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Test Blu-ray : Seule contre la Mafia

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Test Blu-ray : Seule contre la Mafia

Titre original : La moglie più bella
Réalisateur : Damiano Damiani
Scénario : Damiano Damiani, Sofia Scandurra
Casting principal : Alessio Orano, Ornella Muti, Salvatore Baccaro
Genre : Thriller, Drame Date de sortie cinéma : 27 juin 1972 Date de sortie DVD/BR : 6 octobre 2026
Durée : 1h48
Pays : Italie (1970)
Éditeur : Artus Films

Sicile, années 60. Don Antonino, le parrain de la mafia locale, devant purger une peine de prison, laisse la gestion de ses affaires au jeune Vito. Mais pour cela, ce dernier doit épouser une jeune femme vertueuse de basse condition. Vito jette son dévolu sur Francesca, âgée d’à peine 15 ans. D’abord flattée par la demande, elle se rend compte qu’elle n’est que le jouet de l’ambition de Vito et refuse alors le mariage. Humilié, le truand la séquestre afin de la forcer. Devant la peur des siens face à la mafia, et la corruption de la justice, Francesca devra mener son combat toute seule…

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Le film

[4/5]

Sorti en 1970 sous le titre La moglie più bella, Seule contre la Mafia appartient à cette grande famille du cinéma italien qui préfère regarder la réalité dans les yeux plutôt que de lui coller une moustache de méchant de cinéma. Damiano Damiani, qui avait déjà montré au public italien qu’il était très remonté contre les mécanismes de la Cosa Nostra avec La Mafia fait la loi, s’inspire ici d’un fait divers particulièrement glaçant : celui de Franca Viola, jeune Sicilienne qui refusa, dans les années 1960, le mariage réparateur avec l’homme qui l’avait enlevée et violée. Francesca, quinze ans dans le film, refuse donc Vito, refuse le mariage, refuse surtout la petite place bien rangée que la société lui réserve. Et c’est précisément là que Seule contre la Mafia devient beaucoup plus qu’un simple film de mafia. Damiano Damiani ne filme pas seulement une organisation criminelle : il nous détaille surtout le système social qui lui permet de prospérer.

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La famille tremble, les voisins observent, la justice avance avec des chaussures en plomb et les traditions religieuses servent parfois de cadenas supplémentaires. Même les costumes du film, et notamment les tenues arborées par Ornella Mutti, racontent quelque chose de cette époque : Francesca appartient encore à un monde où l’apparence féminine est scrutée et contrôlée, alors que le cinéma italien de 1970 accompagne déjà une libération des mœurs qui vient sérieusement secouer ce vieux décor patriarcal. Seule contre la Mafia place donc une adolescente au milieu d’un conflit qui dépasse largement son histoire personnelle : elle devient le grain de sable capable d’enrayer une machine sociale entière.

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Ce qui frappe surtout dans Seule contre la Mafia, c’est la manière dont Damiano Damiani refuse de transformer cette histoire en aventure héroïque traditionnelle. Francesca n’a pas de plan secret dans la poche : elle est juste une gamine, qui comprend progressivement que personne ne viendra vraiment la sauver. La mise en scène épouse cette solitude avec une intelligence remarquable. Les espaces clos enferment les personnages, les cadres semblent parfois réduire les possibilités de fuite et les déplacements de caméra donnent aux rues siciliennes quelque chose d’étrangement théâtral. Même lorsque le film montre la foule, Francesca paraît isolée au milieu d’elle. Cette opposition entre le collectif et l’individu constitue le véritable cœur du film : la Mafia ne tient pas uniquement par la violence, mais par le silence de ceux qui préfèrent détourner les yeux.

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Dans le même ordre d’idées, la mise en images de Damiano Damiani s’avère remarquable dans son refus obstiné de « mythifier » ses mafieux. Vito n’a rien du parrain glamour qui envahira plus tard la culture populaire : c’est surtout un petit homme vexé, brutal et terriblement banal, ce qui le rend finalement beaucoup plus inquiétant. À ce titre, Seule contre la Mafia annonce davantage le cinéma politique italien des années 70 que les grands films de gangsters hollywoodiens. La splendide musique d’Ennio Morricone ajoute encore à cette tension, avec une partition qui accompagne autant le drame intime que la sensation d’un monde social complètement grippé.

