Critique : Le Révolté

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Le Révolté

Japon, 1962
Titre original : Amakusa Shirô Tokisada
Réalisateur : Nagisa Oshima
Scénario : Toshirô Ishido et Nagisa Oshima
Acteurs : Hashizo Okawa, Ryûtaro Otomoto, Satomi Oka
Distribution : Toei Company
Durée : 1h41
Genre : Drame historique
Date de sortie : Inconnue

Note : 3/5

Même si sa réputation repose largement sur eux, Nagisa Oshima n’a pas tourné que des contes sulfureux sur les mœurs des Japonais. On a beau pouvoir déceler un fond de commentaire social dans la plupart de ses films – ce qui fait au demeurant du réalisateur l’un de ces chroniqueurs cinématographiques privilégiés dont un pays ne peut jamais avoir assez –, les thèmes qui y sont abordés sont finalement plutôt divers. Comme preuve, cette épopée historique sur la persécution des chrétiens dans une culture asiatique, qui a sensiblement moins tendance à mettre ses croyances religieuses en avant que le cinéma hollywoodien de la même époque, par exemple, où abondaient encore les spectacles bibliques, censés concurrencer la télévision. Ici, le propos est infiniment plus nuancé et austère que dans ces divertissements à vocation missionnaire, puisque l’interrogation principale du Révolté touche précisément au dilemme entre les valeurs pacifistes de l’enseignement du Christ et la nécessité de se défendre par les armes en cas d’attaque répressive.

Synopsis : En 1637, les rares chrétiens au Japon sont soumis au règne impitoyable des shoguns. La cible préférée des abus de ces maîtres féodaux, la minorité religieuse subit aussi dignement que possible sa situation humiliante. La résistance orchestrée par Shiro Amakusa, un ancien samouraï, lui donne cependant l’espoir de pouvoir exercer librement sa foi. Or, Shiro hésite grandement avant de recourir à la force contre l’armée du gouvernement, aussi impitoyable et cruelle soit-elle, à cause de l’appel au refus de la violence sur lequel se basent les préceptes chrétiens.

Comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés

Il est fort peu probable que la ferveur d’une croyance idéalisée vienne soulever votre âme dans Le Révolté. Si, toutefois, il y avait une quelconque matière à être inspiré par le sixième film de Nagisa Oshima, elle relèverait surtout de la compassion avec ces pauvres chrétiens des premières heures de l’évangélisation du Japon. Leur périple s’apparente en effet à bien des égards à La Passion du Christ de Mel Gibson, tellement ils sont livrés sans protection aucune à la barbarie sadique des grands seigneurs. Ceux-ci se font un malin plaisir à les torturer jusqu’à la mort, comme lors de la séquence des torches vivantes, ou à les flageller jusqu’à l’os pour leur extraire des renseignements en prison. Le déséquilibre des forces entre la hiérarchie archaïque des shoguns et l’obéissance malmenée des paysans devrait donc aboutir en toute logique à un affrontement héroïque, inspiré de tant d’autres combats valeureux contre un système injuste.

Que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel

Sauf que la narration aménage sensiblement plus de moments de doute que d’action au fil d’un récit, qui dénote sinon par la force monolithique des différentes séquences prises individuellement. Pendant que l’intrigue suit imperturbablement le cours classique des révoltes prédestinées d’emblée à une issue désastreuse, les scrupules et autres divisions au sein du camp chrétien y prennent une place de plus en plus prépondérante. Notamment le personnage principal n’a pas grand-chose en commun avec un chef de guerre charismatique, qui conduirait sans états d’âme ses fidèles vers un bain de sang. Ce n’est pas la lâcheté qui dicte ses décisions réfléchies, mais une interprétation presque trop intellectuelle de la doctrine de l’amour désintéressé et de l’abnégation de la violence. Par conséquent, sa croisade pour alléger tant soit peu le fardeau des siens se termine d’une façon approximative sur une fin ouverte, comme pour mieux indiquer qu’il est quasiment impossible de venir à bout de la contradiction essentielle entre les aspirations éthérées de la foi chrétienne et les besoins plus concrets et déplaisants d’une existence sur Terre.

Conclusion

Grave et sérieux, ce film traite son sujet peu habituel pour le Japon sur un ton épuré. Le côté saisissant de son esthétique visuelle renforce le message ambigu qu’il cherche à transmettre malgré tout. Car sans être une leçon manichéenne en spiritualité, occidentale ou orientale peu importe, Le Révolté explore avec une certaine lourdeur des questions importantes, qui dépassent de loin le cadre restreint de l’engagement religieux.

https://youtu.be/rUblaroBdAk

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