Décès du réalisateur, scénariste et acteur Paul Mazursky

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Décédé ce lundi 30 juin, Paul Mazursky avait 84 ans. Il était le réalisateur du remake américain de Boudu sauvé des eaux de Jean Renoir, Le Clochard de Beverly Hills (Down and out in Beverly Hills) en 1986. Nick Nolte reprenait le rôle créé par Michel Simon aux côtés de Bette Midler et Richard Dreyfuss embarrassés et changés par leur confrontation à un clochard que le mari sauve de la noyade, dans la Seine dans le film d’origine, dans leur piscine pour la version US. S’il n’a plus grand chose à voir avec la charge acide de Renoir, la satire est tout de même rondement menée.

Nick Nolte et Richard Dreyfus dans Le Clochard de Beverly Hills
Nick Nolte et Richard Dreyfus dans Le Clochard de Beverly Hills

 

 

Méconnu en dehors de son pays natal, il avait un grand talent d’auteur, surtout dans la comédie. Il était un satiriste éclairé de la société et de l’histoire contemporaine de son pays, souvent à travers des rapports de couple plus ou moins conflictuels. Il avait été nommé cinq fois aux Oscars, dont quatre fois pour les scénarios de films qu’il avait réalisés : Bob et Carole et Ted et Alice en 1970 (avec Larry Tucker avec lequel il a écrit pour des programmes de télévision comiques, notamment avec Peter Sellers), marivaudage gentiment grivois de couples faussement libérés, Harry et Tonto en 1975, sur la solitude d’un homme âge (qui n’est pas sans rappeler Umberto D), Ennemies, une histoire d’amour en 1990, probablement son film le plus abouti, une tragi-comédie sur un survivant de l’Holocauste qui retrouve son épouse qu’il croyait disparue dans les camps alors qu’il s’est depuis remarié et enfin pour La Femme libre en 1979, pour lequel il fut également nommé à l’oscar du meilleur film en tant que producteur. Il avait reçu un trophée pour l’ensemble de sa carrière de la Writers Guild au début de cette année 2014.

Paul Mazursky reçoit son trophée de la Writers Guild des mains de Mel Brooks (Alberto E. Rodriguez/Getty Images North America)
Paul Mazursky reçoit son trophée de la Writers Guild des mains de Mel Brooks (Alberto E. Rodriguez/Getty Images North America)

 

 

On lui doit encore notamment en tant que réalisateur (et souvent scénariste) le semi-autobiographique Next Stop, Greenwich Village en 1976 où il évoque ses premières aspirations créatives et sa résistance à son envahissante mère juive (Shelley Winters), Tempest en 1982, une très libre adaptation de Shakespeare, avec John Cassavetes et Gena Rowlands, Moscou à New York avec Robin Williams dans l’un de ses premiers rôles marquants au cinéma, celui d’un musicien russe qui tente de s’incruster en Amérique, Pleine lune sur Parador en 1988 avec Richard Dreyfus dans un double rôle, celui d’un dictateur sud-américain et de son sosie et Scènes de ménage (dans un centre commercial) où il réunissait Bette Midler et Woody Allen, pour son premier rôle chez un autre que lui-même depuis Le prête-nom de Martin Ritt quinze ans plus tôt. L’une de ses dernières réalisations est le téléfilm Winchell sur un journaliste radio controversé qui s’est illustré dans des diatribes contre Hitler puis en faveur de la Chasse aux sorcières de MacCarthy contre la menace rouge. Stanley Tucci a reçu un Golden Globe et un Emmy pour ce rôle. Il a aussi réalisé, avant son premier long, un court-métrage, L’Année dernière à Malibu, parodie de L’Année dernière à Marienbad de Alain Resnais.

Dans Fear and Desire
Dans Fear and Desire

 

 

Avec Vic Morrow (à droite) dans Graine de Violence
à gauche, avec Vic Morrow à droite dans Graine de Violence

 

Il fut aussi un acteur de talent, surtout dans les vingt dernières années de sa vie. Il a fait ses débuts au cinéma en tant qu’acteur dans le premier long-métrage de Stanley Kubrick, Fear and Desire en 1953 interdit depuis de projection par le réalisateur qui l’avait renié. Il fait également partie de la troupe de jeunes délinquants de Graine de violence de Richard Brooks et sera ensuite cantonné à la télévision, apparaissant alors dans Les Incorruptibles et plusieurs épisodes de La Quatrième Dimension. Mais c’est en tant que réalisateur qu’il trouvera sa voix, à commencer donc par Bob et Carole et Ted et Alice avec dans les rôles titres Robert Culp et Natalie Wood et Elliott Gould et Dyan Cannon, ces deux derniers recevant également une citation à l’oscar du second rôle.

Elliott Gould, Natalie Wood, Robert Culp et Dyan Cannon (Ted, Carole, Bob et Alice, dans le désordre)
Elliott Gould, Natalie Wood, Robert Culp et Dyan Cannon (Ted, Carole, Bob et Alice, dans le désordre)

 

D’autres acteurs seront d’ailleurs nommés aux Oscars, Jill Clayburgh (La Femme libre), Anjelica Huston et Lena Olin (Enemies) et Art Carney qui gagnera celui du meilleur acteur pour Harry et Tonto, et ce à la surprise générale. Ces adversaires n’étaient modestement que Albert Finney (Le crime de l’Orient-Express), Dustin Hoffman (Lenny), Jack Nicholson (Chinatown) et Al Pacino (Le parrain, 2ème partie) ! L’étonnement fut d’autant plus grand qu’aucun d’entre eux n’avait gagné à l’époque.

 

paul mazursky livre 01

 

Il fera des apparitions dans la plupart de ses propres films, dont le rôle de la mère du dictateur dans Pleine lune sur Parador en remplacement de dernière minute, mais aussi chez ses camarades pour des apparitions souvent brèves, comme dans la version de 1976 de Une étoile est née de Frank Pierson avec Barbra Streisand et Kris Kristofferson, La folle histoire du monde de Mel Brooks en légionnaire roman (1981), Série noire pour une nuit blanche de John Landis qui collectionne les apparitions de cinéastes (1985), Punchline, le mot de la fin de David Seltzer (1988), Man Trouble de Bob Rafelson (1992), L’Impasse de Brian de Palma (1994). Il est aussi la voix du psy de Woody Allen dans le film d’animation Fourmiz en 1998.

 

Mais sa carrière d’acteur est plus marquante sur le petit écran : il est un joueur de poker qui finira mal dans Les Sopranos, l’associé de Mel Brooks dans plusieurs épisodes des saisons 4 et 7 de Curb Your Enthusiasm où Larry David doit jouer dans une nouvelle production des Producteurs et était le père de Sela Ward et Patrick Dempsey dans la série Once & Again dans laquelle il meurt d’une crise cardiaque.

Il a rédigé une autobiographie en 1999, Show Me the Magic.

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