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Et puis il y a Ornella Muti. Seule contre la Mafia constitue ses débuts au cinéma et la révélation est assez spectaculaire : âgée d’à peine seize ans au moment de la sortie, la comédienne impose déjà une présence étonnamment forte. Son visage conserve une fragilité adolescente, mais son regard semble comprendre avant tout le monde ce qui se joue autour d’elle. C’est précisément cette contradiction qui donne au personnage de Francesca sa puissance. Face à elle, Alessio Orano compose un Vito répugnant sans avoir besoin d’en rajouter dans la caricature, tandis que Tano Cimarosa et les autres seconds rôles contribuent à faire exister cette communauté où chacun possède une part de responsabilité, par action ou par lâcheté.

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Au final, Seule contre la Mafia reste un film profondément ancré dans son époque, mais certainement pas prisonnier de celle-ci. Son propos sur la domination, la culpabilité collective et la capacité d’un individu à dire non conserve une force intacte. Et lorsqu’un film vieux de plus d’un demi-siècle parvient encore à mettre autant de poussière dans les rouages de la bonne conscience, il mérite largement de sortir des oubliettes. Même la Mafia aurait probablement préféré qu’on oublie.

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Le Blu-ray

[4/5]

L’édition Blu-ray de Seule contre la Mafia, disponible chez Artus Films, bénéficie d’un joli Combo Blu-ray + DVD présenté dans un beau Digipack surmonté d’un étui, avec le film proposé en master 2K restauré et dans son format Cinémascope 2.35 respecté. L’image n’a évidemment pas retrouvé une jeunesse éternelle : quelques poussières, points blancs, griffures et petites variations subsistent, tandis que le grain peut parfois laisser place à une texture vidéo un peu plus présente qu’espéré. Mais la définition progresse nettement par rapport aux anciennes copies et les couleurs, volontairement terreuses dans la photographie de Franco Di Giacomo, retrouvent une belle cohérence. Le résultat est donc loin d’être parfait, mais largement satisfaisant pour redécouvrir Seule contre la Mafia dans de bonnes conditions. Côté son, les deux versions sont proposées en LPCM Audio 2.0, et chacune conserve ses particularités sans qu’il soit nécessaire de jouer au concours de beauté entre la VF et la VO. La version française demeure claire et agréable, tandis que la version italienne offre davantage de naturel dans les ambiances et la musique. Quelques petits grésillements peuvent se manifester, mais rien qui transforme le visionnage en communication avec les morts. Une belle proposition technique dans l’ensemble.

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Du côté des suppléments, on commencera avec une présentation du film par Olivier Père (64 minutes). Pendant plus d’une heure, le directeur du cinéma d’Arte France revient sur Damiano Damiani, son cinéma politique, son rapport à la Mafia, le contexte du film, l’affaire Franca Viola, la construction du personnage de Francesca et la révélation Ornella Muti. C’est particulièrement riche sans devenir indigeste, avec suffisamment de contexte pour remettre le film dans son époque et suffisamment d’analyse pour donner envie de le revoir immédiatement. On continuera avec un entretien avec Antonio Siciliano, monteur du film (19 minutes), qui apporte un éclairage beaucoup plus concret sur la fabrication de Seule contre la Mafia, notamment sur le travail avec Damiano Damiani et certaines difficultés rencontrées lors du montage. On poursuivra enfin avec la traditionnelle galerie photos, qui permet de prolonger l’univers visuel du film, puis avec la bande-annonce originale, petit document d’époque toujours sympathique à exhumer. Artus Films ne cherche donc pas à remplir le disque avec du bonus au kilomètre : l’éditeur privilégie deux interventions solides, complétées par les traditionnels documents d’archives. Et avec Olivier Père et Antonio Siciliano, Seule contre la Mafia dispose surtout de deux regards complémentaires, l’un historique et critique, l’autre directement lié à la fabrication du film.

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