Test Blu-ray : La peau douce

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France : 1964
Titre original : –
Réalisateur :
Scénario : , , J.F Adam
Acteurs : , ,
Éditeur :
Durée : 1h58
Genre : Drame
Date de sortie cinéma : 20 avril 1964
Date de sortie DVD/BR : 2 juin 2021

Pierre Lachenay, âgé d’une quarantaine d’années, est marié. Il habite le XVIe arrondissement de Paris avec sa femme Franca et leur petite fille Sabine. Au cours d’un voyage à Lisbonne où il donne une conférence sur Balzac, Pierre rencontre Nicole, une jeune hôtesse de l’air. Il la revoit à Paris et devient son amant…

Le film

[5/5]

Écrit et réalisé par sur un emploi du temps extrêmement serré, presque comme un moyen de tuer le temps en attendant le « feu vert » de Farenheit 451, dont le tournage était sans cesse reporté, est souvent considéré comme une œuvre mineure du cinéaste. Très mal reçu par la presse et le public en son temps, ce grand film désespéré, probablement né de l’attente et des frustrations du cinéaste, mérite pourtant clairement d’être réhabilité. On irait même jusqu’à affirmer que pour certains cinéphiles, représente même peut-être bien le meilleur film de Truffaut.

Il est vrai que Truffaut n’y va pas avec le dos de la cuillère avec . Bien décidé à tourner l’anti-Jules et Jim, il délaisse le Scope et les grands sentiments romantiques pour un film que l’on pourrait appeler un film de la « petitesse », de la lâcheté, tourné en 1.66, au plus près des personnages, de leur humanité, de leurs faiblesses. Ainsi, le personnage de Pierre Lachenay, interprété par un formidable , n’est certainement pas le grand héros romantique dont rêvent toutes les femmes : c’est un type petit, coincé, en pleine crise de la cinquantaine, pris par le démon de midi mais n’assumant pas réellement sa liaison avec Nicole, l’hôtesse de l’air incarnée par .

Il est stressé, gauche, constamment mal à l’aise et supposément jaloux ; elle est jeune et libre. L’issue de leur relation était écrite à l’avance, mais Lachenay refuse de le voir. Le récit imaginé par Truffaut est ainsi extrêmement linéaire, mais le cinéaste parviendra à faire monter la tension et un certain malaise tout au long du récit, par l’utilisation d’un montage sec, rapide, nerveux, alternant sans cesse les plans classiques et les plans subjectifs, nous mettant littéralement dans la peau – ou plutôt dans la tête – du mari adultère. Le film alterne ainsi les plans généraux et les plans de « détails », extrêmement serrés, précis, et pourtant naturel : le découpage et le montage de s’imposent ainsi comme très complexes, et construits d’une manière vraiment virtuose.

De ce fait, et même si le principe d’identification ne fonctionne pas d’une façon traditionnelle (impossible pour le spectateur de se mettre à sa place ou d’éprouver la moindre sympathie pour lui), on vit littéralement le stress de cet homme, son malaise constant, sa lâcheté, que l’on pourra trouver répugnante. On pense par exemple à cette séquence centrale, celle de la conférence à Reims, au cours de laquelle Lachenay enchaîne les « obligations » en délaissant tout à fait Nicole ; on pense aussi à ses difficultés à se débarrasser du personnage de , alors même qu’il voit par la fenêtre Nicole se faire presque agresser sous ses yeux – si la caméra de nous place littéralement dans la tête du héros, impossible de ne pas trouver absolument dégueulasse la lâcheté affichée par le personnage.

est un film de « rupture » dans la carrière de , et n’a finalement que très peu de points communs avec ses précédents films. L’influence majeure ici est celle d’Alfred Hitchcock, qui se fait sentir tout au long du film et qui permet au réalisateur français de réaliser un véritable « polar » ayant pour sujet l’adultère. Les cadrages, mais également les éclairages et la gestion du temps et de l’espace nous ramènent tous au style du maestro Hitchcock. La tension permanente ne permet pas à la love story éventuelle de s’épanouir – à l’image du personnage incarné par , elle évolue dans un cadre beaucoup trop étriqué. De ce fait, repousse avec détermination la plus petite trace de romantisme, et n’hésite pas au final à montrer le personnage central dans ce qu’il a de plus minable, soulignant l’hypocrisie morale de la société bourgeoise de l’époque. La belle partition mélancolique de Georges Delerue contribue d’ailleurs, par contraste, à renforcer encore la noirceur de cette histoire d’amour condamnée d’avance.

Le Blu-ray

[5/5]

est le quinzième film à intégrer les rangs de la collection « Édition Prestige limitée » de . Le chef d’œuvre de s’offre de ce fait un coffret de type « luxe » : il s’agit en effet d’une édition limitée à 1000 exemplaires qui s’imposera d’entrée de jeu comme un « bel objet », contenant non seulement le Blu-ray et le DVD du film mais également tout un tas de « goodies » réunis pour l’occasion : le fac-similé du dossier de presse d’époque, un dossier du film extrait de la revue Cinématographie Française, la reproduction du premier traitement du scénario, ainsi qu’un jeu de 5 photos et l’affiche du film en 40×60. On a donc entre les mains un véritable et bel objet de collection, auquel l’éditeur ajoute, bien sûr, quelques suppléments sur le Blu-ray du film.

On tire donc notre chapeau à Carlotta, qui affiche ici sa volonté farouche d’en proposer toujours plus au consommateur. Depuis quelques années, on notera que les frenchies tendent à rivaliser avec des labels prestigieux tels que Criterion aux Etats-Unis : cette émulation – doublée probablement d’une certaine forme de rivalité – entre différents éditeurs français spécialisés dans les éditions de luxe (tels que Wild Side ou Le chat qui fume) joue finalement en faveur du consommateur, et permet aux différents labels de se créer une identité forte, immédiatement reconnaissable, qui s’est vite transformée en véritable gage de qualité.

 

 

Du côté du Blu-ray à proprement parler, aime , et nous livre ici une galette Haute Définition exemplaire. Le transfert est littéralement superbe, affichant un grain scrupuleusement préservé, un piqué accru et un noir et blanc aux contrastes très intenses et soignés. La captation des regards et les nombreux gros plans proposés par le film retrouvent littéralement une nouvelle jeunesse, c’est juste magnifique. Côté son, le film de Truffaut est naturellement proposé uniquement en DTS-HD Master Audio 1.0, et la bande sonore s’avère toujours stable et nette, même si naturellement l’ensemble se montre naturellement assez économe dans son amplitude. Un intéressant commentaire audio de Serge Toubiana et (scénariste du film) est également disponible.

Dans la section suppléments, on retrouvera au cœur de l’édition Carlotta l’essentiel des bonus disponibles sur l’édition DVD de sortie en 2000 sous les couleurs de MK2 Vidéo : on commencera donc avec une courte analyse du film par Serge Toubiana (4 minutes), dont le principal défaut est probablement de paraphraser mot pour mot les propos tenus par dans les featurettes également présentes sur le Blu-ray. On continuera donc avec quelques images d’archives de et au Festival de Cannes 1964 (2 minutes), des entretiens croisés de et à la TV belge (4 minutes) et à un commentaire de quelques scènes-clés du film par (10 minutes), enregistré en 1965 pour l’émission « Cinéastes de notre temps ». On terminera enfin avec une analyse inédite du film par Nicolas Saada (10 minutes), fine, pertinente et argumentée – beaucoup plus intéressante que celle de Serge Toubiana.

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