Test Blu-ray : Trilogie Majin

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Japon : 1966
Titre original : –
Réalisateur : , ,
Scénario :
Acteurs : , ,
Éditeur :
Durée : 1h23, 1h18, 1h27
Genre : Fantastique
Date de sortie DVD/BR : 21 avril 2020

Les trois longs métrages de la série (dans l’ordre : Majin, Le retour de Majin, Le combat final de Majin) furent tournés simultanément durant l’année 1966. Cette trilogie, affiliée aux genres Kaiju Eiga (films de monstres géants, dont Godzilla demeure le précurseur) et Jidai Geki (en rapport avec l’histoire du Japon médiéval, et notamment le chanbara – film de sabre), développe une thématique commune en fil conducteur. Ainsi, dans chacun de ces films, , un géant de pierre haut de vingt mètres, vient aider des villageois opprimés par un seigneur tyrannique. Sorte d’équivalence au Golem issu de la mythologie juive, (traduction littérale : « Grand Démon ») est une divinité de pierre endormie, ne se réveillant que pour porter secours au peuple et châtier l’oppresseur. Et ce dernier, qu’il soit chambellan ou monarque, peut alors trembler, car la vengeance de n’a aucune limite !

Les films

[4/5]

Né en 1954 avec le premier film de la saga Godzilla, le kaijū eiga (ou « film de monstres géants japonais ») est un sous-genre du film catastrophe dont la popularité ne s’est jamais réellement démentie depuis les années 50. Même si de nouveaux kaijūs sont encore régulièrement produits de nos jours, c’est surtout dans le contexte d’un Japon post-Hiroshima que le genre a trouvé son âge d’or, notamment grâce au dévouement pour le genre d’Ishirō Honda. Cela dit, et même si de nombreux monstres géants sont parfois parvenus à se démarquer de l’ombre de Godzilla – on pense à Gamera, Mothra, Rodan, King Ghidorah, Ebirah ou encore King Kong – on pourra tout de même admettre que le genre s’est assez rapidement mis à tourner en rond, comme si tous ces monstres radioactifs couraient inlassablement derrière leur propre queue de quinze gigatonnes.

En gros, durant toute la décennie des années 60, deux à trois kaijūs sortaient tous les ans sur les écrans japonais, le plus souvent réalisés par Ishirō Honda. Les maquettes, les villes en carton et types costumés en grands monstres latexoïdes variaient bien entendu d’un film à l’autre, avec parfois une surenchère dans le nombre de créatures se foutant sur la gueule à l’écran, mais en gros, le genre était assez répétitif, au point que l’on puisse parfois avoir l’impression de voir toujours à peu près le même film. Des dizaines de longs-métrages ont vu le jour au fil des années, chacun d’entre eux s’imposant néanmoins comme une variation sur le même thème que les précédents. Essayez donc de retrouver dans quel film vous avez vu tel ou tel monstre, ou tel ou tel personnage – une vraie galère en vérité tant ils se ressemblent tous. Et ce même si tous développent un charme qui les rend, à leur manière, uniques et/ou attachants : une vraie galère de s’y retrouver quand même.

Dans le cas de Majin, le titan de pierre dont les trois films sortiraient coup sur coup tout au long de l’année 1966 (il faut battre le fer tant qu’il est chaud !), il faut admettre que les choses sont fort différentes. Bien sûr, un monstre géant est bel et bien au centre de la saga, mais pour le reste, rien à voir. Déjà, contrairement à ce qu’on pourrait penser, les films de la trilogie Majin ne sont non pas produits par la mythique Toho mais par une firme concurrente, Daiei Film, qui n’en était pas à ses débuts puisque c’est à elle que l’on doit des films tels que Rashomon, Gamera ou encore la saga Zatoïchi.

La grande – et assez géniale – idée de la Daiei réside dans le fait de mélanger les deux univers qui ont fait leur gloire : le film de sabre ou chanbara d’un côté (le Japon féodal et ses samouraïs) et le film de monstre géant de l’autre. Le premier Majin est d’ailleurs bien d’avantage axé sur le film de samouraï que sur le kaijū – la statue du géant n’est en réalité qu’un élément de background, une créature mythologique apparaissant en arrière-plan de l’intrigue durant les deux premiers tiers, et ne se « réveillera » qu’à l’occasion de la toute dernière partie du récit.

