À la une DVD — 21 juin 2019
Test Blu-ray : La nuit de la mort

 
France : 1980
Titre original : –
Réalisation :
Scénario : Raphaël Delpard,
Acteurs : , ,
Éditeur :
Durée : 1h34
Genre : Horreur
Date de sortie cinéma : 22 octobre 1980
Date de sortie DVD/BR : 10 juin 2019

 

À la suite d’une dispute avec son ami Serge, Martine accepte un poste d’infirmière au « Doux Séjour », maison de retraite isolée en rase campagne. Elle sympathise rapidement avec Nicole, sa collègue de travail, qui disparaît bientôt dans de mystérieuses circonstances. Entre une directrice autoritaire, un gardien et homme à tout faire au comportement étrange et des pensionnaires passablement allumés, Martine finit par réaliser qu’elle est prisonnière de la maison… mais surtout qu’elle pourrait courir un grave danger…

 


 

Le film

[3,5/5]

Il parait que c’est très classe d’entamer un papier avec des citations extraites des Saintes Écritures. Vous en conviendrez : Jésus, la Bible, l’eau bénite, tout ça, c’est le Swag. Dieu en personne est d’ailleurs récemment apparu en songe à la rédaction de critique-film.fr, pour intimer l’ordre à l’assemblée de mécréants qui compose l’équipe éditoriale du site de commencer à partir de maintenant tous leurs articles par une caisse de vin de messe et quelques saintes citations. D’une façon assez inattendue, La nuit de la mort se prête finalement plutôt bien à l’exercice.

Car comme nous l’ont appris les Évangiles de Luc et Matthieu : « Nul n’est prophète en son pays ». Et ce ne sont certainement pas les quelques artisans s’étant risqué à tenter l’expérience du film de genre en France dans les années 70/80 qui nous diront le contraire. Raphaël Delpard en particulier semble avoir particulièrement mal vécu l’échec et l’acharnement critique autour de (1984), qui l’ont détourné du genre à tout jamais. Et pourtant, tout avait plutôt bien commencé en 1980 avec La nuit de la mort. Si le film reste certes encore très méconnu en France, il était sorti aux Etats-Unis la même semaine que Shining et avait acquis de l’autre côté de l’Atlantique un véritable statut de « film culte » : la légende autour du film raconte même qu’à la découverte du long-métrage de Raphaël Delpard, l’immense Tobe Hooper lui avait envoyé un télégramme afin de le féliciter. Faut dire aussi que La nuit de la mort est quand même vachement mieux que le film de Stanley Kubrick, avec ses zooms intempestifs du dernier ridicule, son acteur principal en roue libre et son scénario qui révèle rapidement sa nature de baudruche mal fagotée, en plus d’être une grosse trahison par rapport au bouquin de Stephen King.

Mais pour être tout à fait honnête, si Shining est bien loin de faire l’unanimité au sein de la communauté des amateurs de fantastique, il faut également avouer que La nuit de la mort n’est pas forcément non plus une œuvre fédératrice, de celles qui mettent tout le monde d’accord. Le film est de plus retombé dans un oubli relatif depuis de nombreuses années : la plupart des cinéphiles de moins de trente ans n’en auront jamais entendu parler, si ce n’est peut-être par le biais d’une édition DVD éditée par ESI / Eurociné Paris il y a une quinzaine d’années, que l’on trouve de façon assez facile dans tous les « bacs à soldes » des revendeurs DVD et Blu-ray en France.

 

 

Comme il existe des films surfant sur la peur des enfants, ces créatures aux réactions illogiques et imprévisibles (L’autre, Les révoltés de l’an 2000, The children, Les démons du maïs…), on peut également trouver des films développant une thématique inverse, à savoir la peur des vieux. Les « ieuv », représentants du troisième âge et autres grabataires cristallisent en effet à eux-seuls non seulement toutes les craintes liées au vieillissement et à la perte progressive des fonctions physiques et mentales, mais également et surtout la peur – universelle s’il en est – de la mort. De fait, de nombreux films fantastiques mettent régulièrement en scène soit des vieux ayant trouvé un moyen de retrouver un semblant de jeunesse ou de vivacité, soit – mais c’est plus rare – carrément des vieux psychopathes bien déterminés à tuer de façon violente tous ceux qui les entourent : on pense bien sûr à Rabid grannies – Les mémés cannibales (Emmanuel Kervyn, 1988) ou encore à The visit (M. Night Shyamalan, 2015). Les papis et mamies de La nuit de la mort se situent quant à eux à la croisée des chemins entre les deux : ils commettent des crimes certes, tuant et dévorant à tour de bras les infirmières intervenant dans leur maison de retraite, mais ils le font dans l’optique de « vivre mille ans » comme le déclare, extatique, un des pensionnaires cannibales de cette maison de soins d’un nouveau genre. Ils ne commettent donc pas ces actes de barbarie par pure goût du vice ou par cruauté, mais sont au contraire poussés par une idée de « nécessité », la consommation de chair fraîche prolongeant leur vie et apaisant leurs douleurs.

