : Dorota Kobiela, Hugh Welchman et Jacek Dehnel
Acteurs : , ,
Distribution : La Belle Company
Durée : 1h35
Genre : ,
Date de sortie : 11 octobre 2017

4,5/5

Présenté avant tout comme un pari esthétique très fort, ce qui était déjà un important motif d’attente, serait peut-être bien finalement un des meilleurs représentants du biopic ultime. C’est-à-dire le biopic qui allie amoureusement forme et fond, qui use de tous les artifices cinématographiques pour parler le mieux possible de son sujet. Et ici, quelle meilleure manière de parler de l’oeuvre de Van Gogh que d’adopter sa forme de peinture dans l’esthétique du film ? Encore mieux, les scènes et les personnages prennent vie à l’intérieur même de ses tableaux, animés pour l’occasion.

Synopsis : Synopsis : En 1891, à Paris, Joseph Roulin demande à son fils Armand de remettre une lettre à Théodorus Van Gogh, le frère du peintre Vincent Van Gogh qui s’est donné la mort. Même si Van Gogh avait peint son portrait quelque temps plus tôt, Armand reste persuadé, comme la plupart des gens, que Vincent Van Gogh était un fou plus ou moins dangereux. Armand accepte à contrecœur pour faire plaisir à son père, mais il apprend quelques mois plus tard que le frère de l’artiste est mort . La mission d’Armand semble ne plus avoir de sens, mais, dans l’intervalle, les premiers éléments qu’il a appris sur la mort du peintre lui ont donné envie d’en savoir plus. Dès lors, Armand se rend à Auvers-sur-Oise pour enquêter sur la vie intime et artistique de Vincent van Gogh.

Tableaux animés

En plus d’être visuellement abouti et absolument magnifique, ce procédé de mise en scène permet de mettre en scène des oeuvres de Van Gogh sans avoir besoin d’en parler. Par ce simple fait, le film se situe déjà en bon compromis entre le biopic didactique qui ne fait que parler de l’oeuvre de manière épurée (et souvent ennuyeuse, comme le récent Le jeune Karl Marx), et le biopic trop romancé, qui préfère balancer des tartines sur les problèmes de drogue ou sentimentaux du créateur plutôt que de sa création (pas besoin d’en citer, ils sont légions).

Dans La Passion Van Gogh, les oeuvres parlent d’elles-mêmes. Quelque part, on pourrait le comparer à The Social Network, qui a en commun une direction narrative similaire à base de flashbacks. Mais même l’excellent film de Fincher ne possède pas la même force esthétique, malgré son sens du montage très fort. Car ce qui fait la beauté émotionnelle du film de Dorota Kobiela et Hugh Welchman, c’est que cette beauté provienne à la fois du propos développé sur la personnalité de l’artiste et de la perfection visuelle qui, d’ailleurs, évoque aussi par son style le propos, puisque les oeuvres. Finalement, La Passion Van Gogh c’est la réalisation de la thèse que les oeuvres découlent de la personnalité de l’artiste.

Portrait mélancolique

La personnalité de l’artiste, justement, le film en parle beaucoup : solitude, folie, dépression, même amitié, tout cela n’est certainement pas gai, mais jamais plombant. La beauté des tableaux animés, toujours colorés (excepté durant les flashbacks en noir et blanc, procédé un peu typique heureusement relevé par celui déjà extraordinaire du film) ainsi que le récit basé sur des témoignages (à la manière de Citizen Kane d’Orlon Welles), développent plutôt une belle mélancolie. Un retour simple par fragments sur les dernières semaines d’une vie.  La quête personnelle d’Armand Colin, qui retourne sur les derniers lieux foulés par Vincent Van Gogh afin de d’abord de délivrer une lettre, puis d’élucider la mort du peintre, fait aussi partie du récit et n’est pas qu’un simple prétexte narratif. Le personnage-inspecteur existe en lui-même, tout comme la plupart des personnages annexes par ailleurs, et tisse des liens, repense à la vie de l’ami de son père (qui devient quasiment, par procuration, son propre ami), interroge et s’interroge. La Passion Van Gogh évite ainsi l’écueil de la narration programmatique, de la distance parfois trop froide entre présent et récit en flashbacks, et dresse à la place un grand tableau plein de vie, de tristesse et de simplicité.

Conclusion

Le travelling latéral qui conclue le film, partant de la « Nuit étoilée sur le Rhône » pour continuer dans le ciel pendant que la fausse voix de Van Gogh clame un extrait de lettre sur le sens de sa peinture, est peut-être ce qui s’est fait de plus pur et de plus beau cette année. Le reste n’en est pas très loin non plus.

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Auteur

Antonin Bonneau

Cet article est rédigé par Antonin Bonneau, rédacteur de Critique-film.fr