Test Blu-ray : Enragé

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États-Unis : 2020
Titre original :
Réalisation :
Scénario :
Acteurs : , ,
Éditeur :
Durée : 1h30
Genre : Thriller, Action
Date de sortie cinéma : 19 août 2020
Date de sortie DVD/BR : 19 décembre 2020

Mauvaise journée pour Rachel : en retard pour conduire son fils à l’école, elle se retrouve coincée au feu derrière une voiture qui ne redémarre pas. Perdant patience, elle klaxonne et passe devant. Quelques mètres plus loin, le même pick up s’arrête à son niveau. Son conducteur la somme de s’excuser, mais elle refuse. Furieux, il commence à la suivre… La journée de Rachel se transforme en véritable cauchemar…

Le film

[4/5]

Après avoir consacré plusieurs années de sa vie à écrire des histoires pour une poignée de séries TV, le scénariste s’est fait connaître au cinéma en 2005 avec le sympathique – Sous haute pression. Enchainant rapidement avec Paranoiak en 2007, il était ensuite devenu le spécialiste du remake en mode bourrin, signant coup sur coup les scripts de (2009) et de L’aube rouge (2012). Embourbé dans les limbes du « Development Hell » depuis que Warner l’a embauché pour signer le remake de Gremlins en 2015, le scénariste semble cependant avoir trouvé un moyen de faire exploser sa colère et sa frustration avec le scénario d’, qui sous ses allures de thriller cache un véritable coup de gueule contre les dérives individualistes de la société occidentale.

Si est considéré comme un scénario original, on ne pourra cependant s’empêcher de noter les similitudes entre le récit imaginé par et le script du Tueur de l’autoroute, écrit et réalisé en 2019 par le néerlandais Lodewijk Crijns – dans les deux cas en effet, un tueur psychopathe traque et terrorise une famille suite à une indélicatesse sur la route et au refus obstiné du conducteur de lui présenter des excuses. On suppose cependant que le pourcentage de ressemblance entre les deux scénarios a déjà été calculé par les avocats de , et que le script de l’américain présentait suffisamment d’éléments inédits pour être considéré comme un scénario « original ». On ajoutera d’ailleurs que est plutôt coutumier du fait – en 2008 déjà, la production de Paranoiak avait été accusée de plagiat par les héritiers de Cornell Woolrich, l’auteur de la nouvelle « It had to be murder » qu’Alfred Hitchcock avait adapté à l’écran sous le titre Fenêtre sur cour. Cela dit, si le point de départ d’ et celui du Tueur de l’autoroute sont les mêmes, le scénario de s’écartera assez vite du film dont il s’inspire – on ne parlera pas du tout ici de plagiat, mais plutôt d’une variation sur un même thème.

On ne pourra par exemple pas louper que parallèlement à son histoire de déséquilibré de la route, propose au spectateur une véritable réflexion sur la société. Le film tire en effet à boulets rouges sur la société US de l’ère Trump : individualisme forcené, règne des réseaux sociaux, exacerbation des comportements agressifs et/ou dangereux, manque d’empathie généralisé… Remarquable, le générique du film nous propose un montage de vidéos bien réelles dénonçant l’anarchie décadente sévissant aux États-Unis, et dénotant de la montée de colère irrationnelle qui sévit dans une grande partie de la société vis-à-vis du rêve américain. Les médias ainsi que les réseaux sociaux y sont également montrés sous leur jour le plus inquiétant, ce qui tend à installer l’intrigue d’ au cœur d’une réalité tangible.

Le personnage incarné par dans le film nous donne à voir une relecture agressive de la crise identitaire vécue par Michael Douglas dans Chute libre. Poussé à bout par la société (un divorce ?), écœuré par le fait que tout le monde ait sa vie entière sur son téléphone, que personne ne se parle ni ne se connaisse plus vraiment, le personnage incarné par a cela-dit déjà largement dépassé la ligne rouge au moment où le spectateur fait sa connaissance. En effet, la scène d’ouverture nous le présente dans un état second, fracturant une maison en pleine nuit et en massacrant les occupants avec un marteau, sans fournir la moindre explication sur l’origine de sa violence.

Face à , place le spectateur aux côtés de l’inconnue , et le moins que l’on puisse dire, c’est que le voyage sera agité, cruel, extrêmement violent. Derrière la caméra, met vraiment les bouchées doubles afin de remuer le spectateur, avec des séquences à la hauteur de la folie du personnage incarné par l’acteur de Gladiator, massif, imposant, d’une brutalité sèche, toujours au bord de l’implosion. Le jeu halluciné de donne vraiment le la de la violence bourrine déployée par le film – avec son mètre quatre-vingt et ses 130 kilos, il évoque régulièrement les prestations les plus enfiévrées de John Goodman, dans des films tels que Barton Fink ou Death Sentence.

Avec ses courses-poursuites tendues, sa violence sèche et ses effets bourrins d’une cruauté rare, permet de plus à de nous livrer une performance implacable, intense dans la peau d’un homme devenu un monstre complètement dépourvu de compassion. S’il n’est sûrement pas à mettre devant tous les yeux, le film développe presque un côté hypnotique, qui fait que vous aurez du mal à détourner le regard du spectacle de ce taré sanguinaire qui, sans doute, vous fera réfléchir à deux fois la prochaine fois que vous klaxonnerez la voiture devant la votre.

Le Blu-ray

[4/5]

Après une exploitation dans les salles obscures pour le moins compliquée au mois d’août dernier – où il avait tout de même réuni plus de 340.000 français – arrive finalement en Blu-ray sous les couleurs de . Confiant dans la force de son thriller, l’éditeur s’est d’ailleurs fendu d’un bien beau travail technique : définition exemplaire, piqué précis, couleurs éclatantes, noirs d’une belle densité… Le rendu est impeccable, homogène, en tous points parfait. Côté audio, VF et VO sont toutes deux encodées en DTS-HD Master Audio 5.1 et proposent des mixages assourdissants de puissance : le tout explose littéralement à nos oreilles durant quelques scènes plus spectaculaires (acoustiquement parlant), bluffantes et puissamment immersives. Les scènes les plus calmes – essentiellement concentrées sur la première bobine – sont quant à elles d’avantage basées sur les voix, avec de légères touches d’ambiance, à la finesse néanmoins remarquable.

Du côté des suppléments, nous propose de quoi sustenter notre curiosité, avec un très intéressant making of (27 minutes) qui, comme le film, est clairement dominé par la présence de . Il y reviendra sur ses réticences à incarner un personnage tel que le chauffard au centre d’, puis sur le challenge que représentait le film pour lui. Par la suite, il semble s’être énormément investi dans le projet, puisqu’il secondait également dans la phase de casting. On aura également droit à quelques moments volés sur le tournage, avec notamment un prévenant de veiller à ne pas le faire tomber sur elle car, selon ses propres termes, elle finirait « toute aplatie ». On terminera le tour des bonus avec la traditionnelle bande-annonce.

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