Deux pianos
France, 2025
Titre original : –
Réalisation : Arnaud Desplechin
Scénario : Arnaud Desplechin, Kamen Velkovsky
Acteurs : François Civil, Nadia Tereszkiewicz, Charlotte Rampling
Éditeur : Le Pacte
Durée : 1h55
Genre : Drame
Date de sortie cinéma : 15 octobre 2025
Date de sortie DVD/BR : 17 février 2026
Mathias Vogler rentre en France après un long exil. La mentore de sa jeunesse, Elena, souhaite qu’il donne une série de concerts au piano à ses côtés à l’Auditorium de Lyon. Mais dès son retour, une rencontre avec un enfant qui lui ressemble comme deux gouttes d’eau, son double, plonge Mathias dans une frénésie qui menace de le faire sombrer, et le mènera à Claude : son amour de jeunesse…
Le film
[2,5/5]
Le cinéma d’Arnaud Desplechin, c’est tout ou rien : soit on rentre dedans, soit on reste à la porte. Et cette fois, avec Deux pianos, c’est plutôt un jour sans. Ainsi, même si on reconnaît volontiers des qualités au film, on ne peut s’empêcher de penser qu’il aligne ses thèmes comme des touches un peu usées : filiation, ego, musique qui panse (mal) les plaies… Le récit avance certes avec une certaine élégance, mais une élégance qui baille, comme si Deux pianos hésitait à vibrer. C’est dommage, parce que les acteurs jouent juste, parfois très juste, mais la mise en scène reste coincée entre pudeur et tiédeur, laissant Deux pianos flotter dans un entre-deux extrêmement frustrant. Au moment de la sortie du film dans les salles, notre rédacteur Tobias Dunschen s’était montré encore plus sévère vis à vis du dernier Desplechin ; vous trouverez ci-dessous quelques extraits de sa critique – n’hésitez pas à aller en lire l’intégralité !
« Sans vouloir nous enorgueillir d’être des spécialistes de sa filmographie, nous avons toujours perçu Arnaud Desplechin comme un cinéaste des états d’âme. Avec son quatorzième long-métrage de fiction, le réalisateur prend hélas un virage fâcheux vers des tourments irrémédiablement tortueux. Car au lieu d’être une œuvre âpre sur un virtuose musical en crise, Deux pianos devient bien trop vite une pénible histoire d’amour. Aucune étincelle romantique ou érotique n’y jaillit entre les deux personnages principaux. A ces êtres opaques et aux motivations incompréhensibles, François Civil et Nadia Tereszkiewicz n’apportent strictement rien d’intéressant. Juste un regard hagard pour lui et une frénésie superficielle pour elle. Ce qui est assurément trop peu pour soutenir près de deux heures de revirements improbables et de sentiments inutilement contraints !
Le seul salut filmique, tout relatif, provient ici des personnages secondaires. Trop peu de temps leur est certes accordé pour qu’ils puissent inverser la tendance mortuaire de la romance absurdement impossible. Néanmoins, à travers l’exigence impériale de Charlotte Rampling, la débrouillardise optimiste de Hippolyte Girardot et l’enthousiasme touchant de Jeremy Lewin, le décalage est encore accentué entre la leçon de vie à fleur de peau que ce film aurait pu être et le naufrage laborieux que l’on doit finalement endurer depuis notre fauteuil de cinéma. Notre frustration s’en voit dès lors décuplée, à partir du moment où le couple vedette s’engage dans un vide dramatique abyssal à se tourner autour, tout en sachant pertinemment, par expérience ou par impératif scénaristique arbitraire, que leurs retrouvailles ne pourront pas durer. (…)
Pendant les quatre ans depuis Tromperie, dans lequel Denis Podalydès et Léa Seydoux avaient formé un couple aux rapports déjà délétères pour Arnaud Desplechin, la conception de l’amour selon le réalisateur a encore pris un virage supplémentaire vers le mentalement insalubre. Bien sûr, ses personnages nous avaient toujours révélé leurs failles intimes insurmontables. Mais là où des films comme Rois et reine et Un conte de Noël avaient su nous interpeller par la richesse de leurs individus imperméables au bonheur, dans Deux pianos, ce dispositif misérabiliste ne nous fait plus aucun effet positif. »
Le Blu-ray
[4/5]
Le Blu-ray de Deux pianos, édité par Le Pacte, arrive dans un boîtier sobre qui reflète assez bien l’esprit du film : propre, appliqué, mais pas vraiment du genre à faire chavirer un collectionneur insomniaque. L’image se montre solide, avec un piqué agréable et des contrastes bien tenus, même si le film ne cherche jamais à impressionner visuellement. Les couleurs restent douces, presque timides, comme si Desplechin craignait de nous réveiller en haussant la voix. Côté son, le mixage DTS-HD Master Audio 5.1 fait le travail avec sérieux : les pianos respirent, les dialogues restent nets, et l’ensemble enveloppe sans jamais écraser. On aura également le droit à un mixage DTS-HD Master Audio 2.0, plus simple, qui conserve une belle clarté et conviendra à ceux qui préfèrent une écoute frontale. Rien de spectaculaire, mais Deux pianos n’a jamais prétendu jouer dans la cour des démonstrations techniques.
Les suppléments du Blu-ray de Deux pianos se montrent plus généreux qu’attendu. On commencera avec un making of (20 minutes), qui reviendra sur la fabrication du film avec une sincérité plaisante, dévoilant un tournage calme, presque feutré. On continuera avec un entretien avec Hippolyte Girardot et Arnaud Desplechin (20 minutes), qui nous offrira un regard complice sur leur collaboration de longue date, avec quelques anecdotes qui donnent un peu de relief à l’ensemble. On enchaînera avec un entretien avec François Civil et Nadia Tereszkiewicz (14 minutes) au cœur duquel les deux acteurs y reviendront sur le cinéma d’Arnaud Desplechin et détailleront leur approche du film et la manière dont Deux pianos tente de faire dialoguer les émotions plutôt que de les exhiber. On terminera enfin avec trois scènes coupées (6 minutes) qui prolongeront légèrement le plaisir pour les spectateurs ayant aimé le film.






















