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Test Blu-ray 4K Ultra HD : Marche ou crève

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Marche ou crève

États-Unis : 2025
Titre original : The Long Walk
Réalisation : Francis Lawrence
Scénario : JT Mollner
Acteurs : Cooper Hoffman, David Jonsson, Garrett Wareing
Éditeur : Metropolitan Film & Video
Durée : 1h48
Genre : Thriller
Date de sortie cinéma : 1 octobre 2025
Date de sortie DVD/BR/4K : 14 février 2026

Le jeune Garraty va concourir pour « La Longue Marche », une compétition qui compte cent participants. Cet événement sera retransmis à la télévision, suivi par des milliers de personnes. Mais ce n’est pas une marche comme les autres, plutôt un jeu sans foi ni loi…

Le film

[3,5/5]

Le roman « Marche ou crève » de Stephen King, publié sous le pseudonyme Richard Bachman, a toujours eu cette aura étrange de livre adolescent écrit par un adulte qui avait déjà compris que la jeunesse n’est pas un âge mais une blessure qui refuse de cicatriser. Marche ou crève version papier, c’était l’histoire d’une marche interminable où cent garçons avancaient jusqu’à ce que mort s’ensuive – un concept simple comme un coup de pelle mais chargé d’une symbolique qui dépasse la dystopie : compétition, militarisation du quotidien, fascination pour la souffrance, et cette idée que l’Amérique observe ses enfants mourir comme on regarde une fourmilière. Dans Marche ou crève version film, cette racine littéraire est respectée avec une certaine fidélité, mais suffisamment réinterprétée pour éviter l’adaptation photocopie. Comme pour s’offrir un petit clin d’œil au bouquin, Marche ou crève s’ouvre d’ailleurs sur un plan écrit, tapé sur une vieille machine à écrire – il s’agit bien sûr d’un écho direct au livre, mais l’utilisation d’une police blanche sur un fond noir semble également vouloir nous dire que le cinéma n’est pas seulement là pour illustrer Stephen King : il est là pour le prolonger.

Dans cet état d’esprit, le scénario de JT Mollner embrasse la structure du roman tout en assumant ses écarts. Là où King restait scotché au point de vue de Garraty, le film élargit légèrement le spectre, offrant quelques respirations autour des autres marcheurs, sans jamais trahir l’esprit claustrophobe du texte. On y retrouve la mécanique implacable de la marche, les règles absurdes, la tension permanente, mais aussi des choix plus contemporains : un traitement plus frontal de la surveillance, une mise en scène qui évoque parfois les réseaux sociaux comme une machine à broyer l’intime. Pour autant, Marche ou crève ne cherche pas à moderniser le récit de Stephen King à coups de gadgets, mais à montrer que son roman était déjà en avance sur son époque. Les différences existent, bien sûr, notamment dans la manière dont le film gère la fin – plus classique et démonstrative, moins métaphysique – mais elles s’inscrivent dans une logique d’adaptation intelligente plutôt que dans une volonté de simplification.

Les acteurs de Marche ou crève portent le film comme une procession funéraire sous stéroïdes poétiques. Cooper Hoffman, avec son mélange de fragilité et de détermination, donne à Garraty une humanité qui dépasse la simple figure du héros sacrificiel. David Jonsson, lui, injecte dans McVries une intensité presque électrique, comme si chaque pas menaçait de déclencher un court-circuit émotionnel. Le reste du casting, même dans les rôles plus brefs, compose une galerie de visages fatigués, transpirants, parfois grotesques, parfois sublimes – un peu comme si Marche ou crève transformait chaque marcheur en sculpture vivante, prête à s’effondrer au moindre souffle. Le film de Francis Lawrence trouve dans ces performances une vérité brute, presque animale, qui rappelle que la dystopie n’a jamais besoin de monstres quand les humains suffisent.

La mise en scène de Marche ou crève joue sur une forme de minimalisme trompeur. Pas de grandes envolées numériques, pas de panoramas saturés : juste une route, des corps, et une caméra qui semble avancer avec eux, comme un témoin fatigué mais obstiné. Souvent décrié, Francis Lawrence n’en est pas moins un vieux briscard qui parvient ici à utiliser cette simplicité pour mieux révéler ses thématiques : la répétition devient oppression, la ligne droite devient prison, et chaque variation de lumière raconte quelque chose de l’état mental des marcheurs. Par moments, Marche ou crève ose même des images presque mystiques dans les paysages qui défilent – un oiseau écartelé contre un mur, un chat aveugle, une voiture en flammes – comme si la nature elle-même observait ce cirque morbide avec un haussement d’ailes blasé. Et juste après chaque métaphore visuelle, le cinéaste revient à l’essentiel : la marche, la fatigue, la mort qui rôde comme un chien errant.

