Test Blu-ray : Police connection

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États-Unis : 1973
Titre original :
Réalisation :
Scénario : ,
Acteurs : , ,
Éditeur :
Durée : 1h55
Genre : Policier
Date de sortie cinéma : 20 septembre 1973
Date de sortie DVD/BR : 15 juin 2021

Tenu responsable de la mort d’un dealer, l’inspecteur Eddie Ryan se retrouve relevé de ses fonctions le temps des investigations. Le jour où il apprend la mort atroce d’un ancien collègue et ami, son sang ne fait qu’un tour. Qu’importe sa suspension, il mène l’enquête selon ses propres méthodes, radicales et brutales. Ses recherches l’entraînent vers les bas-fonds de New York, entre maquereaux, prostituées, junkies et criminels ; une piste s’impose alors, de plus en plus évidente. Dangereusement évidente. Celle d’un réseau de trafiquants d’armes liés à un mouvement révolutionnaire…

Le film

[3/5]

Après une décennie de « flottement » artistique, durant laquelle différents cinéastes s’étant essayé au genre policier tentaient de se débarrasser, bon gré mal gré, des oripeaux du « Film Noir » qui avait régné sur le genre jusqu’à la fin des années 50, le renouveau du film policier a été assuré par le succès de L’étrangleur de Boston (Richard Fleischer, 1968) et de Bullitt (Peter Yates, 1968), qui furent rapidement suivis par une série de « grands » polars mettant en scène des personnages réalistes, humains, évoluant dans un univers contemporain d’un naturalisme absolu.

Si Richard Fleischer régnait en maitre incontesté sur le genre à l’époque, certains sont cependant parvenus à s’insinuer subrepticement dans ce polar d’un nouveau genre, plus noir et pessimiste mais également volontiers plus réactionnaire, et à livrer des films qui sont aujourd’hui considérés comme des classiques : on pense notamment à French Connection (William Friedkin, 1971), L’inspecteur Harry (Don Siegel, 1971), Le flic ricanant (Stuart Rosenberg, 1972), Echec à l’organisation (John Flynn, 1973), Police puissance 7 (Philip D’Antoni, 1973)… Des films secs et brutaux qui ont peu à peu infléchi leurs récits dans le sens d’une réhabilitation de la police et de ses méthodes « musclées ».

Pour le coup, et comme son titre français l’indique de façon explicite, (, 1973) s’inscrit franchement dans la veine du French Connection de Friedkin, et pour cause : les deux films sont inspirés des « exploits » policiers du même flic New Yorkais, , qui joue d’ailleurs un petit rôle dans les deux films. Le personnage d’Eddie Ryan () est donc un « double » de Popeye Doyle (Gene Hackman), dans le sens où tous deux s’inspirent de la même personne, bien réelle.

La caractéristique principale de réside sans doute dans son réalisme, aussi intense que glaçant : il dresse en effet le portrait pas très reluisant d’une époque où le racisme, la violence et même l’irresponsabilité semblaient être la norme dans les rangs de la police de New York. La « Big Apple » y est d’ailleurs presque montrée comme une zone de non-droit, ce qui est accentué par la photographie d’Arthur J. Ornitz (Un justicier dans la ville, Serpico) : sa gestion de la lumière et des ombres renforcent l’aspect « documentaire » du film, donnant l’impression que les événements du film se déroulent sous nos yeux et en temps réel.

Les dialogues du film sont également particulièrement gratinés : racistes, homophobes, extrêmement vulgaires, ils confèrent au film un cachet indéniable. dégage donc un fumet assez sordide, une odeur de caniveau, mettant en scène une ville où la notion même de « loi » semble ne plus avoir aucun sens, et où règnent en maîtres la force brute, l’intimidation, l’anarchie et la corruption. Le film d’ s’avère donc assez sombre, nous donnant à voir une ville de New York peuplée d’innombrables prédateurs, faisant tout ce qu’il faut pour protéger leur territoire, et une police n’ayant d’autre choix que de les imiter pour rester en vie.

