Critique : Soul kids

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Soul kids

France : 2021
Titre original : –
Réalisation : Hugo Sobelman
Scénario : Hugo Sobelman
Distribution : Jour2fête
Durée : 1h15
Genre : Documentaire
Date de sortie : 24 novembre 2021

3.5/5

C’est comme assistant réalisateur que Hugo Sobelman a commencé sa carrière dans le cinéma. Il est ensuite passé par les métiers de caméraman et de monteur avant de se lancer dans la réalisation au travers de clips musicaux. Soul Kids est le premier des deux longs métrages documentaires qu’il a réalisés récemment. L’autre, Golda Maria, il l’a coréalisé avec Patrick Sobelman, son père, et il devrait sortir début 2022.

Synopsis : A Memphis, une des villes américaines les plus sinistrées, la Stax Music Academy fait figure d’oasis. Fondée sur l’héritage du label légendaire des années 60 qui accompagna la lutte pour les Droits Civiques, cette école de musique, extra-scolaire et gratuite, permet à des adolescents passionnés d’apprendre et de comprendre l’Histoire noire américaine à travers la découverte des plus grands tubes de la Soul. Un voyage musical dans le temps et une plongée dans la pensée d’une nouvelle génération.

Un peu d’histoire

Memphis, Tennessee : selon votre âge, selon votre intérêt pour la musique, selon votre intérêt pour l’histoire américaine, voici une ville qui pourra évoquer pour vous Elvis Presley, les grands interprètes de Rythm and Blues comme Otis Redding, Sam & Dave, Booker T., Isaac Hayes et autres vedettes Stax, les premiers enregistrements dans les studio Sun de Johnny Cash, Jerry Lee Lewis, Carl Perkins et Roy Orbison, le club spécialisé dans le Blues ouvert sur Beale Street par le géant du Blues B.B. King en 1991, le décès par noyade dans le Mississippi de Jeff Buckley, l’assassinat dans un motel de Martin Luther King. Par contre, qui sait en France que Memphis est une des villes les plus pauvres des Etats-Unis ? Qui sait que près des 2/3 de la population de Memphis est d’origine afro-américaine ?

Fondé en 1957 sous le nom de Satellite Records, le label a pris le nom de Stax en 1961. Installé au 926 East McLemore Avenue, en plein milieu du ghetto noir de la ville de Memphis, Stax a rayonné dans le monde de la musique populaire jusqu’en 1975. Pionnier de l’intégration raciale, Stax a eu son premier n°1 dans les hit-parades Rythm and Blues en 1962, avec « Green Onions », interprété par un groupe composé de deux musiciens afro-américains et de deux blancs, une composition totalement inédite à l’époque dans le sud des Etats-Unis. Plus tard, Stax sera même soupçonné de  financer illégalement certaines organisations nationalistes noires. Toujours est-il que, pour diverses raisons, ce label mythique fut contraint à fermer boutique en 1975 et les très réputés studios, après être restés vacants pendant de nombreuses années, furent rasés en 1989. Une dizaine d’années plus tard, un groupe de leaders de la communauté afro-américaine, de philanthropes et d’anciens employés de Stax a décidé de revitaliser le quartier dans lequel se trouvaient les bâtiments Stax et a créé la fondation Soulville, parente du « Stax Museum of American Soul Music », de la « Stax Music Academy » et de la « Soulsville Charter School ».

Musique, mais aussi politique

A l’endroit précis où se trouvaient les studios Stax, la Stax Music Academy, fondée en 2000, accueille chaque année gratuitement une centaine d’adolescent.e.s, quelle que soit leur expérience musicale. Les cours sont donnés en dehors du cursus scolaire, après les cours des collèges et des lycées, ou pendant les vacances scolaires. L’excellent documentaire du réalisateur français Hugo Sobelman s’attache à montrer l’excellente ambiance qui règne dans ces cours combinée à tout ce qui est indispensable pour devenir un grand musicien : la discipline, le travail, le respect des autres, la disponibilité pour bien travailler en équipe, l’intégrité, l’empathie, le leadership et, bien sûr, l’écriture, la composition et les techniques musicales, qu’elles soient instrumentales ou vocales. Si l’action de la Stax Music Academy est avant tout centrée sur la musique, et, plus précisément sur la musique soul telle qu’elle était pratiquée chez Stax, elle cherche aussi à participer à la construction personnelle et collective des élèves et on peut même dire qu’elle se tourne aussi, d’une certaine façon, vers la politique. En effet, à plusieurs reprises le film montre comment est mis l’accent sur ce qui pourrait être fait, sur ce qui devrait être fait pour sortir du cercle vicieux, malheureusement toujours trop souvent présent : stigmatisation des noirs dès la naissance (ils sont violents, ce sont des assistés, etc.) / ghettoïsation / pauvreté / violence. Comme le dit une des jeunes filles dans le film : « ceux qui ont une plateforme pour s’exprimer ne devraient pas l’utiliser pour parler d’armes ou se tuer les uns les autres, se battre ou se diviser. Il faut que l’on soit solidaire ». Comme le dit Chandra Williams, artiste et Directrice du Crossroads Cultural Art Center de Clarksdale, lors d’une intervention à l’académie : « Les artistes ont plus de pouvoir que les politiques. Cette image de violence, cette image de voyous qu’on a de nous, c’est la nouvelle traite négrière. Notre image de gangster remplit les prisons et ces prisons privées sont les nouveaux champs de coton. Mais c’est le jeu auquel nous avons joué lorsque nous avons signé en maison de disques et en rappant aux enfants : voler, dealer et mourir ». Les oreilles d’un certain nombre de rappeurs US ont dû siffler !! 

Des jeunes interprètes pleins de talent

Voulant se montrer le moins intrusif possible, Hugo Sobelman a privilégié l’utilisation de longues focales lui permettant de combiner distance et contact avec les personnages. Par ailleurs, la présence de Nicolas Mollet comme ingénieur du son, un technicien qui est avant tout musicien et qui, à ce titre, comprend parfaitement la musique, lui a permis d’obtenir ce qu’il recherchait : un enregistrement du son qui soit plus musical que cinématographique. Les interprétations qu’on entend de chansons d’Eddie Floyd, de Sam & Dave, d’Otis Redding le sont souvent a capella ce qui renforce l’impression très positive qu’on a du talent des jeunes interprètes. Sur une de ces interprétations, accompagnée cette fois ci par un orchestre, le réalisateur a eu la très bonne idée d’intégrer des images du concert Wattstax qui eu lieu le 20 août 1972 dans le quartier de Watts de Los Angeles.

Conclusion :

Cette immersion dans cette académie de Memphis est réjouissante par l’impression de fraicheur qui s’en dégage et le talent dont font preuve tous ces jeunes qui perpétuent la légende de la musique soul et du Rythm and Blues, ces mélanges de gospel et de blues qu’il ne faut surtout pas confondre avec le RnB contemporain. On se prendrait presque à rêver que, après les errances du gangsta rap, la musique afro-américaine retrouve enfin l’aura qu’elle n’aurait jamais dû perdre.

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