Majin

Les qualités formelles et narratives de Majin sont plus qu’évidentes, et s’imposeront en l’espace de quelques minutes de film seulement. Le film de Kimiyoshi Yasuda nous propose donc d’entrée de jeu les prémisses d’un scénario extrêmement bien construit, où rien n’est ce qu’il parait être et orchestrant déjà des rapports de force complexes entre les différents personnages. Ainsi, lorsque le seigneur Hanabusa est assassiné par son chambellan Samanosuke Odate, ses deux enfants Tadafumi et Kozasa sont sauvés in extremis par Kogenta, qui reste fidèle à leur famille. Leur tante, une singulière prêtresse aux dents noires – signe d’une certaine classe sociale à l’époque au Japon – les cachera au cœur d’une montagne sculptée à l’effigie de Majin, une divinité guerrière. Les bases du récit sont ainsi posées, mettant un accent prononcé sur les personnages bien plus que sur la statue en elle-même, qui pourtant est bien là, observant en silence tout ce qui se trame à ses pieds.

Et si Majin ne se « réveillera » que lorsque Samanosuke et ses hommes tenteront de le détruire, il semble évident que la colère de la statue géante a été nourrie tout à la fois par les frustrations et le ressentiment de Tadafumi et Kozasa – qui durant dix ans vivront cachés et dans le dénuement le plus total – et par l’attitude inhumaine de Samanosuke vis-à-vis de ses ouvriers, traités comme des esclaves et même comme des bêtes. Ainsi pourra-t-on voir le châtiment que leur réserve Majin comme une allégorie de la vengeance du prolétariat sur la classe dominante, et notamment sur les grands patrons.

Ce premier film de la saga Majin s’avère donc une œuvre originale, subtile, chorégraphiée au millimètre et visuellement superbe. Derrière la caméra, Kimiyoshi Yasuda prend le temps d’installer ses personnages, ainsi que de les développer au fur et à mesure que son intrigue – quasi-Shakespearienne – avance, sans jamais provoquer le moindre ennui. Sa mise en scène est d’une intelligence rare, enchainant sur fond d’ambiance fantastique les passages de calme et ceux de violence. L’alternance entre les deux est excellente, et contribue à maintenir l’intérêt du spectateur en éveil, même 55 ans après sa sortie.

Le retour de Majin

Auteur des scénarios des trois films de la trilogie Majin, Tetsurō Yoshida reprend approximativement le même concept que précédemment sur Le retour de Majin, qui sera cette fois réalisé par le légendaire Kenji Misumi, réalisateur des cinq premiers films de la saga Baby Cart. La structure narrative de ce deuxième film est grosso modo la même que sur le précédent : l’histoire s’intéresse en effet avant tout aux personnages, en transposant l’intrigue sur une petite île, et en évacuant la portée politique prolétarienne du film original au bénéfice d’une idée finalement assez morale de punition divine, Majin intervenant à la fin du film pour détruire un seigneur de guerre assoiffé de sang et de territoires, et libérer des villageois du joug de leurs oppresseurs. Déjà très à l’aise avec les scènes de violence, Misumi se régale de la description d’un seigneur de guerre absolument diabolique et sans pitié.

S’il est mis en boite par la même équipe technique, Le retour de Majin se révélera néanmoins assez différent de son modèle du strict point de vue visuel. Tentant, consciemment ou pas, de se démarquer de son travail sur le premier épisode, le chef opérateur Fujio Morita nous livre des plans de toute beauté, sur lesquels plane constamment une présence fantomatique. L’ambiance du film est en effet extrêmement soignée, avec des compositions de plans sublimes ainsi qu’une utilisation remarquable, selon les séquences, soit de contrastes nets opposant des couleurs vives, soit du clair-obscur. Bref, s’il ne fait finalement que recycler la formule – réussie – du premier opus, Le retour de Majin le fait avec un soin formel indéniable, qui en fait au final une « réimagination » très réussie et enthousiasmante du premier film / l’originalité en moins, évidemment.

