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Test Blu-ray : Au-delà du désir (Delirio Caldo)

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Au-delà du désir

Italie : 1972
Titre original : Delirio Caldo
Réalisation : Renato Polselli
Scénario : Renato Polselli
Acteurs : Mickey Hargitay, Rita Calderoni, Raul Lovecchio
Éditeur : Le Chat qui fume
Durée : 1h42
Genre : Giallo, Thriller
Date de sortie cinéma : 10 décembre 1975
Date de sortie DVD/BR : 30 décembre 2024

Psychiatre criminologue de profession, Herbert Lyutak mène une double vie. Tueur en série psychopathe souffrant d’impuissance, il assassine des jeunes femmes, tout en collaborant avec la police chargée de retrouver le tueur. Lorsque Marzia, son épouse, fouille dans ses affaires, un linge taché de sang lui confirme les soupçons qu’elle avait déjà. Alors que Lyutak devient suspect aux yeux de la police, un nouveau meurtre vient le disculper totalement. Les soupçons s’orientent bientôt vers Croquette, voiturier d’une boîte de nuit…

Le film

[4/5]

Delirio Caldo est un giallo italien écrit et réalisé par Renato Polselli, sorti dans les salles italiennes en 1972. S’il devait à l’origine sortir en France la même année, le film fut dans un premier temps frappé d’interdiction totale. Quelques années plus tard, l’élection de Valéry Giscard d’Estaing et le relâchement de la censure cinématographique permit au film de sortir enfin dans les salles françaises, mais il fut cependant « classé X » pour pornographie en 1975. Il fut ainsi exploité, soit sous sa forme originale, soit agrémenté de scènes de sexe explicites, sous différents titres : Sexes en délire, Délire ardent, Délirium et Au-delà du désir. En VHS, le film sortirait à plusieurs reprises tout au long des années 80, mais il serait systématiquement distribué comme un film porno. Le Chat qui fume nous permet aujourd’hui de redécouvrir sa nature de Giallo…

Delirio Caldo avance dans le paysage du giallo comme un vagabond qui aurait décidé de se prendre pour un prophète halluciné, traînant derrière lui une pelletée de fantasmes, de névroses et de visions moites. Le film de Renato Polselli appartient à cette branche inclassable du cinéma italien des années 70 qui n’avait peur de rien, surtout pas de mélanger psychanalyse de comptoir, érotisme fiévreux et pulsions meurtrières. Delirio Caldo respire cette époque où les cinéastes semblaient convaincus que la caméra pouvait sonder l’inconscient mieux qu’un psy payé au tarif horaire. Et quelque part, dans cette folie douce, se cache une forme de vérité : ce grand fou de film parle du désir comme d’un animal sauvage, imprévisible, qui griffe les murs et renverse les meubles sans prévenir.

Delirio Caldo s’amuse à brouiller les pistes, à transformer chaque personnage en miroir déformant, comme si le film voulait rappeler que personne ne se connaît vraiment. Il explore la sexualité comme un labyrinthe où les portes grincent, où les ombres respirent, où les fantasmes prennent la forme de silhouettes inquiétantes. Le film évoque parfois les atmosphères troubles du Venin de la Peur ou de L’Étrange Vice de Mme Wardh, mais Delirio Caldo pousse tous les curseurs beaucoup plus loin, vers une sorte de transe visuelle où les corps deviennent des paysages et les regards des tunnels sans fin. Et au milieu de cette orgie de symboles, Delirio Caldo glisse une réflexion presque philosophique : le désir n’est pas une ligne droite, mais une spirale, un vortex, un trou noir qui attire tout ce qui passe à proximité.

Delirio Caldo déploie une mise en scène qui ressemble à un rêve fiévreux griffonné sur un carnet la nuit, auquel on n’entrave plus rien quand arrive le matin. Les cadrages se penchent, se tordent, se rapprochent des visages comme s’ils voulaient leur voler un secret. Renato Polselli utilise la lumière comme une matière vivante, une sorte de brouillard électrique qui enveloppe les personnages et les transforme en silhouettes mouvantes. Les couleurs, saturées comme un écran de smartphone réglé trop fort, donnent au film une dimension presque psychédélique. Et derrière cette esthétique baroque, se cache une idée simple : la perception est toujours trompeuse. Le film montre comment l’esprit fabrique ses propres monstres, comment la réalité se fissure dès qu’on la regarde trop longtemps.

