Chronique Critiques de films — 20 novembre 2019
Critique : Temporada


: 2018
Titre original : –
Réalisation : 
Scénario :  André Novais Oliveira
Interprètes : , ,
Distribution :
Durée : 1h52
Genre : Chronique
Date de sortie : 20 novembre 2019

4/5

Diplômé en Histoire et en Cinéma, le réalisateur brésilien André Novais Oliveira est l’auteur des courts métrages Fantasmas, Pouco Mais de Um Mês et Quintal, ces deux derniers ayant été sélectionnés à la Quinzaine des Réalisateurs de Cannes, et du long métrage Ela Volta na Quinta,  un film sur sa propre famille, à mi-chemin entre documentaire et fiction. Temporada est son deuxième long métrage et il faisait partie de la la section « Cinéastes du présent » de la sélection officielle du Festival de Locarno en 2018.

Synopsis : Pour prendre un nouveau poste d’employée au service municipal de la propreté, Juliana quitte les quartiers du centre-ville d’Itaúna pour la métropole de Contagem au Brésil. Tandis qu’elle attend que son mari la rejoigne, elle s’adapte à sa nouvelle vie, fait des connaissances, s’ouvre à de nouveaux horizons et essaie de surmonter son passé.

Un travail nouveau, de nouveaux contacts

Juliana a quitté la petite ville d’Itaúna pour venir s’établir à Contagem, une grande ville de la région métropolitaine de Belo Horizonte, son mari devant venir la rejoindre plus tard. La raison de ce déménagement : le fait d’avoir été retenue pour un travail dans la prévention des endémies et tout particulièrement de la dengue. Un travail certes peu payé mais un travail très sûr puisque se déroulant dans le cadre de l’administration. Un travail de contact avec la population, puisqu’il consiste à visiter 20 logements par jour, 25 lorsque le ministère le demande, afin de vérifier, en particulier, que toutes les précautions sont prises par les habitants pour éviter les réservoirs à moustiques que sont les eaux stagnantes. Des visites qui, en règle générale, se déroulent très bien, avec le plus souvent un accueil chaleureux pouvant aller jusqu’à l’offre d’un café, voire d’un gâteau. Autres contacts que ce travail apporte à Juliana, ceux avec ses collègues de la petite équipe qui sillonne les rues du quartier de Contagem dont elle a la charge. Là aussi, les relations sont très cordiales, l’entraide entre collègues étant de mise et les anciens n’étant pas avares en conseils envers celle qui vient d’arriver.

Une chronique pleine de délicatesse

A la fin de Temporada, on se montre très étonné de ne pas avoir ressenti une seconde d’ennui, de s’être même passionné pour un film de près de 2 heures dans lequel, diront certains, il ne se passe pratiquement rien chez des personnages qui, en plus, sont tout sauf sexys. C’est vrai, il ne passe rien de vraiment exceptionnel dans Temporada : il s’agit d’une chronique, une observation de faits de la vie quotidienne, dans le travail, en dehors du travail, tout cela étant filmé avec beaucoup de délicatesse et d’amour pour les personnages.

C’est vrai, Juliana n’est pas un canon de beauté et Russão, son collègue le plus proche, est obèse. C’est vrai, mais, par contre, ces personnages dégagent une très grande humanité, que ce soit Juliana lorsqu’elle raconte comment elle a retrouvé la parole après être restée muette pendant des années ou comment la perte d’un bébé à 6 mois de grossesse a détérioré sa relation avec Carlos, son mari, ou Russão, lorsqu’il se met en tête d’ouvrir un salon de coiffure dans un garage, alors qu’il n’a aucune expérience en la matière mais qu’il a par contre besoin d’une source de revenu supplémentaire parce qu’on vient de lui apprendre qu’il est le père d’un garçon de 3 ans.

Alors, rien de vraiment exceptionnel dans ce que raconte Temporada ? Rien de vraiment exceptionnel sauf que cette chronique montre avec beaucoup de finesse les changements qu’un nouvel environnement opère petit à petit sur une femme, Juliana, en lui permettant de réfléchir sur son passé, de prendre confiance en elle, de s’ouvrir sur les autres. Dans cet exercice, André Novais Oliveira se montre très proche de ce que propose Kelly Reichardt dans ses films et, tout particulièrement, dans son dernier, Certaines femmes.

Metteuse en scène de théâtre, dramaturge et comédienne de théâtre et de cinéma

Le travail que décrit André Novais Oliveira dans Temporada, il le connait bien puiqu’il l’a lui-même effectué il y a plusieurs années. Pour ce film, il a collaboré avec certains de ses anciens collègues, certains d’entre eux y jouant même leur propre rôle. Grace Passô, la très touchante interprète de Juliana, est tout à la fois metteuse en scène de théâtre, dramaturge et comédienne de théâtre et de cinéma. Une des ses pièces, Amores surdos, sera jouée à Paris, Saint-Etienne et Marseille courant automne 2020. Quant à Russo Apr, l’interprète de Russão, c’est avant tout comme rappeur qu’il est connu au Brésil.

Conclusion

Pour la plupart des spectateurs, aller au cinéma, c’est avant tout s’évader de leur vie quotidienne. Cette évasion peut revêtir des formes diverses. Si l’évasion que vous recherchez en allant au cinéma consiste uniquement à vous plonger dans le merveilleux ou dans l’action, Temporada n’est pas pour vous. Si, par contre, vous considérez que la vision pleine d’humanité du quotidien des habitants, a priori très différents de vous,  d’un pays très éloigné est un bon moyen de vous évader, alors, Temporada a toutes les chances de recueillir vos suffrages. D’autant plus que, au final, il vous apparaîtra sans doute que ces gens, a priori très différents de vous, ne le sont pas tant que cela, et, en prendre conscience, c’est un magnifique cadeau !

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Jean-Jacques

Cet article a été rédigé par Jean-Jacques Corrio, Rédacteur de Critique Film. Lire tous ses articles