Test Blu-ray : Les cent cavaliers

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Italie, Espagne, Allemagne de l’Ouest : 1964
Titre original :
Réalisation :
Scénario : Vittorio Cottafavi,
Acteurs : , ,
Éditeur :
Durée : 1h55
Genre : Aventures
Date de sortie cinéma : 1 février 1971
Date de sortie DVD/BR : 3 novembre 2020

Vers l’an Mil, en Castille, en pleine occupation maure, un cheik et ses cent cavaliers s’installent dans un petit village paisible. Couvrant d’abord les habitants de cadeaux, les envahisseurs deviennent vite des tyrans exploitant les villageois. Fernando, un jeune paysan, rassemble des hommes, les entraîne, et se met à la tête de la résistance contre les Maures…

Le film

[4/5]

Sorti sur les écrans italiens en 1964, Les cent cavaliers est le dernier film de cinéma de Vittorio Cottafavi. S’il s’agit d’une jolie réussite, l’échec public de ce grand film d’aventures teinté d’humour semble cependant avoir sensiblement marqué l’esprit du cinéaste, qui se consacrerait durant les années suivantes – et jusqu’à la fin de sa carrière – à la télévision, même si certains de ses téléfilms bénéficieraient d’une sortie en salles dans certains pays.

Également connu sous les titres ou (comme chez Corneille, le récit prend place en Espagne et met en scène un combat contre les Maures), Les cent cavaliers est un film assez mal connu en France, qu’Artus Films nous propose ce mois-ci de découvrir dans sa version intégrale : si on en juge par les passages dépourvus de version française, on peut supposer que le montage exploité en salles en France en 1964 était amputé de rien de moins que 25 à 30 minutes de film.

Au regard des éléments coupés lors de la sortie en France, il semble clair que le distributeur hexagonal de l’époque avait dans l’idée de livrer au public un film d’aventures lambda, développant le charme désuet et innocent généralement associé au genre. Méchant tyran, idylle romantique, scènes spectaculaires, point. Pourtant, Les cent cavaliers tel qu’on le découvre aujourd’hui va bien au-delà de la simple épopée chevaleresque. Au contraire, le film de Vittorio Cottafavi s’impose comme une œuvre d’une richesse folle, mélangeant les genres et les tonalités, et ne se limitant pas au simple récit auquel on a voulu le limiter…

Ainsi, l’échec public du film en Italie est probablement lié à l’audace intrinsèque du film, qui s’était vue en grande partie gommée par le montage exploité en France. Les cent cavaliers s’ouvre et se ferme ainsi sur deux scènes assez étonnantes voyant un personnage invectiver directement le spectateur, brisant le quatrième mur et mettant le public face à la nature de « fiction » de ce qu’il est en train de voir. Cette distanciation avec le récit, héritée du théâtre de Bertolt Brecht, est extrêmement rare dans le film d’aventures de l’époque, et s’avère encore renforcée par le caractère « bouffon » de plusieurs séquences, absurdement comiques. On pense notamment bien sûr aux séquences mettant en scène Don Gonzalo, le père du héros, incarné par Arnoldo Foà, qui développent un aspect comique outrancier, à la tonalité bien éloignée du drame, à la fois épique et tragique, étant censé se dérouler sous nos yeux.

Mais Cottafavi se démarque également un peu du genre qu’il aborde par une poignée de prises de position idéologiques, discrètes mais bien réelles, et tout à fait dans l’air du temps de son époque. Ainsi, en s’ouvrant sur les débats houleux liés à l’augmentation du prix du blé et à l’exploitation des paysans, Les cent cavaliers développe un début de discours marxiste sur la lutte des classes. Si bien sûr le refus des paysans de reprendre le travail est probablement un poil anachronique dans l’esprit, l’idée fait efficacement son chemin, de la même façon que le final du film, tourné vers le refus de la guerre et vers le respect / la compréhension de l’autre.

Tous ces éléments sont par ailleurs au service d’une réalisation toujours aussi inspirée de la part de Vittorio Cottafavi, qui s’avère comme toujours un esthète de premier ordre, enchaînant les compositions de plans sublimes, souvent pensées comme autant de tableaux en couleurs. En dépit de ses ruptures de ton, Les cent cavaliers est par ailleurs parfaitement rythmé, les scènes d’action sont vivantes et très dynamiques, tout en étant parfois illuminées par des idées plastiques fortes, telles que celle de filmer la bataille finale en noir et blanc – un parti pris esthétique gonflé pour un film appartenant au registre de la série B !

Le Combo Blu-ray + DVD + Livret

[5/5]

C’est donc sous les couleurs d’Artus Films que le cinéphile français pourra (re)découvrir Les cent cavaliers en Blu-ray, dans une belle édition limitée à 1000 exemplaires proposant un digipack Blu-ray + DVD ainsi qu’un livret illustré de 64 pages, le tout étant glissé dans un étui de toute beauté. On applaudit également l’excellente initiative d’Artus Films, qui nous propose au sein du digipack un « trombinoscope » des différents personnages du film, accompagné du nom des acteurs qui les interprètent – une riche idée que l’éditeur devrait réitérer sur ses sorties à venir.

Côté Blu-ray, la restauration du film a fait des merveilles, et s’avère tout simplement remarquable : ce transfert Haute-Définition permettra aux cinéphiles de découvrir Les cent cavaliers sans griffes ni agression de l’âge, et d’ainsi plonger à corps perdu dans la grande aventure que nous propose le film. Le grain argentique est préservé, les couleurs sont éclatantes, et les contrastes parfaitement gérés mettent en évidence les éclairages subtils et les plans rigoureux imaginés par Cottafavi. Côté son, le film est proposé en DTS-HD Master Audio 2.0 mono d’origine en VF d’origine comme en VO (italienne). Le tout est d’une parfaite clarté, et relativement bien équilibré ; on notera bien sûr que si vous regardez Les cent cavaliers en français les passages absents du montage français du film passent automatiquement en VO sous-titrée.

Du côté des suppléments, on saluera tout d’abord le travail effectué par Artus Films sur le livret de 64 pages accompagnant le film, intitulé « Les cent cavaliers : une histoire de la Reconquista ». Comme d’habitude avec l’éditeur, le livret n’a pas pour vocation d’être une simple suite de photos agrémentées d’un texte insipide, comme cela peut être le cas chez d’autres éditeurs. Au contraire, il s’agit d’un retour très sérieux sur les sept siècles de la reconquête occidentale de l’Espagne, le tout étant largement illustré de cartes, portraits ou peintures. Bien sûr, le livret évoque également Les cent cavaliers, et propose également un retour sur l’origine des coproductions espagnoles dans le cinéma « Bis » des années 60. Les propos purement « cinématographiques » tenus dans le livret seront par ailleurs repris dans un intéressant entretien avec François Amy de la Bretèque (35 minutes), un peu redondant si vous avez lu le livret, mais clair et absolument pertinent. On pourra cependant vaguement tiquer devant la façon dont il présente les immenses cinéastes que sont Riccardo Freda, Mario Bava ou Vittorio Cottafavi, mais tout cela n’est sans doute qu’une question de sensibilité. On terminera ensuite avec l’amusante bande-annonce italienne du film, ainsi qu’avec la traditionnelle galerie d’affiches et de photos.

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