Test DVD : L’Amérique face à l’Holocauste

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L’Amérique face à l’Holocauste


États-Unis : 2022
Titre original : The U.S. and the Holocaust
Réalisation : Ken Burns, Lynn Novick, Sarah Botstein
Éditeur : Arte Éditions
Durée : 5h12
Genre : Documentaire
Date de sortie télévision (Arte) : 17 octobre 2023
Date de sortie DVD : 17 octobre 2023

Que savaient vraiment les États-Unis du génocide perpétré par les nazis contre les Juifs et certaines minorités d’Europe ? Cette série documentaire en six volets lève le voile sur un pan méconnu de l’Histoire des États-Unis. Nourrie par des témoignages et des archives d’époque, cette exploration glaçante suit le destin de plusieurs familles juives -dont celle de la jeune Anne Frank- et leurs tentatives désespérées pour fuir l’Europe nazie.

Le film

[4/5]

En 12 ans, de 1933 à 1945, 6 des 9 millions de juifs que comptait l’Europe au début de cette période ont été assassinés par les nazis. Ces atrocités ne se sont pas faites en un jour. Quand des informations concernant ces atrocités ont elles commencé à circuler en dehors de l’Allemagne, de ses alliés et des pays qui, petit à petit, étaient occupés ? Quand de telles informations sont elles parvenues aux oreilles des dirigeants américains ? Quelle réponse a alors été apportée ? Si ces 3 questions constituent le cœur de ce passionnant documentaire, L’Amérique face à l’Holocauste va plus loin que cela, que ce soit géographiquement ou dans le temps. Géographiquement, car si le film s’intéresse surtout à la réponse (et à l’absence de réponse !) des Etats-Unis au sort des populations juives d’Europe à partir du moment où Hitler est arrivé au pouvoir, il n’occulte pas totalement ce qui a pu se passer dans d’autres pays au même moment, en Europe principalement ; « dans le temps » car le film ne se contente pas de creuser la période allant de 1933 à 1945, il commence par apporter un éclairage sur l’histoire de l’accueil par les Etats-Unis de populations étrangères. Même si le film n’insiste pas sur ce point, on sait bien que les Etats-Unis se sont construits sur un phénomène de colonisation, les premiers colons étant donc, au départ, des populations étrangères au pays. Ce pays, pour ces populations de colons, il lui fallait des fermiers, des ouvriers, des pionniers pour le peupler et en faire une nation. Attention : le peupler avec des hommes et des femmes ayant des origines similaires et partageant les mêmes « valeurs » : les amérindiens, qui habitaient sur place depuis des siècles, il s’agissait, au mieux de les parquer, au pire de les massacrer ; les esclaves, vous imaginez bien qu’on ne les avait pas fait venir pour partager le pays avec eux. C’est pourquoi, pendant très longtemps, les Etats-Unis ont accueilli à bras ouverts des millions de déshérités et de persécutés venant principalement d’Europe du Nord (Iles britanniques, Allemagne, Scandinavie) et d’Europe de l’Est. C’est ainsi que, de 1870 à 1914, 25 millions de personnes étrangères furent accueillies aux Etats-Unis, dont un peu plus de 2 millions de juifs en provenance d’Europe de l’Est.

Seulement voilà, au bout d’un moment, pour certains, trop c’est trop ! La peur pour de nombreux américains blancs et protestants de se retrouver en minorité dans ce qu’ils considèrent comme étant leur propre pays, l’antisémitisme qui grandit, avec des personnalités comme le racialiste et eugéniste Madison Grant, l’aviateur Charles Lindbergh et le constructeur automobile Henry Ford, tous les deux ouvertement antisémites, avec des organisations racistes et suprémacistes comme le Ku Klux Klan, plus la méfiance de certains juifs déjà établis aux Etats-Unis face à l’arrivée de coreligionnaires qu’ils considèrent comme des « hommes des cavernes », tout cela va aboutir en 1924 à l’adoption de la loi Johnson-Reed, une loi qui limite l’immigration de façon drastique et qui ne sera abrogée qu’en 1965. Dès sa promulgation, cette loi qui, au départ, visait particulièrement les immigrés en provenance d’Asie, va faire passer l’arrivée de juifs originaires de l’Europe de l’Est de 120 000 par an (1921) à 10 000 par an (1926), et, de 1933 à 1945, elle sera utilisée pour freiner au maximum l’arrivée de juifs fuyant la barbarie nazie même si, en 1938, à la suite de la Nuit de Cristal, le Président Franklin Roosevelt a annoncé que tous les juifs allemands en visite avec un visa touristique seraient autorisés à rester dans le pays. Une décision qui n’a pas empêché l’exemple tragique de refus d’accueil de populations juives en grand danger qu’a été, en 1939, l’épopée du paquebot Saint-Louis, que le film raconte en détail, paquebot qui transportait 963 réfugiés juifs qui fuyaient l’Allemagne nazie et qui ne purent jamais entrer aux Etats-Unis en raison de la politique restrictive de l’immigration.

