Test Blu-ray : Genocidal organ [Project Itoh]

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Genocidal organ [Project Itoh]

 
Japon : 2017
Titre original : Gyakusatsu kikan
Réalisateur : Shukô Murase
Scénario : Shukô Murase
Acteurs (VO) : Yûichi Nakamura, Yûki Kaji, Takahiro Sakurai
Éditeur : @Anime
Durée : 1h35
Genre : Animation, Science-Fiction
Date de sortie DVD/BR : 31 octobre 2018

 

 

Après l’événement du 11 Septembre 2001, la surveillance de masse a été consacrée comme solution à la pression sécuritaire. En 2015, la ville de Sarajevo est dévastée par une arme nucléaire de construction artisanale d’origine terroriste. Alors que des conflits et génocides se déclenchent aux quatre coins du monde, les États-Unis plongent dans une répression complète des libertés individuelles où toutes les actions sont surveillées. Le capitaine des forces spéciales, Clavis Shepherd, est missionné pour enquêter sur l’origine de ces génocides. Les secrets qu’il découvrira finiront par ébranler les fondements de l’humanité. En choisissant la sécurité plutôt que la liberté, le coût de nos péchés pourrait être bien plus important que nous n’aurions jamais pu l’imaginer…

 

 

Le film

[4,5/5]

Le nom de Project Itoh ne vous dira peut-être rien, mais les amateurs de culture japonaise auront sans doute entendu parler de ce jeune auteur de science-fiction décédé en 2009 des suites d’un cancer et laissant derrière lui deux romans, Genocidal organ et Harmonie (disponible en français chez Panini Books) et les trente premières pages d’un troisième, The empire of corpses. Disparu à l’âge de seulement 34 ans, Project Itoh (de son vrai nom Satoshi Itoh) nous a laissé les bases prometteuses d’une œuvre qui s’annonçait aussi dense que vraiment variée, au point que beaucoup de japonais lui vouent aujourd’hui un véritable culte. De ce culte est né le projet ambitieux d’adapter pour le cinéma les trois récits du jeune romancier, sous la forme de films d’animation, tous mis en boîte par des studios différents pour une sortie commune à l’automne 2015. L’homogénéité graphique entre les trois films est assurée par le célèbre illustrateur / designer redjuice, qui assurera pour la trilogie le poste de chara-designer.

Sur les trois films originellement prévus en 2015, seuls The empire of corpses et <harmony/> ont vu le jour aux dates prévues : le tournage de Genocidal organ avait en effet malheureusement été interrompu par la faillite du studio Manglobe, puis repris avec le même staff technique par Geno Studio. Le film est finalement sorti sur les écrans japonais courant 2017, et débarque enfin en France en Blu-ray et DVD sous les couleurs de All The Anime.

Même sans avoir eu la chance de découvrir en France les romans de Project Itoh, la découverte de ce troisième film adapté de son œuvre permettra au spectateur de se familiariser avec l’auteur et ses préoccupations, qui apparaissent clairement à travers chacune de ses histoires. Probablement très fortement marqué par les événements du 11 Septembre 2001, Itoh semblait obsédé par l’ordre géopolitique mondial, dominé par la violence et les rapports de force, et par l’idée d’un ennemi invisible, indétectable, présent et installé au cœur même de la société (ce qui, sans vouloir faire de psychologie de comptoir, était sans doute également étroitement lié avec le cancer qui rongeait l’auteur depuis plusieurs années et aurait finalement eu raison de lui en 2009). On retrouvera évidemment ces deux thématiques ainsi que son indéniable penchant pour la science-fiction dans Genocidal organ, qui les traite d’ailleurs de façon beaucoup plus « frontale » que dans ses deux autres récits. En effet, si l’approche était plus philosophique dans <harmony/> et d’avantage symbolique dans The empire of corpses, les choses sont ici beaucoup plus claires.

Prenant place dans un futur dominé par une technologie pour le moins déshumanisante, le film de Shukou Murase met l’accent sur des scènes d’action et d’infiltration très impressionnantes, tout en dressant très habilement un parallèle entre les super-soldats qui servent de héros au récit et leurs opposants, dont le conditionnement physique et psychologique ne semble, finalement, pas si éloigné du leur. Ainsi, toutes les dérives, qu’elles soient sécuritaires ou terroristes, semblent pointées du doigt de la même façon par Project Itoh à partir du moment où elles sont mises en application par le biais de la violence.

