
Titre original : Han ye deng zhu
Réalisateur et scénariste : Xu Zao
Casting principal : Da Peng et Qing Yi
Genre : Animation
Durée : 1h30
Pays : Chine (2026)
Contre toute attente, ce film d’animation hybride venu de Chine n’est pas aussi déprimant que sa prémisse aurait pu le laisser supposer. Grâce à l’empathie du regard de son réalisateur Xu Zao, Light Pillar revêt même une poésie filmique indéniable. Le tout saupoudré d’une fine couche d’ironie, s’il vous plaît. Pourtant, le monde légèrement futuriste qu’il nous décrit n’a strictement rien de réconfortant. Les avancées technologiques dont on voit d’ores et déjà pointer le nez ces dernières années n’y ont en rien contribué à rendre la vie des classes populaires plus vivable. Bien au contraire, puisque le seul espoir d’épanouissement de notre pauvre héros solitaire se situe soit dans un monde virtuel à l’esthétique clinquante, soit dans une forme d’évasion encore plus lointaine et illusoire, en côtoyant les étoiles.
Alors que le ton et le rythme de ce premier long-métrage sont des plus détendus, sans pour autant négliger à aucun moment notre volonté d’identification avec un protagoniste abonné à l’échec, l’expérience esthétique entreprise par Xu Zao se place en opposition à ce qui se fait habituellement dans ce genre de conte d’évasion mentale. Le monde du rêve y est photographié en prises de vue réelles, tandis que le récit cadre se distingue par une palette de couleurs plus terne, saison hivernale oblige.
De cette inversion des codes picturales – dans la plupart des films du même type, ce sont les capacités illimitées de l’animation qui donnent des ailes aux personnages pris dans les dédales de leur labyrinthe onirique – naît une tristesse profonde, quoique jamais déprimante. Avec la résignation comme maître mot, le périple improbable de notre héros piteux arrive à s’émerveiller des petites choses, quitte à en tenir compte sur le ton d’un humour finement caustique.

Synopsis : En 2033, il ne se passe pas grand-chose dans le terrain désert d’un studio de cinéma abandonné. Lao Zha fait autant partie de l’équipe des gardiens désœuvrés que des meubles, puisqu’il occupe stoïquement son poste depuis vingt ans. Quand le paiement des salaires miséreux passe d’un rythme semestriel à tous les trois mois, Lao Zha est exclu de ce nouvel avantage social parce qu’il est le seul de ses collègues sans famille, ni conjoint. Son patron ne veut rien entendre de ses vagues protestations et lui offre un casque de réalité virtuelle à la place. Dès lors, l’employé isolé s’enfonce corps et âme dans ce monde factice de fête foraine, où il rencontre celle qui devrait être l’élue de son cœur.

Interdiction de fumer
Pas systématiquement mais tout de même le plus souvent possible, nous tentons d’inclure un film d’animation dans notre couverture du Festival de La Roche-sur-Yon. La programmation pointue du festival nous permet en effet de tomber chaque fois sur des œuvres atypiques, hors des sentiers battus. Light Pillar ne fait point exception à cette règle officieuse. En toute candeur, le film de Xu Zao présente un regard alarmant sur la vie qui nous attendra bientôt, en Chine et un peu partout ailleurs dans le monde. Dans cette science-fiction de proximité, les machines ont sournoisement pris le dessus, laissant aux humains guère plus que les miettes de ce que fut, jadis, une vie sociale basée sur l’échange, la convivialité, voire l’amour. À l’image de ce studio de cinéma à l’état délabré, qui tente désespérément de trouver un deuxième souffle, mais qui finira sur la décharge de l’histoire.
Cependant, le règne des ordinateurs et autres paniers de courses connectés n’y a rien d’ostentatoirement invasif. Il s’inscrit davantage dans un rapport de dépendance dont la dimension tragique et à de rares occasions comique a tendance à échapper aux personnages léthargiques. Elle est par contre subtilement exploitée par la narration, constamment à l’affût de situations où la passivité de Lao Zha et de ses collègues à peine plus vivaces que lui peut servir de prétexte à cette mise en abîme d’une société dépourvue de débouchés sérieux. Ce qui n’empêche pas le réalisateur d’accorder à son perdant né de personnage principal une parenthèse de rêvasserie en apesanteur, pour laquelle le format carré de l’image a même le droit de respirer ponctuellement en écran large.

Invitation à danser
Pour se soustraire à la monotonie hivernale, le protagoniste de Light Pillar ne rechigne pas à tomber dans le piège d’une réalité virtuelle qui lui promet littéralement la lune, mais qui n’est au fond qu’un énorme attrape-nigauds. D’une variété de surcroît assez bon marché, avec son esthétique aux couleurs criardes, ses décors éclairés à la lumière de papillons en néons et ses habitants en quête d’affection. Une affection qui se monnaie chèrement, puisque les modestes économies de Lao Zha fondent comme neige au soleil, suite aux différentes sollicitations émises à son égard sur le réseau. Le doute y est certes permis, mais la stagnation désespérante qui caractérise sa vie quotidienne pèse plus lourdement dans la balance de l’abandon de toute précaution que les messages de facturation s’accumulant sur l’écran de son téléphone portable.
Hélas, ce premier film inspiré n’est que le reflet d’une atrophie sentimentale qui accable la jeunesse d’aujourd’hui et qui est appelée à se développer encore plus, au fur et à mesure que la vie par écrans interposés éclipsera celle de nos ancêtres au contact humain réel. De souffre-douleur effacé, le personnage principal s’y transforme en amoureux prêt à tout, qui croit au leurre de la romance parfaite jusqu’à la dernière seconde. Dès lors, l’humour par voie de trouvailles visuelles et la bienveillance globale du ton moqueur ne permettent plus de relativiser cette descente aux enfers vers une solitude encore plus pénible. Tout juste l’éternel réconfort de l’animal de compagnie permet-il tant soit peu à Lao Zha de remonter la pente. Un semblant de lien social dont le film se garde soigneusement de vanter sans réserve les bienfaits.

Conclusion
Quel serait l’état d’esprit idéal pour apprécier Light Pillar à sa juste valeur ? Certainement pas un trou de moral saisonnier, déjà à l’œuvre à l’approche de l’heure d’hiver et sans doute plus vif pendant les journées les plus courtes et froides de l’année. Pas non plus quand vous êtes au meilleur de votre forme, puisque les malheurs en cascade du héros du film de Xu Zao risquent de vous faire descendre à une vitesse vertigineuse de votre plateau de bonne humeur. Serait-ce alors, par le plus pur des hasards, un léger état de fatigue en milieu de festival, qui nous a permis d’apprécier ce beau premier film sans en être affecté outre mesure ? Peut-être. Toujours est-il qu’on ne peut qu’espérer que ce conte doux-amer trouvera de même tôt ou tard son chemin sur d’autres écrans de cinéma en France, où il ne dispose pas à ce jour de distributeur.