Le dernier combat de Majin

Délaissant l’île qui servait de décor au deuxième film, Le dernier combat de Majin, cette fois réalisé par Kazuo Mori, retourne à la montagne, mais cette fois, sous la neige. La nuance est importante et contribue mine de rien à faire des trois films de la saga Majin des œuvres formellement très différentes et reconnaissables du premier coup d’œil. L’autre particularité du Dernier combat de Majin est également de ne plus proposer d’intrigue dominée par des adultes, avec ce que cela implique de manipulations et de luttes de pouvoir, mais par un petit groupe d’enfants, qui devront suivre un périple initiatique afin de gravir une montagne et prier Majin de libérer leur village du joug d’un oppresseur cruel et tyannique, le Seigneur Arakawa.

Bien que la trame générale reste la même (Majin volera en effet bel et bien au secours des opprimés dans le dernier quart d’heure), le film s’éloigne des deux premiers en embrassant le point de vue des quatre enfants qui servent ici de héros au film. Bien construit, proposant une histoire pleine d’imagination et de rebondissements, Le dernier combat de Majin se déroule sur un rythme excellent, et le scénario de Tetsurō Yoshida fait le choix habile de considérer les enfants comme des personnages à part entière, qu’il dépeint comme autant de personnages naïfs, mais sympathiques et sincères. Flirtant avec le récit de coming of age (ou de passage à l’âge adulte), le film nous propose une efficace combinaison de séquences centrées sur leurs efforts physiques et de séquences d’avantage centrées sur leurs émotions.

Le résultat est très étonnant, même si les dernières minutes consacrées à la spectaculaire intervention de Majin rompt quelque peu avec la poésie naïve développée durant les deux premiers tiers du film. Néanmoins, Le dernier combat de Majin n’en demeure pas moins une œuvre solide et attachante. Le déroulement narratif du film étant largement tourné vers l’enfance, on peut supposer qu’il pourrait plaire à un public un peu plus large que les deux précédents, qui nécessitent probablement d’avantage d’investissement de la part du spectateur. C’est également un film qui devrait permettre aux plus jeunes spectateurs de découvrir Majin sans risquer de s’ennuyer, dans le sens où le film leur propose un récit à leur taille.

Yoshiyuki Kuroda

Impossible cependant d’aborder la grande réussite artistique que constitue la trilogie Majin sans évoquer le rôle capital de Yoshiyuki Kuroda, qui contribuera à la cohérence et à la continuité de l’ensemble en mettant en scène toutes les scènes à effets spéciaux des trois films. Auteur à lui-seul de toutes les longues et impressionnantes séquences de destruction qui ferment les trois films, Kuroda s’avère généreux en termes de rendu visuel, nous donnant à voir des maquettes et des décors faisant à coup sûr partie des plus beaux que l’on ait eu le loisir de voir au cœur d’un kaijū eiga. Son travail est une véritable merveille de poésie et d’efficacité, ce qui est d’autant plus remarquable qu’il était plus qu’habile en termes de composition de plans, tout en restant toujours au service des histoires et de l’ampleur grandiose de ses décors et de ses effets spéciaux. A voir et à revoir donc !

Le Combo Blu-ray + DVD

[5/5]

Jusqu’ici totalement inédite en France, que cela soit en Blu-ray, en DVD ou même sur support VHS, la Trilogie Majin débarque aujourd’hui au sein d’un très beau – et très épais – coffret Combo Blu-ray + DVD édité par Le chat qui fume, le tout s’imposant dans un superbe Digipack 4 volets surplombé d’un fourreau cartonné et contenant la bagatelle de quatre disques, soit 2 Blu-ray et 2 DVD. L’éditeur français, à qui il tenait probablement à cœur de livrer au consommateur une édition de référence, nous propose donc à nouveau une de ces éditions ultimes dont il a le secret, s’imposant autant comme très complet en termes de contenu que comme un très bel objet de collection. La Trilogie Majin est proposée dans une édition limitée à 1000 exemplaires, et le design de l’ensemble a comme d’habitude été conçu par le talentueux Frédéric Domont alias Bandini.

