Black Phone 2
États-Unis : 2025
Titre original : –
Réalisation : Scott Derrickson
Scénario : Scott Derrickson, C. Robert Cargill
Acteurs : Ethan Hawke, Mason Thames, Madeleine McGraw
Éditeur : Universal Pictures
Durée : 1h54
Genre : Fantastique, Horreur
Date de sortie cinéma : 15 octobre 2025
Date de sortie DVD/BR/4K : 25 février 2026
Depuis son enlèvement, Finney, aujourd’hui âgé de 17 ans, éprouve beaucoup de mal à reprendre le cours d’une vie normale, alors que rien ni personne ne saurait arrêter Gwen, sa sœur de 15 ans. Mais le sinistre téléphone se met à sonner dans les rêves de l’adolescente, où elle voit sans cesse trois garçons se faire pourchasser dans un camp de montagne appelé Alpine Lake. Déterminée à mettre fin à ces cauchemars et à en percer le mystère, Gwenn persuade son frère de se rendre sur place, malgré le blizzard qui frappe la station. C’est là qu’elle découvre l’horrible vérité derrière le lien entre l’Attrapeur et sa propre famille. Les deux adolescents vont alors devoir affronter un tueur que la mort a rendu presque invincible et à qui leurs destins sont beaucoup plus liés qu’ils n’auraient pu l’imaginer…
Le film
[3,5/5]
Après avoir joué avec nos nerfs avec Black Phone en 2022, Scott Derrickson décide d’installer l’intrigue de sa suite au début des années 80. Et Black Phone 2 commence les pieds bien ancrés dans le réel – vélos chromés, jeans délavés, posters de groupes rock punaisés de travers – avant de basculer, sans prévenir, dans un fantastique pur, moite, presque giallesque. L’époque, avec ses couleurs criardes et ses rues où l’innocence se mélange à une violence diffuse, sert de décor à une histoire où le surnaturel s’invite comme un mauvais courant d’air. Malin et ne se situant jamais réellement où on l’attend, Black Phone 2 reprend les codes du premier film, mais les tord, les étire, les pousse dans des zones plus troubles, comme si le réalisateur avait décidé de transformer un souvenir d’enfance en cauchemar éveillé.
Black Phone 2 joue avec la patience du spectateur : « l’attrapeur », la figure fantomatique incarnée par Ethan Hawke dans le premier film et qui imprègne pourtant chaque scène, n’apparaît réellement qu’à mi-parcours. Ce choix, audacieux, crée une tension étrange, comme si une ombre invisible tirait les ficelles depuis le hors-champ. Le film adopte alors une structure proche du giallo italien : indices disséminés, silhouettes furtives, couleurs saturées qui semblent vouloir hurler à la place des personnages. Les couloirs sombres, les éclairages rouges, les gros plans sur les yeux rappellent les expérimentations formelles d’un Dario Argento, mais Black Phone 2 ne se contente pas de citer : il absorbe ces influences pour créer une atmosphère où le réel se fissure lentement.
Black Phone 2 explore la peur comme une matière vivante. Le téléphone noir, objet central du récit, devient ici une cabine faisant office de portail entre les mondes, comme un fil tendu entre les vivants et les morts. L’intrigue interroge la mémoire, la culpabilité, la transmission des traumatismes. Les années 80, souvent idéalisées comme une décennie d’insouciance, apparaissent ici comme un terrain fertile pour les fantômes : une époque où les enfants circulaient librement, où les adultes fermaient parfois les yeux, où les monstres pouvaient se cacher derrière un sourire. Le film utilise cette nostalgie pour mieux la détourner, transformant les symboles familiers en menaces silencieuses.
Scott Derrickson étant loin d’être manchot, Black Phone 2 brille aussi par sa mise en scène. La caméra glisse, s’approche, recule, comme un prédateur hésitant. Les plans sont composés avec une précision presque mathématique : chaque ombre, chaque reflet, chaque respiration semble calculé pour créer un malaise diffus. Derrière les images léchées se cache une véritable habileté : le cinéaste joue constamment avec l’espace, le resserre, l’étouffe, puis l’ouvre brutalement. Cette gestion du cadre renforce la thématique centrale : la peur n’est pas seulement un sentiment, c’est une architecture. Le film étant situé dans les années 80 (avec de longs passages tournés en 8 MM), difficile de ne pas penser aux Griffes de la Nuit de Wes Craven, notamment pour la manière dont le fantastique s’immisce dans le quotidien, ou encore à Phenomena pour cette façon de mêler adolescence, mystère et surnaturel.
