Vampire

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Vampire - Un film de Shunji Iwai

Vampire

Canada/USA : 2011
Titre original : Vampire
Réalisateur :
Scénario : Shunji Iwai
Acteurs : , Rachael Leigh Cook, Amanda Plummer
Distribution : FortissimoFilms
Durée : 2h
Genre : Drame
Date de sortie : Inconnue

Globale : [rating:2.5][five-star-rating]

La culture populaire contemporaine nous abreuve d’amourettes entre adolescents fragiles sur fond de vampirisme. Pourtant, Vampire, le film ambitieux de Shunji Iwai sème le trouble en laissant pieux et cercueils au placard. Restent donc les adolescents fragiles…

Synopsis : Simon est un jeune homme doux et serviable. Il est entièrement dévoué aux cours de biologie qu’il donne au Lycée et aux soins de sa mère atteinte de la maladie d’Alzheimer, même si ses ingénieuses trouvailles pour l’empêcher de déambuler dans la maison s’avèrent assez bizarres. Mais un Simon plus secret passe au crible les forums de discussion en ligne, à la recherche de jeunes femmes qui ne veulent plus vivre. Prétendant aussi vouloir mourir, Simon cherche en réalité à satisfaire le besoin obsessionnel qu’il a de boire du sang humain. Il organise des sessions « collectives » d’euthanasie avec un respect méticuleux pour ses victimes. D’autres protagonistes habités émergent et les cadavres s’entassent ; pourtant Simon est loin d’être inhumain.

Vampire - Un film de Shunji Iwai

Certaines histoires sombres peuvent être lumineuses

On est d’autant plus dérouté par l’absence de vampires belliqueux que le film ne se raccroche en rien au surnaturel alors même qu’il fut diffusé en compétition internationale du . En réalité il s’agit de la retranscription d’un fait divers japonais dont s’inspira Shunji Iwai : celui d’un criminel dont les victimes avaient toutes été sélectionnées sur un site web de suicide collectif. Le réalisateur n’en est pas à son premier film consacré au difficultés du passage à l’âge adulte. On lui doit notamment All About Lily Chou-Chou (2001) et Hana to Arisu (2004), qui comme la majeure partie de sa filmographie, furent tournés au Japon. Par exception Vampire a été tourné à Seattle avec des acteurs anglophones que Shunji Iwai poussa à l’improvisation pour rendre la traduction anglaise de ses dialogues plus naturelle.

A l’écran l’assassin apparaît comme le dernier compagnon de jeunes désespérés pour qui le passage de vie à trépas nécessite son assistance. Simon trompe ses victimes en ce qu’elles ne le soupçonnent pas d’être un imposteur qui survivra à leur suicide. Il leur propose une mort paisible en les vidant chirurgicalement de leur sang, alors même qu’elles sont préoccupées par l’angoisse de l’agonie. On assiste ainsi à plusieurs réunions de jeunes gens se désignant par leurs identités virtuelles, réunis pour surmonter leur appréhension face à la mort.

La première séquence du film est à ce niveau l’une des plus réussies. Simon, se présentant sous le pseudonyme Pluton rencontre Medusa qui cherche à vivre « un dernier jour parfait » à ses côtés. Le ciel grisâtre fait pleuvoir sur ce couple funeste une ambiance froide qui contraste avec l’empathie bienveillante de la mise en scène. Les personnages sont attachants de fragilité et on ne soupçonne pas qu’ils puissent vouloir aller au bout de leur lugubre projet. A l’image de la sensibilité des dialogues, la musique parvient par moments à être émouvante de simplicité, bien en deçà d’un Joe Hisashi, mais clairement influencée par le maître de la composition de bandes originales nipponnes. Medusa lâche un dernier soupir paisible après que Simon l’ait persuadé de lui prélever une quantité mortelle de sang par intraveineuse. Même si après cette scène on s’étonne de le voir boire au goulot de l’hémoglobine, le reste du film ne met pas en scène de réelle volonté de s’abreuver de sang. Le précieux liquide est stockée en flacons réfrigérés à des fins scientifiques, si ce n’est par pure fascination pour la valeur d’une vie. Il prétendra d’ailleurs rechercher scientifiquement le lien entre patrimoine génétique et suicide pour endiguer ce fléau de société.

Vampire - Un film de Shunji Iwai (2)

La fragilité délicate d’une vie brisée et autres sensibleries

Kevin Zegers, issu de la série teenager Gossip Girl, incarne Simon et parvient assez justement à le faire passer pour un individu compatissant, préoccupé par la perte d’adolescents en déroute. A aucun moment il ne se montre violent à leur encontre et se révèle progressivement comme le gardien de leur sérénité, malgré leurs recherches stériles du sens de la vie et leurs angoisses face à la mort.

Finalement, malgré un pitch de départ laissant présager un personnage malfaisant, on se surprend à observer l’évolution d’un tueur dévoué, obsédé par l’idée de mettre fin aux tendances suicidaires d’une société où les adolescents peinent à s’intégrer. Selon la formule nietzschéenne (désolé mais c’était trop évident pour l’éviter), Simon cherche à encourager certains d’entre eux à découvrir qui ils sont vraiment pour leur permettre de s’accomplir. Symboliquement le gâchis représenté par la mort de personnes en pleine force de l’âge est compensé par le sauvetage de leur sang, puis la congélation de leur corps, comme s’il s’agissait de préserver l’irréparable.

Côté réalisation on regrettera des prises de vue inconfortables et une griffe nipponne qui ne peut pas plaire à tous les spectateurs. L’école japonaise transparait au travers de plans qui appesantissent certaines scènes par leur longueur ou leurs prises de vue gonflées à la sophistication. Le montage peut également dérouter lorsqu’il nous fait basculer dans le temps. Enfin le film souffre de sa longueur.

Résumé

Inégal et longuet, Vampire est une parabole sur la valeur des rapports interpersonnels, immergé dans un sens profond de l’empathie pour cette jeunesse perdue. Les litres de sang déversés évoquent davantage l’idée d’un tueur obsédé par la préservation de victimes consentantes qu’une perversion morbide pour un spectacle racoleur. Un film touchant pour peu que l’on soit sensible à la puissance d’évocation de certaines séquences. Beaucoup risquent de n’y voir qu’un ramassis de sophistications insensées qui aurait du laisser le terme « vampire » à des réalisations plus conventionnelles.

 

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