Côté Blu-ray, les masters Haute-Définition proposés par Le chat qui fume risquent bien de mettre tout le monde d’accord d’entrée de jeu, puisqu’ils affichent une forme insolente, tout à fait resplendissante. La définition et le niveau de détail sont assez bluffants, tout en respectant scrupuleusement la granulation d’origine de la pellicule ; on admirera le piqué hallucinant de l’ensemble, les partis pris esthétiques ainsi que la photo exceptionnelle signée Fujio Morita sur les trois opus. L’image étonne même souvent par sa propreté et sa stabilité, et le rendu des couleurs et des contrastes semble avoir également bénéficié d’un soin tout particulier. Par ailleurs, comme d’hab avec Le chat, respect optimal pour l’œuvre originale : on ne trouvera pas la moindre trace de DNR ou d’autres bidouilles numériques : c’est tout simplement extraordinaire. Côté son, nous aurons droit à des pistes DTS-HD Master Audio 2.0 en VO japonaise, qui ne présentent pas le moindre problème : le souffle est quasi-absent, et le tout est parfaitement équilibré, naturel, respectant parfaitement la dynamique acoustique d’origine. Les sous-titres français, imposés, ne posent pas de souci particulier.

Du côté des suppléments, Le chat qui fume continue sur son excellente lancée, en ajoutant à l’ensemble deux passionnants sujets produits par ses soins et donc complètement inédits. On commencera avec un entretien avec Fabien Mauro (« Majin », 40 minutes), ex-rédacteur chez Mad Movies et spécialiste français du genre kaijū eiga, auquel il a déjà consacré plusieurs ouvrages. Fabien Mauro évoquera dans un premier temps les circonstances de l’émergence de la Daiei et son implication progressive dans le cinéma populaire. Il nous proposera ensuite une très intéressante analyse critique de la Trilogie Majin, replaçant les films dans leur contexte de tournage (les trois tournés à la queue-leu-leu pour sortir la même année dans les salles). Il reviendra également sur les intentions de ses auteurs, les effets spéciaux (avec un retour du la création du Majin en lui-même) ou encore la musique des trois longs-métrages, signée Akira Ifukube, qui n’en était pas à son coup d’essai puisqu’on lui devait déjà, entre autres, les bandes originales de Godzilla (1956), Rodan (1956), Atragon (1963) ou encore Ghidrah, le monstre à trois têtes (1964).

On poursuivra ensuite avec un long entretien avec Fathi Beddiar (« Un homme et des dieux », 42 minutes). Bavard et souvent drôle, le scénariste / cinéphile régulièrement convoqué par Le chat qui fume laissera parler sa passion pour la Trilogie Majin, mais aussi et surtout pour l’acteur Chikara Hashimoto (1933-2017). Ex-joueur de baseball professionnel, parfois appelé Riki Hashimoto, l’acteur est principalement connu pour son rôle dans La fureur de vaincre aux côtés de Bruce Lee (et, apprendra-t-on, de Jackie Chan). Mais dans le cas qui nous intéresse aujourd’hui, c’est également lui qui incarnait le géant Majin dans les scènes de destruction des trois films.

On terminera avec les bandes-annonces des films de la Trilogie Majin.

1 COMMENTAIRE

  1. Suis-je le seul à avoir vraiment BEAUCOUP de grain sur le Blu-Ray de “Majin” + “Le retour de Majin” ? Parce que sinon, là, je ne comprend rien.
    L’image sur le BR de “Le combat final de Majin” est nickel chrome (tout comme le DVD), par contre celle du premier BR (comprenant “Majin” et “Le retour de Majin”) est ultra granuleuse dans toutes les scènes un peu sombres (dans la forêt, la grotte, etc… ainsi que sur les surfaces noires). A vrai dire je n’avais jamais vu de BR édité par “Le Chat Qui Fume” avec une image aussi “fourmillante” jusqu’ici ; c’est vraiment bizarre, d’autant que le DVD, lui, est nickel, ainsi que le BR du “Combat final de Majin”. Ce fourmillement intense n’est présent que sur les scènes plus ou moins sombres (une bonne partie du film quand même) du premier Blu-Ray.
    J’aimerais juste savoir si je suis le seul dans ce cas (je ne vois pas pourquoi) ou si d’autres personnes ayant acheté ce coffret ont constaté la même chose. Merci.

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