Delirio Caldo offre aussi des moments de pure extravagance, où l’on sent que le réalisateur s’est dit : « Et si on ajoutait un peu de chaos, juste pour voir ? » De fait, Renato Polselli n’hésite pas à glisser des visions érotiques qui semblent sorties d’un manuel de yoga tantrique illustré par un peintre myope, ou des séquences où les personnages se comportent comme s’ils avaient inhalé un parfum à base de champignons hallucinogènes. On pense d’ailleurs à une scène du film en particulier, durant laquelle un personnage semble littéralement se dissoudre dans son propre fantasme, ce qui évoquera forcément au cinéphile l’image de la méchante sorcière de l’Ouest en train de fondre sur place à la fin du Magicien d’Oz. Et pourtant, derrière cette folie, Delirio Caldo touche à quelque chose d’essentiel : la frontière entre désir et destruction est toujours fragile.

Ainsi, malgré ses excès, ses outrances et ses moments où la logique prend des vacances prolongées, Delirio Caldo reste, plus de cinquante ans après sa sortie, un film absolument fascinant, tant il assume son identité hybride, entre thriller, érotisme, psychanalyse sauvage et poésie malade. Le film nous rappelle que le cinéma de genre italien savait créer des mondes entiers avec trois projecteurs, un canapé en skaï et une poignée d’acteurs prêts à tout. Et surtout, Delirio Caldo prouve que le chaos peut être beau, que l’excès peut être une forme d’Art, que la folie peut devenir un langage. Il ne s’agit évidemment pas d’un film sage, ni d’un film propre, ni d’un film raisonnable, mais c’est un film vivant, vibrant, pulsant, qui respire comme un animal blessé mais magnifique.

Le Blu-ray

[4/5]

Séance de rattrapage pour l’édition Blu-ray française de Delirio Caldo, disponible depuis la fin 2024 sous la bannière Le Chat qui Fume, mais que l’on avait honteusement loupée au moment de sa sortie. Le Blu-ray de Delirio Caldo édité par Le Chat qui Fume s’inscrit dans la nouvelle ligne en boîtier Scanavo avec fourreau cartonné – un choix qui pourrait attrister les nostalgiques du Digipack mais qui, dans le cas du film de Renato Polselli, fonctionne à merveille. Le fourreau, hypnotique, presque minimaliste, capture l’essence du film : une spirale de désir, de trouble et de fièvre. Le visuel de Frédéric Domont, à la fois élégant et inquiétant, donne à cette édition une aura de relique sacrée du cinéma bis.

L’image, issue de la restauration 4K de Vinegar Syndrome, offre à Delirio Caldo une nouvelle jeunesse : le grain est respecté, les couleurs explosent sans bavure, les noirs sont profonds, et les gros plans révèlent des détails insoupçonnés. Quelques micro défauts subsistent, mais rien qui ne vienne ternir l’expérience. Le son, proposé en DTS-HD Master Audio 2.0 à la fois en VF et en VO, surprend par sa clarté : la VO italienne, notamment, restitue parfaitement les respirations, les murmures et les envolées musicales de Gianfranco Reverberi. Delirio Caldo gagne en intensité grâce à cette précision sonore, qui met en valeur les contrastes entre scènes calmes et séquences oniriques.

Les suppléments du Blu-ray de Delirio Caldo constituent un ensemble généreux et passionnant. On commencera par un entretien avec Renato Polselli (22 minutes), enregistré par téléphone et prenant la forme d’une émission de radio, qui reviendra sur sa carrière avec une liberté et une sincérité désarmantes. Son regard sur le film et sur le cinéma de genre italien l’éclaire d’une lumière nouvelle. On continuera avec un entretien avec Gianfranco Reverberi (14 minutes), qui nous offre un voyage dans la création musicale du film : anecdotes, méthodes, inspirations, tout y passe, avec une chaleur communicative. Les scènes coupées ou alternatives (5 minutes) dévoilent quelques fragments plus explicites du film, que l’on pouvait trouver sur les VHS françaises. Tout cela reste néanmoins dans les limites de l’érotisme soft, n’ayez pas peur de voir apparaître de grosses bites turgescentes sur votre écran. Enfin, la bande-annonce d’époque complète l’ensemble avec un charme rétro irrésistible. Le Chat qui Fume propose ici une édition solide, cohérente, respectueuse, qui permet de redécouvrir le film de Renato Polselli dans des conditions idéales. Pour vous procurer cette édition Blu-ray de Delirio Caldo, rendez-vous sur le site du Chat qui fume !

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