Test Blu-ray 4K Ultra HD : Edward aux mains d’argent

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Edward aux mains d’argent

États-Unis : 1990
Titre original : Edward Scissorhands
Réalisation : Tim Burton
Scénario : Caroline Thompson, Tim Burton
Acteurs : Johnny Depp, Winona Ryder, Dianne Wiest
Éditeur : 20th Century Studios
Durée : 1h45
Genre : Fantastique
Date de sortie cinéma : 10 avril 1991
Date de sortie DVD/BR/4K : 5 novembre 2025

Edward est la création d’un savant génial. Il ne possède pas de vrais mains, mais des lames très tranchantes à la place des doigts. Il peut réaliser avec ses instruments de véritables œuvres d’art, qui vont provoquer la curiosité et l’enthousiasme de toute la ville. Mais il est capable de blesser et de faire mal quand il ne se contrôle plus…

Le film

[5/5]

Dans Edward aux mains d’argent, la banlieue américaine ressemble à une boîte de Lego pastel qu’un enfant aurait assemblée en suivant les instructions, puis abandonnée au soleil. Les pelouses sont des tapis de velours synthétique, les maisons des bonbons acidulés, et les habitants des figurines qui sourient comme si leur mâchoire avait été bloquée par un dentiste sadique. Au milieu de ce décor, Edward débarque avec ses ciseaux à la place des doigts – une silhouette gothique vêtue de cuir et de boucles d’acier, très BDSM, comme échappée d’un rêve humide du professeur Frankenstein. Le contraste est immédiat, mais comptez sur Tim Burton pour vous démontrer que la vraie monstruosité n’est pas dans ses lames, mais dans la normalité qui l’entoure.

Edward aux mains d’argent raconte donc l’histoire d’un être inachevé, mais surtout d’une société qui refuse l’inachevé, et qui préfère le plastique lisse au reliefs imparfaits. Par conséquent, il paraît presque naturel que la mise en scène de Tim Burton joue sur la collision des formes. Les lignes droites des lotissements s’opposent aux arabesques des haies taillées par Edward, comme si l’art naissait du défaut. Les ciseaux deviennent pinceaux, les gestes meurtriers se transforment en caresses sculpturales. Derrière l’apparente fantaisie, le cinéaste filme la violence d’une communauté qui accueille l’étranger avec curiosité avant de le crucifier au nom de la cohésion. Rien d’étonnant à cela, me direz-vous : chez Tim Burton, l’excentricité se heurte toujours au conformisme. Mais ici, la douceur tragique de Johnny Depp donne au conte une dimension mélancolique : Edward n’est pas un clown, ni un justicier, mais un poète mutilé.

Dans Edward aux mains d’argent, la caméra glisse souvent sur les visages des voisins, ces commères en Technicolor qui semblent sorties d’une sitcom des années 60. Leur curiosité est filmée comme une meute de hyènes parfumées au déodorant bon marché. L’humour de Tim Burton est volontiers cruel, mais jamais gratuit : il montre comment la normalité peut être plus monstrueuse que les cicatrices. À ce titre, la séquence où Edward coiffe les chiens et les femmes du quartier est un chef-d’œuvre de mise en scène. Les ciseaux deviennent instruments de séduction, mais aussi de domination inconsciente. On rit, certes, mais on comprend que l’acceptation est conditionnelle : tant qu’il amuse, Edward est toléré. Dès qu’il échappe au rôle, il devient une menace.

La musique de Danny Elfman dans Edward aux mains d’argent est une berceuse gothique, une comptine qui hésite entre l’innocence et le cauchemar. Les chœurs enfantins se mêlent aux orchestrations grandiloquentes, créant un contraste qui épouse parfaitement le personnage. Edward est à la fois un enfant et un monstre, un ange et un démon. La partition souligne cette ambiguïté, et Burton la filme avec une tendresse rare. On pourrait comparer cette approche à celle du Darkman de Sam Raimi, sorti la même année, où la monstruosité est filmée dans un registre plus pulp. Mais dans Edward aux mains d’argent, la monstruosité est romantique, presque érotique : les ciseaux caressent autant qu’ils tranchent.