Puissant, extrêmement violent par moments, Genocidal organ regorge de détails technologiques précis, réalistes, et d’autant plus troublants qu’ils s’avèrent tous absolument crédibles. L’univers du film s’impose comme finalement assez proche de celui dans lequel nous évoluons, ce qui rajoute sans le moindre doute possible une note d’intensité aux scènes d’action et de violence. L’intrigue est par ailleurs assez passionnante et bien conçue, surtout en ce qui concerne l’identité et les motivations de « l’organe génocidaire » qui donne son titre au film, et qui fait écho de façon assez déprimante avec notre monde actuel. Les enjeux profonds de Genocidal organ nous donnent naturellement droit aux différentes digressions philosophiques propres au style de Project Itoh, et qui ralentissent peut-être un peu le récit, mais le rendent ostensiblement « signifiant », ce qui est d’autant appréciable que les préoccupations de l’auteur sont vraiment intéressantes et peuvent même apparaitre, avec le recul lié à sa disparition il y a presque dix ans, comme quasiment prophétiques. Le fait que ses personnages soient des espèces de « coquilles vides » est en adéquation totale avec la thématique du film, qui s’impose comme une passionnante réflexion sur la nature inhumaine de l’ordre mondial actuel et sur l’hégémonie américaine, enrobé dans un mélange de SF / action créatif et stimulant (« des scènes d’action dignes d’un Call of Duty » annonce la jaquette).

D’un strict point de vue esthétique, cela valait le coup d’attendre : des trois films adaptés de Project Itoh, Genocidal organ est indéniablement le plus beau, et le plus impressionnant visuellement. Les équipes de Geno Studio nous livrent un mélange de différents styles d’animation, allant de la rotoscopie hyper-réaliste (sans le moindre aspect « figé » et proposant des mouvements fluides et naturels) à l’animation traditionnelle en passant bien sûr par les images de synthèse ; l’ensemble néanmoins s’avère tout à fait homogène et confère au film un puissant sentiment de tension et d’immédiateté, surtout durant les scènes d’action.

 

 

Le Combo Blu-ray + DVD

[5/5]

Comme c’est souvent le cas avec l’animation japonaise – et avec @Anime en général, qui nous propose mois après mois des éditions Haute Définition soignées proposées dans des packagings luxueux – ce Blu-ray de Project Itoh : Genocidal organ est littéralement superbe. La définition est au taquet, sans le moindre défaut apparent, les couleurs sont sublimes, le piqué d’une précision absolue… Ajoutons à cela des contrastes tranchants et des noirs somptueux (c’est important vu que le film se déroule essentiellement de nuit), et l’on obtiendra une galette HD indispensable – en deux mots comme en cent, c’est du tout bon, un Blu-ray exemplaire, d’autant qu’aucun souci de compression ne vient gâcher la fête. Côté son, le mixage DTS-HD Master Audio 5.1 proposé à la fois en VO et dans une VF inédite est dynamique, et compose avec le rythme et les ambiances du film pour une immersion absolue au cœur du métrage : les deux pistes audio sont impériales, fines et intenses, bien spatialisées et vraiment spectaculaires durant les nombreuses scènes d’action et d’infiltration. L’immersion est totale, c’est du très bon travail.

 

 

Côté suppléments, il convient à nouveau de saluer le travail des équipes éditoriales de All the Anime, puisque si, comme dans le cas d’Empire of corpses (lire notre article) et d’<harmony/> (lire notre article), le Combo Blu-ray + DVD de Genocidal organ ne comporte qu’une série de bandes-annonces, l’éditeur se rattrape en nous livrant à nouveau un superbe objet, doté d’un packaging luxueux : le metalpak contenant les deux galettes contient en effet également un livret de 16 pages couleurs contenant entre autres des interviews, des croquis et autres anecdotes, ainsi que deux superbes cartes aux couleurs du film.

 

2 Commentaires

    • Bonjour Dizier, dans le cas présent, j’ai utilisé les points de suspension à la fin de la phrase car je la considère comme une liste non exhaustive des qualités de ce Blu-ray : j’aurais tendance à dire que dans cette phrase « … » a la même valeur que « , etc. ». Merci de votre intérêt !

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