Au fur et à mesure que le film avance, les nombreux rebondissements de l’intrigue contribuent à transformer le personnage interprété par  ; la colère et le désir de vengeance qui le consument prennent peu à peu place au centre du récit. En tant que spectateur, il est difficile de ne pas faire de parallèle entre French Connection et , surtout lors de « la » grosse scène de course-poursuite du film, à l’occasion de laquelle Eddie Ryan réquisitionne un bus de ville. Une scène qui aurait pu / dû être tout simplement énorme, si avait le talent de metteur en scène d’un William Friedkin ou d’un Don Siegel…

Mais ce n’est pas le cas : reste avant tout un réalisateur de télévision, et sa réalisation manque d’ampleur et de souffle. Ainsi, malgré toutes les qualités du film en termes d’écriture et d’interprétation, ne parvient jamais à décoller. Le manque de style et d’énergie nuit à l’ensemble : on n’a pas forcément l’impression de voir un film de cinéma mais plutôt un épisode étendu d’une série policière, ou un téléfilm policier – à la différence près bien sûr que le langage utilisé dans le film est beaucoup plus « fleuri » que ce que permettait les standards télévisuels de l’époque.

Cet état de fait est encore renforcé par le master Blu-ray utilisé par . En effet, ce dernier est proposé dans un format 4/3 recadré, probablement issu d’un master destiné à la télévision (on en veut pour preuve le déplacement des mentions écrites du générique de début, qui sont « recentrées » afin de ne pas dépasser du cadre), qui rogne largement les côtés à droite et à gauche de l’image. Et pourtant, vous savez quoi ? La mise en scène d’ ne tire jamais profit du format 1.85, et à aucun moment le recadrage en 4/3 ne semble priver le spectateur d’informations importantes – c’est vraiment comme si avait été « pensé » en ce sens, de façon « étriquée », et que tous les cadres avaient été composés en gardant à l’esprit le format 4/3, qui correspondait à celui de la télévision de l’époque.

C’est vraiment dommage, et si conserve tout de même un impact certain, on ne peut s’empêcher de se dire que si la mise en scène avait été au diapason du scénario, on aurait vraiment touché du doigt un véritable chef d’œuvre…

Le Blu-ray

[3/5]

On ne va pas faire durer le suspense : comme on l’a évoqué un peu plus haut, le principal problème de cette édition Blu-ray de est son format : un 4/3 pan-and-scanné qui « rogne » une partie de l’image du film. On imagine cela dit très bien que n’a malheureusement pu accéder à un master au format de diffusion cinéma. C’est d’autant plus regrettable que le film était jusqu’ici inédit en DVD et Blu-ray en France, et que côté image, le boulot de remasterisation effectué par BQHL est en tout point remarquable.

Plutôt que d’opter pour un ravalement de façade agressif, l’éditeur a opté au contraire pour une préservation maniaque du grain argentique. Ce qui n’empêche en aucun cas d’afficher une définition précise, un beau piqué et des couleurs éclatantes. L’image est donc au final d’une précision étonnante, les noirs sont profonds et les scènes nocturnes affichent une belle pêche. Au final, pour les cinéphiles n’ayant jamais vu le film, le plaisir de découvrir supplantera sans doute le défaut du master 4/3 – d’autant plus que ce dernier ne s’avère jamais réellement gênant, à cause ou grâce à la réalisation sans éclat d’. Côté son, VF et VO sont proposées dans des mixages LPCM Audio 2.0, d’une belle tenue, nous proposant un rendu clair et équilibré ; l’éditeur nous propose évidemment le doublage français d’origine, tout à fait désuet et charmant dans son genre, surtout quand commencent à fuser les noms d’oiseaux.

Dans la section suppléments, on trouvera une présentation du film par François Guérif (26 minutes). Ce dernier reviendra sur le contexte de tournage du film, sur les personnalités de et , sur le réalisme de l’entreprise et la carrière d’ au sein de la police, ou encore sur la réception du film à travers le monde. Très intéressant !

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