La finalité est certes la même, mais il est important de préciser ce détail, car il porte en lui la petite portée « sociale » développée par le film : les séniors du film s’attaquent en effet, pour plus de discrétion, à des « sans noms », de pauvres filles « remplaçables » de l’assistance dont la disparition ne touchera personne, et pour lesquelles il semble même peu probable qu’une enquête soit menée… Le film souligne donc, sans s’appesantir cependant, l’impunité dont bénéficient les « puissants », détenteurs d’un certain pouvoir économique – les petits vieux vivent dans une vaste demeure bourgeoise – qui leur permet d’écraser, et même de dévorer littéralement les classes inférieures. Mais cette allégorie féroce de la lutte des classes n’alourdit pas le film, car Raphaël Delpard n’est pas Claire Denis, et que la symbolique n’est pas lourdement soulignée ou présentée de façon agressive ou insistante.

 

 

La mise en scène de Raphaël Delpard au contraire prend le parti de la discrétion, du classicisme formel : ses stars, ce sont son scénario, qui tient la route et maintiendra l’attention du spectateur pendant toute la durée du film malgré son aspect linéaire, et surtout ses débordements dans le gore et l’horreur pure. La scène de la mise à mort du personnage de Charlotte de Turckheim (dont il s’agissait du premier film en tant qu’actrice) est à ce titre particulièrement réussie et soignée : elle ne trahit en rien les limites du budget du film, et ne suscitera pas, même avec presque quarante ans de décalage, le moindre rictus entendu : il s’agit d’un très beau travail technique dont Pascal Rovier et Ronaldo Abreu, respectivement responsable des effets spéciaux et maquilleur sur La nuit de la mort, n’ont absolument pas à rougir aujourd’hui.

Parallèlement, et en partie grâce au jeu très froid de (la directrice) et Michel Flavius (Flavien), le film de Delpard parvient à développer une atmosphère étrange, à la fois bizarre et oppressante, soutenue par la musique tout aussi bizarre et entêtante de Laurent Petitgirard. Les autres acteurs ne sont pas en reste : les petits vieux sont inquiétants au possible, l’héroïne Isabelle Goguey propose un mélange de maladresse et de candeur qui se retrouvera jusque dans les limites de son jeu, et enfin Charlotte de Turckheim s’impose comme l’actrice la plus naturelle et la plus convaincante du film, même si [Attention Spoilers] elle ne survivra pas longtemps dans l’intrigue.

 

 

Le Combo Blu-ray + DVD

[5/5]

Grâces soient rendues au Chat qui fume, éditeur touche à tout français qui nous permet de (re)découvrir dans l’hexagone et sur galettes Haute Définition autant de pépites dégénérées que de grands classiques du bis très attendus. La nouvelle vague de sorties de l’éditeur, dans les bacs de vos revendeurs préférés depuis le début du mois de juin, comprend donc quatre disques Blu-ray uniquement consacrés au cinéma de genre français : on commence donc aujourd’hui avec cette indispensable édition Combo Blu-ray + DVD de La nuit de la mort !

