Comédie Critiques de films — 26 septembre 2012
Les saveurs du palais

Les saveurs du palais l'affiche du film

France : 2012
Titre original : Les saveurs du palais
Réalisateur :
Scénario : Christian Vincent
Acteurs : , Jean D’ormesson,
Distribution : Wild Bunch Distribution
Durée : 1h 35min
Genre : Comédie
Date de sortie : 19 septembre 2012

Globale : [rating:4.5][five-star-rating]

Fidèle à son cinéma toujours finement ciselé dans une certaine noblesse littéraire sans jamais être didactique, Christian Vincent livre avec son nouveau film une gourmandise qui convoque les arts dans leur intégralité. Un délice quatre étoiles à la fois tendre et cruel où Catherine Frot excelle.

Synopsis : Après deux ans passés dans les cuisines de l’Elysée, Hortense Laborie débarque sur les terres gelées de l’Antarctique pour faire le vide. Nous suivons ses deux vies diamétralement opposées dont le seul point commun reste sa passion pour l’art culinaire.

Les saveurs du Liban, photo de Catherine Frot

Délicatesse et raffinement

Il y a quelque chose de délicatement parnassien dans la démarche de Christian Vincent qui depuis son premier film, «  », convoque au chevet de ses œuvres ce que l’art peut conférer de beau au cinéma. L’art pour l’art, devise de ces amoureux du sublime (les Hérédia, Gautier et autres Leconte de Lisle) qui selon la formule restée célèbre de Théophile Gautier préféraient « la statue à la femme », va inonder plus encore ce nouvel opus du cinéaste.

Nous y trouverons en effet un camaïeu de situations où l’art sous toutes ses formes persillera le propos. Qu’il s’agisse du théâtre lorsque Catherine Frot commente chacun de ses gestes, de la sculpture dès que s’élaborent les plats les plus raffinés, de la poésie qui nimbe chaque plan ou de la musique délicatement raffinée qu’a composée l’inimitable Gabriel Yared, les muses se sont penchées sur ce film. Métaphore du cinéma qui n’est que la fusion de toutes les formes artistiques existantes, ces « Saveurs du palais » qui se payent en sus un ironique calembour sur le dernier mot du titre vont surtout sublimer les lettres.

Car il sera surtout question de littérature, de la cuisine présentée comme une œuvre à lire à livre ouvert. La littérature, pilier essentiel à la préservation de la mémoire, se paye un morceau de choix grâce à la présence de l’académicien Jean d’Ormesson qui excelle dans le rôle du chef de l’Etat mais aussi au dialogue qui fait sans cesse ressortir l’amour du mot juste. Le lexique, sans être chargé ni faire sombrer le propos dans un didactisme empesé, tient sa place dans cette même volonté de faire ressurgir pour ne pas la laisser mourir cette mémoire des sons, des sens, des saveurs, des savoirs. Et des savoir-faire. Tant de valeurs dont la dangereuse évanescence peut s’avérer irréversible si l’on n’y prend garde.

Les saveurs du Liban, photo de Catherine Frot sexy

Géniale Catherine Frot !

Outre cet ancrage dans le monde des arts, le film explore aussi celui du travail et de l’exercice du pouvoir. Le cinéaste va joliment égratigner ce merveilleux monde de la diplomatie, grand fournisseur d’énergie éolienne devant l’éternel où tant de vent est brassé pour pas grand-chose dés que se met en place le ballet de ces cohortes de conseillers et chefs de cabinet dépassés et souvent incultes. Ce monde impitoyable, profondément misogyne (en particulier celui des cuisines) que finira par délaisser cette brave Hortense, trop franche pour subsister dans cet univers de couleuvres et qui finira par s’épanouir dans les contrées sauvages et hostiles du pôle sud en nourrissant des individus autrement plus authentiques (et reconnaissants !) sans jamais cesser de pérenniser son art. Les deux lignes narratives du film qui navigue entre l’Elysée et l’Antarctique et où la froideur glaciale n’est pas forcément là où on l’imagine, vont renforcer cette cinglante critique des hautes sphères de l’Etat.

En confiant à Catherine Frot le rôle de ce cordon bleu, Christian Vincent a tapé particulièrement juste. Dire que la comédienne y est géniale de bout en bout serait presque un euphémisme. C’est assurément un pléonasme. Face à d’Ormesson qui déguste chaque mot de son dialogue délicieusement raffiné, elle est simplement sublime. Gageons que l’Académie des Arts et techniques du cinéma s’en souvienne au printemps prochain…

Résumé

Magnifique Catherine Frot qui réussit un sans faute dans ce film raffiné qui propose, outre de sublimes plans de mets tous plus alléchants les uns que les autres, une remarquable réflexion sur la préservation d’un patrimoine inestimable, celui de l’art culinaire. Un cocktail des sens et des arts. Immanquable.

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Franck

Cet article a été rédigé par Franck Bortelle, Rédacteur de Critique Film.