Pour autant, le film conserve sa propre identité, notamment grâce à son rythme particulier, lent, presque hypnotique, qui contraste avec les productions horrifiques contemporaines souvent plus bruyantes. Black Phone 2 préfère la suggestion à l’explosion, le frisson à la panique. Les deux jeunes acteurs au cœur du film, Mason Thames et Madeleine McGraw, livrent de plus des prestations étonnamment maîtrisées. Leurs regards, leurs silences, leurs hésitations donnent au film une humanité qui contraste avec la noirceur de l’intrigue. L’attrapeur, quant à lui, apparaît comme une figure presque mythologique, mélange de menace physique et de présence spectrale. Son apparition tardive renforce son impact : il surgit comme un souvenir qu’on croyait enfoui, un cauchemar qui refuse de mourir.
Au final, Black Phone 2 réussit à être plus qu’une suite : c’est une exploration sensorielle de la peur, un film qui utilise les codes du giallo pour mieux les réinventer, un récit où le fantastique surgit comme une vérité qu’on refusait de voir. Le film rappelle que les monstres les plus terrifiants ne sont pas ceux qui apparaissent, mais ceux qui se cachent, ceux qui murmurent, qui attendent dans le noir. Et dans ce monde où les téléphones sonnent encore pour les morts, Black Phone 2 parvient sans conteste à trouver sa petite musique, teintée de poésie sombre, et à emmener le spectateur hors des sentiers battus du genre.
Le Blu-ray 4K Ultra HD
[4/5]
Le Blu-ray 4K Ultra HD de Black Phone 2, édité par Universal Pictures, se présente dans un packaging sobre mais efficace, un boîtier simple qui laisse toute la place à l’affiche inquiétante du film. L’image, proposée en Dolby Vision et HDR10, offre une restitution remarquable des ambiances sombres et des éclairages contrastés. Les scènes nocturnes, essentielles dans un film où la peur se cache dans les coins les plus obscurs, bénéficient d’une profondeur impressionnante : les noirs sont denses sans être bouchés, les sources lumineuses conservent leur intensité sans halos artificiels. Les couleurs saturées, héritées de l’esthétique giallo, gagnent en éclat, notamment les rouges et les bleus, qui semblent presque vibrer à l’écran. Le grain numérique est maîtrisé, offrant une texture fine et respectueuse du style voulu par le réalisateur. Côté son, le film nous est proposé en Dolby Digital+ 7.1 pour la VF, et en Dolby Atmos pour la VO. La version originale offre une spatialisation immersive, notamment dans les scènes où les voix venues d’ailleurs semblent circuler autour du spectateur. Mais la version française n’est pas en reste, nous proposant un mixage équilibré, clair, et parfaitement adapté aux dialogues comme aux effets sonores.
Dans la section suppléments, on trouvera tout d’abord une poignée de scènes coupées (8 minutes), probablement écartées du montage final pour des raisons de rythme. On continuera ensuite avec une featurette consacrée au casting du film (11 minutes), qui donne la parole aux acteurs, qui évoquent leurs personnages et la manière dont ils ont abordé cette suite. Un court making of (11 minutes) reviendra ensuite sur la genèse du film, les effets spéciaux, les cascades, et l’idée de transformer l’attrapeur en fantôme, choix qui renforce la dimension fantastique du récit. On aura également droit à une autre featurette, davantage centrée sur le Production Design (10 minutes), et qui explorera les décors, les paysages enneigés, et la reconstitution minutieuse des années 80. Enfin, on terminera avec un commentaire audio de Scott Derrickson (VOST), qui accompagne le film avec énormément d’informations sur la structure narrative du récit, ses influences, le tout agrémenté d’anecdotes de tournage et de réflexions sur l’époque qui a inspiré l’histoire.
























