Critique : Kóblic


, Espagne : 2016
Titre original : –
Réalisation :
Scénario : Sebastián Borensztein,  
Acteurs : , ,
Distribution :
Durée : 1h32
Genre : Drame, thriller
Date de sortie : 21 juin 2017

3.5/5

Il y a 5 ans, nous avions fait connaissance avec le réalisateur argentin Sebastián Borensztein avec El Chino, son 3ème film de cinéma. Une comédie douce-amère avec en tête d’affiche un acteur que les cinéphiles apprécient de plus en plus : Ricardo Darin. Pour son 4ème film, beaucoup plus dramatique, Borensztein a de nouveau fait appel à Ricardo Darin en lui associant un autre grand comédien argentin, Oscar Martinez (Les nouveaux sauvages, Paulina, Citoyen d’honneur). Dans Kóblic, Sebastián Gorenstein nous plonge dans une période très sombre de l’histoire de l’Argentine, une période où régnait la dictature du général Videla et où, pour un militaire, il était particulièrement mal vu de désobéir à un ordre de sa hiérarchie. 

Synopsis : Argentine 1977. Un ancien pilote et capitaine de la Marine argentine, Tomas Kóblic s’enfuit après avoir désobéi à un ordre de l‘armée soumise à la dictature. Caché dans une petite ville du sud du pays, sa présence attire l’attention du maréchal local d’une autorité abusive et sans scrupules. La conscience n’a nulle endroit pour se cacher..

Un plan a priori tranquille, mais …

A la fin des années 70, sous la dictature du général Videla, l’Argentine vivait une répression d’état appelée «  sale » et un grand nombre d’opposants au régime ont disparu après avoir été torturés. Pour faire disparaître un opposant, la technique était simple : on le droguait et on le jetait vivant dans l’Océan Atlantique, depuis un avion militaire. On a donné le qualificatif de « Vols de la mort » à cette technique.

Il arrivait toutefois que des pilotes préfèrent écouter leur conscience plutôt que leur hiérarchie et en arrivent à refuser d’ouvrir en vol la porte de leur avion. Ont-ils été nombreux ? Ont-ils désobéi dès la première opération dans laquelle ils étaient impliqués ou bien ont-ils été, un jour, fatigués de participer à l’assassinat de civils ? Toujours est-il que Kóblic, un jour, a fini par désobéir et que ce pilote, capitaine de la Marine d’Argentine, a été obligé de se cacher à la suite de son geste. Direction un petit village de la pampa pour ce personnage imaginé de toutes pièces par le réalisateur. Il y a là Alberto, un de ses vieux amis, et une possibilité de reconversion dans le pilotage d’un avion utilisé pour l’épandage sur des cultures de colza. Un plan a priori plutôt tranquille, mais … Il y a Velarde, un policier tout à la fois tenace et sans scrupule qui règne sur le village ; il y a Nancy, la ravissante jeune femme qui travaille dans la station service du village et qui semble être sous la coupe d’une brute épaisse, Omar, son patron. Un plan a priori plutôt tranquille mais qui ne peut que tourner au vinaigre lorsque Kóblic doit faire face à Velarde et à Omar.

C’est un western !

C’est à un véritable western que nous convie  Sebastián Borenstein avec Kóblic : les grands espaces, le shérif véreux et sans scrupule qui tient un village sous sa coupe, la femme abusée qui aimerait bien qu’on vienne la délivrer, l’homme solitaire venu d’ailleurs qui débarque et qui pourrait être le justicier tant attendu. Comme dans tout bon western, certains se rangent du côté du héros positif, d’autres choisissent l’autre camp. Et si les avions ont une grande importance dans le film, on trouve quand même quelques épisodes équestres, Nancy montant un cheval pour les trajets qu’elle effectue pour venir voir Kóblic.

Ce rapprochement avec le genre western en arrive presque à nous faire oublier le contexte historique dans lequel se déroule l’ du film, ce qui va dans le sens de ce que souhaitait le réalisateur : placer un homme dans une situation qui l’oblige à fuir et non faire un film sur les « vols de la mort ». Dans ce contexte, deux hommes vont se retrouver face à face, deux hommes qui, tout au moins au début, se craignent mutuellement, l’un parce qu’il est en fuite, l’autre parce qu’il se demande si ce militaire arrivant sans crier gare n’est pas là pour enquêter sur lui.


Une distribution de luxe

C’est une distribution de luxe qu’a réunie Sebastián Borensztein pour Kóblic. Dans un rôle d’homme qui a fui et qui se cache, un rôle qui exige beaucoup de calme et de réserve,  Ricardo Darin est parfaitement fidèle à lui-même. Plus étonnante est la prestation d’Oscar Martinez que celles et ceux qui l’ont apprécié dans d’autres films, Citoyen d’honneur en particulier, auront beaucoup de peine à reconnaître. Avec ses fausses dents, son faux ventre et sa perruque,  il incarne magistralement un être aussi répugnant physiquement que moralement. Dans le rôle de Nancy, on trouve la comédienne espagnole Inma Cuesta, lancée par la série Amar en tiempos revueltos et qui interprétait le rôle de Ava dans Julieta de Pedro Almodovar. Une comédienne espagnole pour interpréter le rôle d’une jeune femme qui a toujours vécu dans la pampa argentine ? Coproduction avec l’Espagne oblige ! Les spécialistes en accent affirment qu’elle a réussi à adopter parfaitement l’accent de la région. Concernant les personnages secondaires, pas de crainte à avoir côté accent et comportement local : tous sont interprétés par des comédiens originaires de cette région de la pampa.

 

 

Conclusion

Thriller ? Western ? En tout cas, Kóblic se situe dans un genre très différent de El Chino, le précédent long métrage de Sebastián Borensztein. Avec ces deux films aux qualités évidentes, scénario, mise en scène, interprétation, Borensztein apporte la preuve qu’il peut se montrer tout aussi à l’aise dans le drame que dans la comédie douce-amère. Dans Kóblic, il est en plus particulièrement bien aidé par le très beau duo de comédiens constitué de Ricardo Darin et d’Oscar Martinez, sans oublier la prestation riche en nuances de Inma Cuesta.


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Auteur

Jean-Jacques

Cet article a été rédigé par Jean-Jacques Corrio, Rédacteur de Critique Film. Lire tous ses articles