Quelques semaines après avoir exhumé La revanche des mortes vivantes, une des trop rares incursion des français dans le cinéma horrifique, Le chat qui fume continue donc sur sa lancée avec le film de Raphaël Delpard. Et on ne pourra que tirer notre chapeau à l’éditeur, qui nous livre comme à son habitude un master assez superbe présenté dans un écrin de luxe : un digipack trois volets orné d’images du film et surplombé d’un fourreau rigide, et une maquette graphique aux petits oignons composée par Frhead Domont. La classe absolue, d’autant qu’il s’agit d’une première mondiale sur support Blu-ray, et que cette édition Combo est limitée à 1000 exemplaires…

 

 

Côté master, la copie restaurée de La nuit de la mort est de toute beauté, avec un grain cinéma respecté aux petits oignons, et des contrastes finement travaillés. La restauration a fait place nette, mettant au ban rayures et autres griffes disgracieuses, et propose une image d’une stabilité remarquable (avec néanmoins quelques fourmillements discrets sur certaines séquences, ainsi que les défauts inhérents au tournage même du film, notamment au niveau de la profondeur de champ). Côté son, l’éditeur nous propose une version originale en DTS-HD Master Audio 2.0 mono d’origine, sans souffle ni bruits parasites. Les dialogues sont parfaitement clairs, et le Blu-ray qui est encodé en « Zone All » dispose également de sous-titres en anglais (pour les fans outre-Atlantique).

Côté suppléments, l’éditeur nous propose, outre la traditionnelle série de bandes-annonces des films à venir chez Le chat qui fume d’ici quelques semaines, deux entretiens liés de très près au film de Raphaël Delpard. On commencera donc avec un entretien avec Isabelle Goguey (« Nuit horrifique », 35 minutes), qui évoquera son parcours au cinéma, « en famille » puisqu’elle a tourné dès son plus jeune âge aux côtés de son père Claude Pierson, producteur et réalisateur. Elle reviendra donc sur les films de son père, de ses débuts jusqu’aux pornos, les hauts et les bas de sa carrière de cinéaste occasionnant une série d’anecdotes souvent amusantes. Elle abordera La nuit de la mort par le biais de quelques souvenirs. Elle profitera de l’entretien pour tordre le cou à certaines rumeurs, parfois persistantes, telle que celle propagée par , et qui voudrait qu’un film pour adultes ait été tourné en même temps que le film de Delpard, et que l’on pouvait, en tendant l’oreille, entendre les gémissements des acteurs du porno dans La nuit de la mort. Faux et archi-faux, bien sûr.

 

 

On continuera ensuite avec un entretien avec Raphaël Delpard (« Le tournage de la mort », 32 minutes), et ce dernier s’avère un véritable plaisir à suivre. Synthétique, passionné et intéressant, le cinéaste reviendra sur son parcours de cinéaste et sur l’enchaînement de coïncidences qui ont finalement lancé la production de La nuit de la mort. Raphaël Delpard reviendra également sur les personnalités de Charlotte de Turckheimet de son compagnon de l’époque Jean-Paul Lilienfeld, qui détestent littéralement le film aujourd’hui et le renient complètement. Le cinéaste évoquera également l’accueil critique du film et quelques anecdotes assez drôles (notamment celle sur Claude Chabrol). Enfin, il reviendra pour terminer sur le grand drame de sa carrière : l’échec public et l’accueil critique désastreux de Clash à Avoriaz, qui l’ont profondément meurtri et l’ont incité à abandonner définitivement le cinéma de genre.

Pour terminer, Le chat qui fume nous proposent un comparatif image nous permettant de constater le boulot de restauration effectué par l’éditeur : on aura donc la possibilité de revoir la première bobine du film (20 minutes environ) en la retrouvant « dans son jus » et sans les bandes noires. Amusant bien sûr, puisque l’on pourra régulièrement y voir des micros dans le champ… On notera également la présence au cœur de ce Combo Blu-ray + DVD un insert contenant un petit texte de Christophe Lemaire dans lequel il partage – avec son humour coutumier – ses souvenirs de La nuit de la mort.

En complément à ces compléments, on vous propose ci-dessous de découvrir un autre comparatif : dix images du film issues de l’édition DVD de 2003 de chez ESI / Eurociné, et leurs équivalents issus de cette nouvelle édition estampillée Le chat qui fume :

 

Pour vous procurer séance tenante cette édition Combo Blu-ray + DVD de La nuit de la mort, rendez-vous sur le site de l’éditeur Le chat qui fume !

 

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Auteur

Cet article a été écrit par Mickaël Lanoye, rédacteur cinéma / DVD / Blu-ray sur Critique-film.fr. Lire tous ses articles