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Test Blu-ray : Toutes les couleurs du vice

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Toutes les couleurs du vice

Italie, Espagne : 1972
Titre original : Tutti i colori del buio
Réalisation : Sergio Martino
Scénario : Ernesto Gastaldi, Sauro Scavolini
Acteurs : Edwige Fenech, George Hilton, Ivan Rassimov
Éditeur : Artus Films
Durée : 1h34
Genre : Giallo, Thriller
Date de sortie cinéma : 3 janvier 1974
Date de sortie DVD/BR : 2 décembre 2025

Traumatisée par le meurtre de sa mère dont elle a été témoin dans son enfance, ainsi que par une fausse couche, Jane est à deux doigts de la folie. Aidée par un psychiatre et par sa nouvelle voisine, elle cherche à se libérer de ses peurs mais son cauchemar vient juste de commencer. Persécutée et menacée par un mystérieux homme au regard perçant, elle plonge dans un abîme d’horreur où personne n’est celui qu’il semble être…

Le film

[4/5]

Sergio Martino reste l’un des magiciens les plus élégants du giallo italien, un prestidigitateur qui transforme les pulsions humaines en arabesques visuelles et les névroses en motifs psychédéliques. Avec Edwige Fenech, il compose ce que les amateurs appellent aujourd’hui la « Trilogie du Vice », un triptyque sensuel et venimeux formé par L’Étrange Vice de Mme Wardh, Toutes les couleurs du vice et Ton vice est une chambre close dont moi seul ai la clé. Dans Toutes les couleurs du vice, cette alliance entre Sergio Martino et Edwige Fenech atteint une forme de maturité étrange, comme si le cinéma italien de l’après-68 avait décidé de se regarder dans un miroir déformant, jupes courtes au vent, culottes visibles à chaque pas, liberté sexuelle en bandoulière. Toutes les couleurs du vice s’inscrit ainsi dans une époque où les corps devenaient des manifestes, les regards des déclarations politiques, et les fantasmes des terrains de jeu.

Dans Toutes les couleurs du vice, Edwige Fenech nous apparaît à nouveau comme une vision presque irréelle, une créature de lumière dont les courbes semblent dessinées pour défier la morale et les lois de la physique. La caméra la suit avec une douceur presque amoureuse, glissant sur sa peau comme un souffle chaud qui hésiterait entre la caresse et la confession. Sergio Martino utilise cette sensualité comme un moteur narratif : chaque mouvement de hanche, chaque battement de cils, chaque jupe trop courte devient un indice, un piège, une promesse. Le film capture l’esprit du début des années 70 avec une précision presque documentaire : les rues où les femmes marchent en laissant deviner leurs dessous, les appartements décorés comme des fantasmes pop, les soirées où l’alcool, la fumée et les regards se mélangent comme des fluides trop enthousiastes. Le film transforme cette époque en un terrain de jeu où l’érotisme devient une arme à double tranchant.

Toutes les couleurs du vice s’amuse à brouiller les pistes, à mélanger les genres, à faire danser le spectateur entre rêve et réalité. Les scènes oniriques, inspirées autant par Rosemary’s Baby que par les expérimentations psychédéliques de l’époque, transforment Londres en un labyrinthe mental où les murs semblent respirer et où les ombres se comportent comme des voyeurs trop curieux. Tout au long de son intrigue, le film avance comme un fantasme qui aurait décidé de prendre des notes sur lui même. Les couleurs éclatent, les cadrages se tordent, les visages se dédoublent, et soudain la caméra se faufile comme un serpent lubrique dans un couloir trop étroit. Mais derrière cette sensualité débridée, Toutes les couleurs du vice développe aussi une réflexion sur la manipulation, la peur et la fragilité psychologique, rappelant que le giallo n’est jamais qu’un miroir brisé où chacun aperçoit ses propres obsessions.

Dans Toutes les couleurs du vice, la paranoïa devient un personnage à part entière. Les hommes qui entourent Edwige Fenech ressemblent à des silhouettes parfumées, des prédateurs élégants qui avancent avec la douceur d’un chaton mais les intentions de qui ça qui ça ? D’un démon de minuit. Le film joue avec cette ambiguïté comme un enfant joue avec un jouet interdit : avec fascination, avec prudence, avec une pointe de perversité. Une scène en particulier – celle du rêve qui ouvre le film – montre comment Toutes les couleurs du vice utilise le montage, les surimpressions et les mouvements de caméra pour matérialiser la peur : les corps se mélangent, les masques tombent, les couleurs deviennent des cris. Et pourtant, malgré cette noirceur, le film de Sergio Martino reste un film profondément sensuel, presque tendre dans sa manière de filmer les corps, les regards, les hésitations. Du beau travail !

Le Blu-ray

[4/5]

Après une sortie en coffret Blu-ray déjà « sold out » au moment des précommandes, les films de la « Trilogie du Vice » de Sergio Martino viennent de débarquer au format Blu-ray « unitaire », toujours sous les couleurs de l’éditeur Artus Films. Le boîtier Amaray noir s’avère élégant, avec un visuel fidèle à l’esthétique pop et sensuelle du film. Techniquement, le Blu-ray bénéficie d’un master restauré de toute beauté, stable et respectueux du grain d’origine. Les couleurs éclatent avec une intensité qui sied parfaitement au giallo : les rouges sont profonds, les bleus électriques, les peaux lumineuses – notamment celle d’Edwige Fenech, dont la beauté trouve ici un écrin digne de ses courbes. Les contrastes restent solides, les noirs bien tenus, et les détails abondent, qu’il s’agisse des tissus, des décors londoniens ou des masques inquiétants qui hantent les séquences oniriques. Côté son, on a droit à deux pistes (VF/VO) mixées en LPCM 2.0. Dans les deux cas, les dialogues restent clairs, la musique de Bruno Nicolai s’impose avec une ampleur agréable, et les ambiances londoniennes trouvent leur place sans saturer l’espace. La version originale est légèrement supérieure au mixage français : les respirations, les murmures, les bruits de pas dans les couloirs gagnent en présence, renforçant l’atmosphère paranoïaque du film.

Dans la section bonus, on trouvera d’abord une présentation du film par Emmanuel Le Gagne et Sébastien Gayraud (25 minutes), qui replace Toutes les couleurs du vice dans son contexte de tournage et revient sur les carrières de Sergio Martino et de ses acteurs. On continuera ensuite avec un entretien avec Sergio Martino (40 minutes), où le réalisateur revient sur la genèse du film, ses influences, les conditions de tournage à Londres, la censure, etc. L’entretien avec Ernesto Gastaldi (18 minutes) explore l’écriture du scénario, les thèmes du paranormal, les intentions narratives, et quelques anecdotes savoureuses sur les nombreuses scènes de nu qui émaillent le film. Enfin, on terminera avec un entretien croisé avec George Hilton et Antonio Tentori (32 minutes), dans lequel l’acteur reviendra sur ses souvenirs du tournage tandis que le critique s’attardera sur le contexte historique et le genre. Enfin, on terminera avec un diaporama (4 minutes) et la traditionnelle bande-annonce (3 minutes).

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