La thématique centrale du film est celle de l’inachèvement. Edward n’est pas terminé, et c’est précisément ce qui le rend beau. Burton en fait une métaphore de l’art lui-même : une œuvre n’est jamais finie, elle reste ouverte, vulnérable. Edward aux mains d’argent interroge la manière dont la société exige la complétude, la perfection, et rejette ce qui échappe au moule. On pourrait filer la comparaison avec les réseaux sociaux d’aujourd’hui, où l’image lisse est devenue norme, et où l’imperfection est aussitôt moquée par les hyènes et les trolls du Net. Edward, avec ses ciseaux, deviendrait aujourd’hui un meme viral avant d’être lynché.

Formellement, Edward aux mains d’argent est une leçon de contraste visuel. Les intérieurs kitsch saturés de couleurs se confrontent au château gothique où Edward est né, décor expressionniste qui semble avoir été importé d’un film muet allemand. Burton joue avec les codes du cinéma classique, du conte de fées et de la satire sociale. La photographie de Stefan Czapsky accentue les oppositions : lumière crue dans la banlieue, clair-obscur dans le château. Ce n’est pas seulement esthétique, c’est thématique : la lumière artificielle de la banlieue cache une noirceur morale, tandis que l’ombre du château révèle une innocence.

Dans Edward aux mains d’argent, la relation entre Edward et Kim (Winona Ryder), filmée comme une romance impossible, est aussi comme une parabole sur la différence. La scène de la danse sous la neige est devenue iconique, et à juste titre : les flocons sont les copeaux de glace sculptés par Edward, métaphore visuelle d’un amour qui ne peut exister qu’en suspension. Tim Burton détourne le cliché romantique en le transformant en geste artistique. La neige n’est pas naturelle, elle est créée par la monstruosité. Et de ce fait, l’amour naît du défaut, pas de la perfection. Conte visuel, fable sur l’exclusion et sur la beauté de l’inachevé, Edward aux mains d’argent rappelle que l’art, l’amour et la vie sont faits de manques. Un chef d’œuvre.

Le Blu-ray 4K Ultra HD

[4/5]

Le Blu-ray 4K Ultra HD de Edward aux mains d’argent, édité par 20th Century Studios, propose une restauration qui met en valeur les contrastes si chers à Burton, et qui s’avèrent au cœur même du film. L’image, qui nous est proposée en HDR10 + Dolby Vision, restitue parfaitement les couleurs acidulées des banlieues, tout en respectant les ombres gothiques du château. Les détails des costumes, des coiffures et des sculptures végétales sont d’une précision chirurgicale, sans tomber dans l’effet trop numérique. La VO en Dolby Atmos (dotée d’un core en Dolby TrueHD 7.1) enveloppe le spectateur dans la partition de Danny Elfman, avec une spatialisation qui accentue la dimension féerique. La version française, encodée en DTS 5.1, reste honorable, mais manque naturellement de profondeur par rapport à la version originale.

Les bonus du Blu-ray 4K Ultra HD de Edward aux mains d’argent sont modestes mais précieux. Le commentaire audio de Tim Burton (VOST) est une plongée passionnante dans la genèse du film : anecdotes sur le tournage en Floride, sur la transformation du quartier en décor pastel, sur le casting de Johnny Depp et la collaboration avec Vincent Price. Le commentaire audio de Danny Elfman (VOST), qui accompagne la bande originale isolée, nous offre quant à lui un regard unique sur la création de la composition musicale du film. Sur le Blu-ray également disponible dans le boîtier, on trouvera également une featurette d’époque (5 minutes), avec interviews et images de tournage, certes en qualité médiocre mais savoureuses pour les amateurs de nostalgie. Enfin, la traditionnelle bande-annonce complète l’ensemble. En deux mots comme en cent, ce Blu-ray 4K Ultra HD de Edward aux mains d’argent n’est pas une édition pléthorique, mais il offre l’essentiel : une image splendide, un son immersif, et des suppléments qui éclairent la création du film. Pour les collectionneurs, c’est une pièce indispensable, à ranger fièrement à côté des autres Burton, comme Beetlejuice ou Batman : Le défi.

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