DVD — 24 mai 2019
Test DVD : On a 20 ans pour changer le monde

 
France : 2018
Titre original : –
Réalisation :
Avec des interventions de , , , ,
Éditeur :
Durée : 1h26
Genre : Documentaire
Date de sortie cinéma : 11 avril 2018
Date de sortie DVD : 21 mai 2019

 

On a 20 ans pour changer le monde… et tout commence par la terre qui nous nourrit. Le constat est là : 60 % des sols sont morts, et le mode de production actuel ne nourrit pas la planète. Mais des hommes et des femmes relèvent le défi et démontrent que l’on peut se passer des pesticides et des intrants chimiques pour toute notre alimentation. Grâce à leur énergie communicative qui bouscule les discours et les habitudes, un autre monde est possible !

 


 

Le film

 

Il est bien difficile, voire même absurde, de tenter d’émettre un jugement esthétique sur un documentaire aussi factuel qu’On a 20 ans pour sauver le monde. On pourrait certes avancer que le film d’Hélène Médigue comporte quelques jolis plans de la campagne française, que la musique signée Christian Olivier est absolument remarquable, ou que le rythme du métrage est parfaitement géré afin de ne jamais provoquer l’ennui. Mais l’ambition première de la cinéaste et plus globalement des intervenants du film n’était certainement pas de créer une œuvre artistique forte : il s’agit bien d’avantage de créer la réflexion, de susciter des interrogations et même de convaincre, notamment en proposant des alternatives à un constat assez dramatique concernant la façon dont la terre est tout doucement en train de mourir suite aux abus de pesticides et de produits chimiques divers.

L’indice le plus cohérent concernant la réussite d’un documentaire tel qu’On a 20 ans pour sauver le monde est donc plutôt de tenter de déterminer ce qu’on en retient en tant que spectateur, et si les divers (et très énergiques) intervenants du film, issus du mouvement « Fermes d’avenir », paraissent convaincants. C’est le cas. Ceux-ci soutiennent qu’il faut faire évoluer les pratiques agricoles, mettre en place des modes de culture et de production alternatives, « conscientisés », et de fait, trouver un nouveau modèle économique afin d’éviter la « faillite programmée » qui, sur le papier, parait malheureusement inéluctable si les choses ne changent pas d’une manière ou d’une autre. Parce que les chiffres parlent d’eux-mêmes, et qu’ils sont durs, voire même tranchants comme des lames : on apprend ainsi que le taux de suicide chez les agriculteurs est supérieur à la moyenne nationale, et représente un suicide tous les deux jours en France. Un chiffre qui fait froid dans le dos – « La mort est dans le pré », si vous me permettez un trait d’humour noir.

Parmi les intervenants, on notera la présence de (ex-ministre de l’agriculture), de Nicolas Hulot, d’un pas encore président mais « en mâche » pendant sa campagne électorale, comme le disent avec malice les agriculteurs pendant le film. Au cours des entretiens, le spectateur se rendra compte que la notion de « long terme » semble difficilement compatible avec la politique, qui semble de plus en plus ancrée dans l’immédiateté. Mais changer le monde, ça prend du temps, d’autant que la prise en compte des éléments alarmants soulevés par les agriculteurs de « Fermes d’avenir » va à l’encontre de plusieurs dizaines d’années d’agriculture basée sur une idée de rendement à tout prix et provoque, in fine, un vaste débat à la fois technique, politique et économique. Mais comme on le découvre à la fin du film avec la démilitarisation et réutilisation de la base de Brétigny sur Orge, les choses ont tout de même l’air d’évoluer peu à peu dans le bon sens…

Pour les plus curieux et/ou passionnés par le sujet, le collectif « Fermes d’avenir » avait publié, au moment de la sortie du film, un livre également intitulé On a 20 ans pour sauver le monde, sous la plume de Maxime de Rostolan. Plus d’informations en cliquant sur ce lien !

 

 

Le DVD

 

De la même façon que le film en lui-même n’appelle pas de jugement esthétique, la qualité vidéo et audio du DVD d’On a 20 ans pour sauver le monde édité par La vingt-cinquième heure n’a finalement que peu d’importance : il va sans dire que ce documentaire ne fait pas dans la démonstration technique, et que seul importe ici le « fond », qui l’emporte largement sur la forme. Le boulot effectué par l’éditeur est néanmoins tout à fait satisfaisant : le DVD ne pose pas le moindre problème au niveau de l’image, composant de manière intelligente avec les limites de l’encodage MPEG-2. Côté son, d’une façon assez étonnante, le film est proposé en Dolby Digital 5.1, mais la spatialisation est très anecdotique, le rendu acoustique est essentiellement frontal. Le mixage est clair et parfaitement équilibré, c’est ce qui importe surtout – vous nous rejoindrez sans peine si l’on affirme qu’on n’apprécie forcément pas le film d’Hélène Médigue comme on regarde un blockbuster.

Du côté des bonus, l’éditeur français en revanche a bien saisi que la portée du sujet appelle le débat et/ou des approfondissements, et nous propose une série d’entretiens complémentaires qui prolongeront de manière tout à fait bienvenue la réflexion entamée par le film. On aura donc droit à de passionnants entretiens avec Cyril Dion, coréalisateur avec Mélanie Laurent du documentaire Demain / cofondateur du Mouvement Colibris, avec Frédéric Lenoir, philosophe, sociologue, conférencier et écrivain très engagé dans la protection de l’environnement, et avec Rob Hopkins, enseignant en permaculture et cofondateur du mouvement international des villes en transition, qui vise à assurer la résilience de la ville face, notamment, au dérèglement climatique. Soit environ 15 minutes supplémentaires de réflexion sur le sujet du film ou des thématiques connexes.

On continuera ensuite avec un extrait de colloque de l’Institut National de Rercherche Agronomique (INRA), dont les chevaux de bataille sont les relations agriculture-environnement et les alternatives aux pesticides, et avec une sympathique vidéo de présentation du mouvement « Fermes d’Avenir ».

Enfin, on aura également le droit à la rencontre entre Manu Chao et le couple Bourguignon (Claude et Lydia), qui prouvera à ceux qui en douteraient encore que Manu Chao ne passe pas son temps à « boire de la tequila avec le commandant Marcos » comme le disaient les Wampas, mais s’engage également dans les mouvements pour une agriculture plus raisonnée et responsable. Il interprétera par ailleurs une petite chanson accompagné de son ukulélé.

 

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Auteur

Cet article a été écrit par Mickaël Lanoye, rédacteur cinéma / DVD / Blu-ray sur Critique-film.fr. Lire tous ses articles