Il est impossible de résumer en quelques lignes ce documentaire tellement riche et qui dure plus de 5 heures. Par contre, il est possible d’exprimer le sentiment général qu’on retire de ce film qui mélange images d’archives richement commentées en voix off par le comédien Eric Herson-Macarel et interviews de l’écrivain Daniel Mendelsohn, auteur de « Les Disparus », de rescapés de la Shoah et d’historiens spécialistes de cette période. Concernant la réponse apportée par les Etats-Unis au sort des juifs européens, on ne peut que retirer le sentiment que ce pays aurait pu, aurait dû faire beaucoup plus. A la lumière des nombreux sondages d’opinion effectués à l’époque et que le film évoque, on prend conscience du caractère ambigu de l’opinion du peuple américain, souvent prêt à compatir au sort des juifs mais beaucoup moins  enclin à confirmer cette compassion par une véritable hospitalité, d’autant plus dans une période où le chômage était important. Quant au gouvernement américain de l’époque, il a été conduit de 1933 à 1945 par le Président Franklin Roosevelt, un homme aux idées progressistes, mais entravé dans ses décisions par ce qui ressortait des sondages d’opinion, par le respect de la loi Johnson-Reed, par la crainte que des espions nazis profitent d’une plus grande ouverture des frontières pour « accompagner » des populations juives fuyant la barbarie nazie  et par le fait que le Président Roosevelt et ses généraux étaient convaincus que l’unique solution consistait avant tout à gagner la guerre le plus vite possible. Pourtant, dès 1942,  les journaux américains ont commencé à mettre en lumière les informations indiquant que les nazis avaient entrepris d’assassiner en masse tous les juifs d’Europe, mais, jusqu’en janvier 1944, cela n’a changé en rien la politique américaine en matière d’accueil de ces populations en danger de mort. En effet, ce n’est qu’en janvier 1944 que Roosevelt a (enfin !) publié un décret qui établissait  la Commission pour les réfugiés de guerre, la seule agence créée par un gouvernement allié ayant pour mandat de venir en aide aux juifs menacés par les nazis en Europe. De nombreuses figures attachantes sont évoquées dans le film, telle  Eleanor Roosevelt, l’épouse du Président Franklin Roosevelt, telle Anne Frank, dont le sort tragique ainsi que celui de sa famille sont suivis tout au long du film. Par ailleurs, on n’est pas franchement surpris d’apprendre que les lois de Nuremberg de 1935,  lois qui accentuaient le processus d’exclusion des Juifs de la société allemande entamé dès l’arrivée de Hitler au pouvoir, avaient été inspirées par … les lois raciales américaines. Mais il y a beaucoup plus que cela dans ce film vraiment exceptionnel !

Le DVD

[4/5]

Ce film de plus de 5 heures a nécessité 2 DVDs qui vont sortir dans le commerce le jour où Arte  va passer les 3 premiers épisodes de cette série passionnante. Le film est découpé en 3 parties, chaque partie comprenant 2 épisodes d’un peu moins de 52 minutes. Le premier DVD comprend les 2 épisodes de la première partie, intitulée « La porte de l’Amérique » (avant 1938) » et le premier épisode de la deuxième partie, « L’espoir de vivre libre (1938-1942) ». Le deuxième DVD comprend le deuxième épisode  de « L’espoir de vivre libre (1938-1942) » et les 2 épisodes de la troisième partie, « Dans la tourmente (1942-  ).  C’est la version française qui est proposée sur ces DVD, avec la possibilité d’ajouter un sous-titrage pour sourds et malentendants, et on peut atteindre directement chaque épisode. Les nombreux interviews en anglais que l’on voit et qu’on entend dans le film sont doublés par des voix françaises. Le son en stéréo 2.0 est de bonne qualité et l’image fait de son mieux avec les images d’archive en noir et blanc.

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