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L’acteur et réalisateur américain Robert Duvall est décédé avant-hier à Middleburg dans l’état de Virginie. Il était âgé de 95 ans. L’un des acteurs majeurs du Nouvel Hollywood dans les années 1970, grâce à sa participation aux chefs-d’œuvre de Francis Ford Coppola Le Parrain et Apocalypse Now, Duvall avait su se réinventer par la suite au fil d’une très longue et très illustre carrière. Pendant soixante ans, entre 1962 et 2022, il avait enchaîné des (seconds) rôles mémorables, dispensant son autorité fêlée avec un naturel jamais pris en défaut.
Les grands noms avec lesquels il a collaboré au cours d’une filmographie exceptionnelle sont nombreux : de Robert Mulligan à Steve McQueen, en passant par Arthur Penn, Robert Altman, Francis Ford Coppola donc, George Lucas, Sam Peckinpah, Sidney Lumet, Barry Levinson, Jerzy Skolimowski, Volker Schlöndorff, Tony Scott, Ron Howard, Kevin Costner et James Gray.

A ses tout débuts, Robert Duvall avait partagé les galères d’un jeune acteur débutant avec ses confrères et futures vedettes à part entière Dustin Hoffman et Gene Hackman. Ce dernier sera donc mort un an avant lui, presque jour pour jour, au même âge, quoique dans des circonstances clairement plus sinistres.
Comme bon nombre d’acteurs de sa génération, Duvall avait fait ses premiers pas devant une caméra à la télévision, dès le début des années ‘60. Son premier rôle de cinéma, aussi bref que marquant, allait arriver en 1962 grâce à Du silence et des ombres de Robert Mulligan. Toujours aussi présent sur le petit écran, on a néanmoins pu le voir jusqu’à la fin de la décennie dans des films tels que Le Combat du capitaine Newman de David Miller, La Poursuite impitoyable de Arthur Penn, Objectif lune de Robert Altman, Le Détective de Gordon Douglas, Bullitt de Peter Yates et 100 dollars pour un shérif de Henry Hathaway.

En 1969, Duvall allait croiser pour la première fois le chemin de Francis Ford Coppola pour Les Gens de la pluie. A partir de ce film-là, il était devenu l’un des visages du mouvement informel du Nouvel Hollywood en participant, entre autres, à MASH de Robert Altman – Palme d’or au Festival de Cannes en 1970 –, THX 1138 de George Lucas, Le Parrain et Le Parrain Deuxième partie – Oscars du Meilleur Film respectivement en 1973 et 1975 –, Conversation secrète et Apocalypse Now – Palmes d’or au Festival de Cannes respectivement en 1974 et 1979 – de Francis Ford Coppola, ainsi que Network Main basse sur la TV de Sidney Lumet.
En parallèle, Robert Duvall avait prêté son talent à des films plus conventionnels, souvent des westerns ou des policiers, comme L’Homme de la loi de Michael Winner, La Légende de Jesse James de Philip Kaufman, Joe Kidd et L’Aigle s’est envolé de John Sturges, Échec à l’organisation de John Flynn, L’Évadé et Le Plus grand de Tom Gries, Tueur d’élite de Sam Peckinpah et Sherlock Holmes attaque l’Orient-Express de Herbert Ross.

Les années ‘80 seront la décennie de la consécration pour Robert Duvall. De retour des Philippines où il avait prononcé l’une des répliques les plus célèbres de l’Histoire du cinéma, il allait désormais s’imposer dans des rôles plus importants. Par exemple dans The Great Santini de Lewis John Carlino, Sanglantes confessions de Ulu Grosbard, 200 000 dollars en cavale de Roger Spottiswoode, Tendre bonheur de Bruce Beresford, Le Meilleur de Barry Levinson, Le Bateau phare de Jerzy Skolimowski et Colors de Dennis Hopper.
Toujours aussi prolifique dans les années ‘90, avec des rôles de plus en plus autoritaires, Robert Duvall avait fait équipe pendant cette période avec Volker Schlöndorff (La Servante écarlate), Tony Scott (Jours de tonnerre), Martha Cooldige (Rambling Rose), Kenny Ortega (Les News Boys), Joel Schumacher (Chute libre), Walter Hill (Geronimo), Ron Howard (Le Journal), Lasse Hallström (Amour et mensonges), Roland Joffé (Les Amants du nouveau monde), Jon Turteltaub (Phénomène), Billy Bob Thornton (Sling Blade), Robert Altman – encore lui – (The Gingerbread Man), Mimi Leder (Deep Impact) et Steven Zaillian (Préjudice).

C’est également à la fin des années ‘90 que Robert Duvall s’était fait remarquer pour la première fois en tant que réalisateur grâce à Le Prédicateur. Or, il s’agissait déjà du troisième long-métrage réalisé par lui, après le documentaire We’re not the Jet Set dès 1974 et Angelo My Love sur une communauté tzigane en 1983. Par la suite, Duvall allait réaliser deux films supplémentaires : Assassination Tango dont l’action était située dans sa ville d’adoption Buenos Aires en 2002 et Wild Horses avec James Franco et Josh Hartnett en 2015.
Le ralentissement du rythme des tournages n’était intervenu que très progressivement à partir du tournant du siècle. Ainsi, Robert Duvall se rappelait à nous à intervalles réguliers jusqu’au milieu des années 2010. Ce fut le cas notamment à travers 60 secondes chrono de Dominic Sena, A l’aube du 6ème jour de Roger Spottiswoode, John Q de Nick Cassavetes, Open Range de Kevin Costner, Le Secret des frères McCann de Tim McCanlies, Thank You For Smoking de Jason Reitman, Lucky You de Curtis Hanson, La Nuit nous appartient de James Gray, Tout sauf en famille de Seth Gordon, La Route de John Hillcoat, Get Low de Aaron Schneider, Crazy Heart et The Pale Blue Eye de Scott Cooper, Jack Reacher de Christopher McQuarrie, Le Juge de David Dobkin, Les Veuves de Steve McQueen et Hustle Le Haut du panier de Jeremiah Zagar.

Robert Duvall a été nommé à sept reprises aux Oscars, quatre fois comme Meilleur acteur dans un second rôle pour Le Parrain, Apocalypse Now, Préjudice et Le Juge et trois fois comme Meilleur acteur pour The Great Santini, Tendre bonheur et Le Prédicateur. Il l’avait gagné en 1984 pour Tendre bonheur. Au moment de sa dernière nomination pour Le Juge en janvier 2015 à tout juste 84 ans, il a été l’acteur dans un second rôle le plus vieux nommé. Un record dépassé depuis par Christopher Plummer, nommé en 2018 pour Tout l’argent du monde à 88 ans.
Pour son travail à la télévision, il a été nommé cinq fois à l’Emmy et l’avait gagné deux fois en 2007, en tant que producteur et acteur principal de la mini-série « Broken Trail ». Ses confrères de la Screen Actors Guild l’avaient nommé sept fois et il y avait gagné The Actor du Meilleur acteur dans un second rôle pour Préjudice en 1999. Enfin, les associations de critiques se sont de même montrées généreuses à son égard puisqu’il a été récompensé à New York pour Le Parrain et Tendre bonheur, à Los Angeles pour Tendre bonheur et Le Prédicateur, ainsi que par la National Society of Film Critics pour Le Prédicateur.

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