Test Blu-ray : Christmas Evil

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Christmas Evil

États-Unis : 1980
Titre original : You Better Watch Out
Réalisation : Lewis Jackson
Scénario : Lewis Jackson
Acteurs : Brandon Maggart, Jeffrey DeMunn, Dianne Hull
Éditeur : Carlotta Films
Durée : 1h34
Genre : Horreur
Date de sortie DVD/BR : 1 décembre 2021

Enfant, Harry surprend sa mère en plein ébat avec le Père Noël. Cette vision le hantera toute sa vie. Trente ans plus tard, Harry travaille dans une usine de jouets et son existence entière tourne autour du Père Noël. Il souhaite incarner l’innocence que représente à ses yeux cette figure, mais l’époque a changé et le cynisme règne en maître. Harry va alors endosser son costume et distribuer lui-même les cadeaux… ou les châtiments…

Le film

[4/5]

De la même façon que le « film de Noël » est devenu un genre à part entière – dont les chaines de TV sont particulièrement friandes durant la période hivernale – il existe également dans le genre fantastique un sous-genre consacré aux fêtes de fin d’années. Cette catégorie comprend évidemment les films prenant place pendant la période de Noël (Gremlins, Black Christmas), mais également les long-métrages détournant la figure traditionnelle du « Père Noël » afin d’en faire un tueur psychopathe : on pense bien entendu à des films tels que Douce nuit, sanglante nuit, qui a connu plusieurs suites et un remake, mais aussi à 36-15 Code Père Noël, Christmas Evil, Rare Exports

Si Christmas Evil n’est certainement pas le plus connu d’entre eux, il est cependant probablement l’un des plus intéressants, dans le sens où malgré les apparences, il ne s’agit pas d’un simple slasher, mais au contraire d’une plongée assez dérangeante dans l’esprit d’un psychotique proche de l’implosion. Les préoccupations de Lewis Jackson ne sont ainsi clairement pas celles des artisans du slasher : l’idée est ici bien d’avantage d’illustrer le fossé entre les soi-disant idéaux chéris par la société à la période de Noël (charité, espoir, partage, fraternité…) et la réalité du sort de tous les exclus du système.

Christmas Evil explore donc avec lenteur et minutie le désarroi psychologique du personnage principal, Harry (Brandon Maggart), et le fait avec une précision troublante, jouant sur les hauts et les bas psychologiques d’un homme obsédé par les fêtes de fin d’année. L’idée est d’essayer de plonger le spectateur dans l’instabilité mentale du personnage, et Lewis Jackson y parvient avec brio, alternant les tonalités extrêmement différentes en passant d’une séquence à une autre, avec un souci du détail qui souligne bien à quel point la société dans son ensemble sombre dans une décadence très éloignée de l’esprit de Noël. Le cinéaste est subtil, et par exemple, lors de la séquence durant laquelle Harry prépare les cadeaux qu’il compte offrir aux enfants de l’hôpital, il continue de nous montrer, par le biais de courts inserts, la fête de fin d’année de l’usine qui continue de battre son plein. Mais si l’on s’attarde sur ces plans très courts, on se rendra compte que ladite fête n’est plus si joyeuse, puisqu’on y voit une femme pleurer dans un coin alors qu’un des employés fait de grands gestes dans sa direction…

Tout cela est naturellement mis en contraste avec la traditionnelle iconographie saisonnière, qui apporte occasionnellement presque un élément fantastique supplémentaire à Christmas Evil : on pense à ce plan d’une rue de banlieue bordée de rennes et de sapins lumineux, qui finira par devenir pour Harry une impasse mortelle : il s’y verra en effet poursuivi par la traditionnelle « foule en colère » issue des classiques de la Universal, des villageois le poursuivant à travers les rues des torches à la main… Fascinant et réfléchi jusque dans son inattendue pirouette finale, qui marque un point d’orgue dans la lente évolution psychotique de Harry, Christmas Evil s’impose donc au final comme un film bizarre et peut-être bien plus subversif qu’il n’en a l’air. On regrettera juste cependant que la relation entre les deux frères Harry et Philip (Jeffrey DeMunn, futur interprète de Dale dans la série The Walking Dead) ne soit pas d’avantage travaillée / explicitée.

