Critique : Les Fleurs bleues

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Pologne, 2016
Titre original : Powidoki
Réalisateur :
Scénario : Andrzej Mularczyk
Acteurs : , Aleksandra Justa, Bronislawa Zamachowska
Distribution : KMBO
Durée : 1h40
Genre : Drame
Date de sortie : 22 février 2017

Note : 3/5

n’est plus. Il nous a quittés en octobre dernier, à l’âge vénérable de 90 ans. Le réalisateur polonais laisse derrière lui une filmographie plus qu’honorable, au cours de laquelle se sont manifestés à la fois son talent cinématographique indéniable et un engagement réel dans l’évolution historique de son pays natal. Son dernier film s’inscrit parfaitement dans cet œuvre essentiel à la compréhension de la Pologne, qui se trouve du coup orpheline, faute de cinéastes d’envergure susceptibles de prendre le relais. Grave et oppressant, est moins un film testament qu’une mise en garde lucide sur le danger que court chaque société en proie au totalitarisme, vue à travers le prisme de faits historiques dont l’écho se fait entendre jusqu’à aujourd’hui.

Synopsis : A la fin des années 1940, le célèbre peintre Wladyslaw Strzeminski enseigne à l’Ecole Nationale des Beaux Arts à Lodz. Cet invalide de la Première Guerre mondiale est très apprécié par ses étudiants, qui suivent en masse ses cours sur l’art moderne. L’administration de l’université, sous étroite surveillance du Parti communiste d’obédience soviétique, voit pourtant d’un mauvais œil ses prises de parole contre le réalisme socialiste que tous les artistes officiels devront désormais appliquer. Strzeminski finit par être licencié et rayé du syndicat des artistes. Commence alors une descente aux enfers de la précarité contre laquelle le vieux peintre, de plus en plus isolé, ne peut se battre qu’avec les armes symboliques de son intransigeance morale.

A la croisée des chemins

Ces temps-ci, la vie politique en Pologne ne tourne pas rond. Malgré de nombreuses mises en garde de la part des institutions européennes, le gouvernement actuel s’emploie à saper les avancées démocratiques acquises depuis un quart de siècle et la fin de l’emprise communiste. Un observateur attentif de l’état d’esprit dans son pays, n’a sans doute pas choisi par hasard le sujet d’un artiste persécuté jusqu’à l’ostracisme le plus cruel pour ce qui allait devenir son dernier film. Car ce réalisateur, tout à fait emblématique d’une cinématographie nationale sinon peu connue et suivie en France, n’a jamais manqué de faire entendre sa voix, chaque fois que la situation préoccupante en Pologne l’exigeait et – le cas échéant – selon les subterfuges formels que la chape de plomb communiste autorisait. Au-delà du contexte spécifique des méfaits perpétués jadis par les agents soviétiques et de nos jours par les sbires de l’éminence grise Jaroslaw Kaczynski, le thème du film trouve également une résonance inquiétante dans d’autres pays, tels que la Turquie et les Etats-Unis.

La conviction avant tout

Après, reste tout de même un film un peu trop schématique, voire académique, dans l’agencement de son propos. Le parcours du peintre aussi idéaliste que têtu doit certes y servir d’exemple, mais les stations de son calvaire s’agencent d’une façon peut-être un peu trop prévisible, en sens unique vers la solitude misérable. L’interprétation de confère ainsi une noblesse incontestable à son personnage. Mais le fait d’ériger ce dernier en une sorte de saint des temps modernes, sans lui trouver d’autres défauts qu’un caractère extrêmement borné, limite considérablement toute tentative d’une lecture plus nuancée de cette fin de vie sous le signe de l’exclusion. Si on fait abstraction de la profession artistique du protagoniste et du rôle de modèle que celle-ci implique, l’engrenage vers la déchéance matérielle qu’il subit stoïquement pourra presque nous faire penser à Les Toits de Paris de Hiner Saleem avec Michel Piccoli, lui aussi un conte social empreint d’une immense tristesse, dépourvu de la moindre échappatoire.

Conclusion

Dorénavant, le doyen du cinéma polonais aura dit son dernier mot, par le biais d’un film qui ne compte a priori pas parmi ses plus fulgurants ou esthétiquement subjuguants, mais qui reste très honorablement fidèle à la vocation artistique d’une vie entière passée derrière la caméra. La question brûlante qui doit être posée alors est s’il y a quelqu’un en mesure de reprendre le flambeau sur la scène du cinéma polonais, au moins aussi engagé et à l’aise avec l’outil filmique que le vieux maître Wajda. Le sort de la Pologne, hélas à présent en fort mauvaise posture, n’en dépendra probablement pas, mais pour toute démocratie qui se respecte, il est essentiel d’avoir un genre de bouffon du roi, quitte à ce qu’il s’exprime sur un ton aussi sérieux et austère que le faisait souverainement .

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