Les thématiques de Marche ou crève résonnent avec une force particulière dans un monde obsédé par la performance, le dépassement de soi, les classements, les défis absurdes qui pullulent sur TikTok et les compétitions où l’on applaudit des gens qui souffrent pour divertir la foule. Le film n’a pas besoin d’appuyer lourdement son propos : il suffit de regarder ces adolescents avancer pour comprendre que la dystopie n’est pas un futur possible, mais un présent légèrement exagéré. Marche ou crève parvient à lier cette critique sociale à une esthétique sèche, presque documentaire, tout en glissant ici et là des éclats d’humour noir, déjà présents dans le livre. Et l’une des forces du récit est justement de réussir à faire cohabiter une séquence de diarrhée mortelle avec une réflexion plus profonde sur la violence institutionnelle et la manière dont les sociétés transforment la souffrance en spectacle.

En fin de compte, Marche ou crève réussit là où beaucoup d’adaptations de Stephen King échouent : il respecte le texte sans s’y enfermer, nous propose une vision sans trahir l’original, et surtout, il parvient à faire exister des personnages qui ne sont pas que des pions dans une mécanique narrative. Marche ou crève est un film sec, tendu, parfois cruel, mais toujours habité par une forme d’humanité cabossée. Et même si certains choix pourront diviser – pour le coup, si on n’a absolument rien contre les libertés narratives, il nous semble que lancer le générique juste après les mots « une carabine » prononcés par David Jonsson aurait été plus efficace que cette fin en mode blockbuster avec punchline – Marche ou crève s’impose comme une adaptation solide et cohérente. Un film qui marche droit, sans trembler, jusqu’à son dernier souffle.

Le Blu-ray 4K Ultra HD

[4,5/5]

Le Blu-ray 4K Ultra HD de Marche ou crève édité par Metropolitan Film & Video nous arrive pile poil pour la Saint-Valentin dans un élégant SteelBook qui ferait presque croire que la marche forcée est une activité de luxe. Le visuel, minimaliste mais ô combien percutant, reprend la silhouette d’un groupe de marcheurs isolés sur une route infinie, comme si le packaging lui-même voulait rappeler que le film n’a pas besoin d’artifices pour frapper fort. La galette Katka nous propose une image étalonnée en Dolby Vision d’une précision redoutable : les textures de peau, les poussières sur les chaussures, les variations de lumière sur l’asphalte… tout est rendu avec une netteté presque clinique. Marche ou crève gagne énormément dans ce format, notamment grâce à la gestion des contrastes, essentielle dans un film où la lumière raconte autant que les dialogues. Les scènes nocturnes, souvent piégeuses en HDR, sont ici parfaitement lisibles, sans bruit excessif ni aplats grisâtres. Côté son, le Blu-ray 4K Ultra HD nous propose deux mixages Dolby Atmos, en VF et VO, qui se valent réellement, ce qui mérite d’être souligné. La version originale offre une spatialisation légèrement plus naturelle dans les murmures et les respirations, mais la version française n’est jamais en retrait : les voix sont claires, les ambiances bien réparties, et les coups de feu qui ponctuent Marche ou crève claquent avec une précision chirurgicale. Les pas, omniprésents, deviennent presque un instrument musical, une sorte de percussion morbide qui accompagne les marcheurs. Bref, l’Atmos est pleinement exploité afin de créer une bulle sonore immersive, où chaque souffle, chaque craquement, chaque tir semble surgir à quelques centimètres du spectateur.

Les suppléments du Blu-ray 4K Ultra HD de Marche ou crève sont particulièrement généreux. Le making of en cinq parties (1h15) offre une plongée passionnante dans la production, avec un niveau de détail qui surprend pour un film aussi épuré visuellement. On y découvre notamment l’ampleur du travail sur les effets numériques, bien plus présents qu’on ne l’imagine, mais intégrés avec une discrétion remarquable, et on reviendra longuement sur la fin du film, et comment elle a été accueillie par Stephen King. La fin alternative (8 minutes) nous propose une variation intéressante sur la conclusion du film : si elle conserve le changement majeur par rapport au roman, elle modifie cependant légèrement la résolution de l’intrigue. Le module Stephen King vu par… (5 minutes) permet au casting d’évoquer leurs œuvres préférées de l’auteur, tandis que Lecture d’une scène (3 minutes) juxtapose une répétition Zoom de Cooper Hoffman et David Jonsson avec la version finale, offrant un aperçu rare du travail d’acteur. Enfin, les traditionnelles bandes-annonces complètent l’ensemble. Le Blu-ray 4K Ultra HD de Marche ou crève s’impose donc comme une édition solide, techniquement irréprochable, riche en suppléments, et parfaitement à la hauteur de l’adaptation. Une marche qui valait clairement le coup.

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