Le Blu-ray

[4/5]

Disponible chez Carlotta Films depuis le 1er décembre, Christmas Evil s’offre aujourd’hui un lifting Haute-Définition sur galette Blu-ray auquel personne ne s’attendait réellement. Une bonne nouvelle pour les amateurs de bizarreries made in 80’s, d’autant que le film de Lewis Jackson rejoint à cette occasion les rangs de la très riche collection « Midnight Collection » de Carlotta, consacrée aux hits oubliés de l’ère VHS. Aussi bien côté image que côté son, le master proposé par l’éditeur est de bonne tenue ; le film est proposé au format 1.85:1 respecté et encodé en 1080p. Le piqué est d’une relativement précis, le grain cinéma est présent, mais il faut bien sûr prendre en considération la douceur de la photo du film, signée Ricardo Aronovich. Le master est sombre, mais les couleurs et les contrastes ont été tout particulièrement soignés. L’ensemble est donc tout à fait recommandable. Rien à redire non plus sur le mixage audio, proposé en DTS-HD Master Audio 1.0 mono d’origine, à la fois en VF et en VO, au rendu acoustique clair, net, sans souffle et plutôt bien équilibré, avec néanmoins une nette domination de la version originale sur son équivalent français.

Côté suppléments, Carlotta Films nous propose tout d’abord de retrouver une partie des suppléments disponibles sur l’édition DVD américaine sortie en 2000 chez Troma Video, et dont le réalisateur Lewis Jackson fut à l’époque fort mécontent. On trouvera néanmoins un intéressant entretien avec Lewis Jackson (7 minutes), réalisé par les équipes de chez Troma : il y revenait sur le destin du film dans les salles et sa lente réhabilitation par le biais de la vidéo. Il déclarait également travailler sur un nouveau film, ce qui ne s’est jamais concrétisé par la suite : Christmas Evil reste bel et bien son dernier film à ce jour. Il révélera que Glenn Close et Kathleen Turner avaient auditionné pour le rôle de Jackie, qui serait finalement attribué à Dianne Hull. On continuera ensuite avec un entretien avec Brandon Maggart (7 minutes), toujours mené par les équipes de Troma, en présence du Sgt. Kabukiman, NYPD. Faisant preuve d’un humour à froid très amusant, l’acteur reviendra sur le film et sur ses souvenirs du tournage, évoquant sa scène préférée. On notera que Brandon Maggart est le père de la chanteuse Fiona Apple, et qu’il était de fait à l’époque le « beau-père » du cinéaste Paul Thomas Anderson, avec qui sa fille entretenait alors une relation tumultueuse – il évoquera de fait ses pensées sur P.T. Anderson avec un humour pince-sans-rire qui, avec le recul, pourrait bien laisser penser qu’il n’aimait pas beaucoup le personnage. On continuera ensuite avec une intéressante série de scènes coupées (7 minutes), qui ont le mérite d’offrir un aperçu supplémentaire de l’environnement de travail de Harry. On terminera ensuite avec un florilège de réactions du public lors d’une projection test, présentés sous la forme de comptes rendus écrits et souvent lapidaires (3 minutes), ainsi qu’avec une poignée de storyboards (4 minutes), qui démontrent bien à quel point la mise en scène de Lewis Jackson ne tenait pas du hasard.

Enfin, les plus passionnés pourront se plonger dans un commentaire audio de Lewis Jackson et John Waters, fan autoproclamé du film depuis de nombreuses années. John Waters est, comme à son habitude, charmant et tout à fait pertinent, menant et orientant la conversation de façon très amusante : il compare ainsi la transformation de Harry en Père Noël et celle d’une drag-queen ; la scène durant laquelle Harry se coince dans la cheminée de son collègue Frank vaudra également quelques commentaires hilares liés au fait de se faufiler dans la cheminée de quelqu’un. Encouragé par les propos décalés de John Waters, Lewis Jackson confiera également à son camarade cinéaste qu’un exécutif de chez Warner lui avait confié que le film lui aurait apporté la gloire si son Père Noël avait coupé le doigt d’un enfant et l’avait mangé. Un excellent moment !

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