Décès du compositeur François-Eudes Chanfrault

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Âgé de moins de 42 ans, il était devenu l’un des compositeurs de musique de films les plus marquants de sa génération. Il fut révélé par sa partition électro angoissante de À l’intérieur de Julien Maury et Alexandre Bustillo au ressenti aussi anxiogène que des jeux de lumière stroboscopiques. Il s’était illustré dans le cinéma de genre dès ses débuts en 2003 avec Haute Tension de Alexandre Aja et Qui a tué Bambi ? de Gilles Marchand. Il retrouve Aja pour le tendu La Colline a des yeux et crée ensuite la partition métallique de Donkey Punch d’Olly Blackburn particulièrement pertinente pour le climat de ce thriller hélas inégal où se mêlait là encore brillamment sa musique et les effets sonores, une constante de son travail presque invisible mais insidieusement envoûtant et inquiétant. Le passage en extrait ci-dessous possède une réelle douceur, inattendue chez lui, surtout dans ce registre cinématographique, mais reflétant une réelle variété de style. Dans Vinyan de Fabrice Du Welz, la musique accompagne de façon fascinante la perte de repères croissante des personnages incarnés par Rufus Sewell et surtout Emmanuelle Béart.

Il se révèle particulièrement doué pour accompagner les climats effrayants ou bizarres de ces auteurs (souvent de la même génération que lui) sans aller pour autant vers les effets attendus. Il surprend par ses sonorités modernes tout en respectant les univers qu’il illustre avec un talent de plus en plus reconnu même si, signe d’un manque de considération des votants de l’Académie des César pour le fantastique et le thriller, il n’avait jamais été nommé, ce qui est incompréhensible à l’écoute de son imposant travail.

Dans une interview pour le site Cinéfantastique, il expliquait ainsi que son lien avec ce cinéma riche en terreur et violences «tient au fait que ma musique recèle une part très sombre, un témoignage d’angoisses et de désespoirs parmi les plus noirs. Lorsqu’elle est lumineuse, c’est souvent l’éclat d’un soleil trop violent, une ligne douloureuse. C’est particulièrement vrai pour les pièces que j’écrivais à l’époque de Haute Tension, et qui ont dessiné cette voie dans un certain type de cinéma». Il exprimait son regret de ne pas être contacté pour «une comédie légère». Toujours dans ce même entretien, il disait avec humour : «Je fais de la musique pour Stanley Kubrick depuis toujours, mais ce con est mort avant de m’avoir téléphoné».

Dans un registre plus dramatique, on lui doit aussi les mélodies accompagnant le documentaire Au delà de la haine d’Olivier Meyrou et les drames Le Chant des mariées de Karin Albou, Cornouaille et On a failli être amies d’Anne Le Ny, Une place sur la terre de Fabienne Godet, Grand départ de Nicolas Mercier, Papa lumière d’Ada Loueilh ainsi que le téléfilm Belleville Story de Arnaud Malherbe ou la série Intrusion de Xavier Palud présentée au Festival de Strasbourg en 2014. L’an dernier, il avait encore signé des éléments de la BO de Ni le ciel, Ni la Terre de Clément Cogitore qui navigue entre le drame réaliste et le fantastique. On pourra encore l’entendre dans Sky de Fabienne Berthaud qui sort le 6 avril prochain.

Aucune précision n’a pour l’instant été apportée sur les raisons de son décès ce vendredi 11 mars. Il avait été membre du jury du dernier Festival de Gérardmer qui avait notamment primé la musique de Michael Yezerski pour le film The Devil’s Candy.

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Quelques extraits de ses bandes originales :

  • Haute Tension

https://youtu.be/QFSFbbzsS8s

  • A l’intérieur

https://youtu.be/cEP-vWJ7FZ0
https://youtu.be/v21vC4PeeX4

  • Donkey-Punch

à lire, enfin, une interview accordée au site Frenetic Arts autour du film Vinyan avec Fabrice du Welz et François-Eudes Chanfrault. Et à écouter ici, sa bo de Cornouailles.

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