Critique : Sparta

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Sparta

Autriche : 2022
Titre original : –
Réalisation : Ulrich Seidl
Scénario : Veronika Franz, Ulrich Seidl
Interprètes : Georg Friedrich, Florentina Elena Pop, Hans-Michael Rehberg
Distribution : Damned Distribution
Durée : 1h39
Genre : Drame
Date de sortie : 31 mai 2023

3/5

Synopsis : Ewald s’est installé en Roumanie il y a plusieurs années. La quarantaine passée, il cherche un nouveau départ. Il quitte alors sa petite amie et part vivre dans l’arrière-pays où il ouvre un centre de judo pour jeunes garçons. Si les enfants profitent d’une nouvelle existence insouciante, la méfiance des villageois, elle, s’éveille rapidement. Ewald est alors obligé d’affronter une vérité qu’il a longtemps refoulée.

Le réalisateur autrichien Ulrich Seidl, on commence à bien le connaître et, presque jusqu’à la fin de Sparta, on s’attend à voir une des scènes assez sordides dont il a le secret tout en se demandant longtemps où il veut en venir. Certes, voyant Ewald dans l’usine où il travaille et en couple avec une roumaine, on comprend assez vite que cet autrichien est venu s’établir en Roumanie soit pour des raisons professionnelles soit pour des raisons sentimentales. En tout cas, même s’il ne parle pas encore parfaitement la langue du pays, même s’il retourne de temps en temps en Autriche pour rendre visite à son père, un vieillard atteint de démence et qui vit dans une maison de retraite, Ewald donne l’impression d’être solidement établi en Roumanie. Mais alors, pourquoi donc donne-t-il ce sentiment de mal-être chaque fois qu’il se retrouve en tête à tête avec sa compagne ? Au point qu’on n’est pas franchement surpris de le voir faire sa valise ! Et c’est dans un petit village de Transylvanie, au nord-ouest de la Roumanie, qu’on va retrouver Ewald achetant une ancienne école en piteux état, afin, après travaux, d’en faire un lieu lui permettant, promet il, de donner gratuitement des leçons de judo aux enfants du village. Cet Ewald qu’on retrouve a l’air, cette fois ci, d’être épanoui, se lançant dans des batailles de boules de neige avec des enfants ou jouant au chef de patrouille avec ces mêmes enfants coiffés de casques en plastique qui le suivent sans broncher dans une scène qui évoque la célèbre légende allemande du joueur de flûte de Hamelin.

Mais alors, cette scène sordide, elle arrive quand ? Eh bien, même si son attente sert à maintenir une grande tension chez le spectateur, même si on peut trouver douteux certains comportements de Ewald avec les enfants, même si, lors d’un jeu de bataille sous la douche, on retrouve Ewald nu au milieu des enfants qui, eux, ne le sont pas, on est très loin de certaines scènes vues dans les films précédents de Ulrich Seidl. En fait, Ewald est un homme qui se sait pédophile en puissance, qui se bat contre ce démon intérieur qui le ronge et qui arrive à ne jamais passer à l’acte. Peut-être avait il succombé dans une vie antérieure, peut-être est ce pour cela qu’il est venu se réfugier en Roumanie ? En tout cas, on en arrive à avoir de l’empathie et de la pitié pour cet homme à la voix fluette et aiguë, un homme finalement pas si épanoui que ça, un homme à qui il arrive de s’effondrer face à cette situation qu’il n’arrive pas à supporter. Une empathie qu’on ne ressent pas pour les pères des enfants, des pères ne s’occupant guère de leurs enfants sauf pour les frapper afin d’en faire de vrais hommes et qui voient d’un mauvais œil cet homme qui passe son temps avec eux.

Il y a 10 ans Ulrich Seidl avait proposé une trilogie avec Paradis : Amour, Paradis : Foi et Paradis : Espoir. Cette fois ci, c’est un diptyque que Sparta constitue avec Rimini, sorti en novembre dernier : l’histoire de deux frères, Ewald et Richie Bravo, que tout sépare sauf le fait d’être tous les deux particulièrement pathétiques, sauf le fait d’avoir le même père, un vieillard atteint de démence et qui aime chanter de veilles rengaines des armées allemandes. Alors que Rimini avait été présenté à la Berlinade 2022, c’est au Festival de San Sebastien 2022 que Sparta a pu être vu pour la première fois. On voit donc dans Sparta la même maison de retraite que dans Rimini, mais le comportement d’Ewald avec son père est bien différent, plus tendre, que celui de Richie Bravo avec le même homme. Comme pour Rimini, Ulrich Seidl a écrit le scénario de Sparta avec son épouse Veronika Franz. Quant à l’excellent interprète de Ewald, il s’agit de Georg Friedrich, un grand comédien autrichien qui avait déjà joué pour Ulrich Seidl mais aussi pour Michael Haneke.


Conclusion

Plus encore que son compatriote Michael Haneke, Ulrich Seidl aime déranger les spectateurs, les sortir d’un certain confort intellectuel. De ce point de vue là, Sparta va beaucoup moins loin que dans certains de ses précédents films. Par contre, comme d’habitude, il n’oublie pas qu’il vient du documentaire et cela se ressent dans sa façon de faire le portrait d’un homme qui souffre des pulsions malsaines qui l’habitent.

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