Critique : Sing me a song

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France, Suisse : 2019
Titre original : –
Réalisation :
Interprètes : ,
Distribution :
Durée : 1h35
Genre : Documentaire
Date de sortie : 23 septembre 2020

3.5/5

Il y a 8 ans, le documentariste français Thomas Balmès s’était rendu à Laya, un petit village du Bhoutan, pour y tourner Happiness, un film qui n’a jamais eu l’honneur de connaître les salles de notre pays. Il avait pour but de travailler sur l’impact des écrans sur nos sociétés et il avait fini par choisir de poser sa caméra au Bhoutan, ce petit pays de 38 000 km2 et de 750 000 habitants environ. En 1999, ce pays avait vécu une véritable révolution, son gouvernement ayant levé l’interdiction sur la télévision et Internet. Dans ce pays qui était le dernier au monde à ne connaître ni l’un ni l’autre, Laya, perdu au nord du pays à près de 4000 mètres d’altitude, avait la particularité d’être le dernier village à avoir reçu, plusieurs années plus tard, les 4 connexions qui symbolisent la « modernité » : la route d’accès, l’électricité, la télévision, Internet. Cette particularité avait permis à Thomas Balmès de suivre les effets de l’arrivée des écrans dans une communauté qui en avait été privée jusque là. Pour personnaliser ce bouleversement, le réalisateur avait choisi Peyangki, un jeune apprenti moine bouddhiste de 8 ans, et il lui avait fait faire la connaissance de la « modernité » durant un voyage de 3 jours entre Laya et Thimphou, la capitale du pays.

Synopsis : Le jeune Peyangki vit et étudie dans un monastère traditionnel au Bhoutan. Au pays du bonheur, l’arrivée récente d’internet entraîne d’importants bouleversements. Les rituels quotidiens des moines entrent en concurrence frontale avec la nouvelle addiction aux smartphones. Peyangki se passionne pour les chansons d’amour et tombe amoureux sur WeChat d’une jeune chanteuse.
Succombera-t-il à la romance et aux tentations de la ville ou restera-t-il au monastère ?

La métamorphose d’un pays

Avec de très belles images de l’environnement de Laya, ce village perché à 3820 mètres d’altitude au cœur du massif de l’Himalaya, Thomas Balmès nous introduit auprès de Peyangki, alors âgé de 8 ans. Ce sont des images extraites de Happiness : le village attend la route, attend l’électricité, Peyangki a préféré devenir moine que d’aller à l’école, il aimerait devenir un jour un grand lama, il aimerait aussi voir des avions et de grands immeubles. Très vite, on retrouve Peyangki 10 ans plus tard : c’est un téléphone portable qui le réveille, on voit une antenne parabolique sur un toit. Pas de doute : la métamorphose de Laya et celles de Peyangki sont flagrantes. Encore plus flagrante lorsqu’un des plans suivants nous montre une vingtaine de jeunes apprentis moines qui semblent absorbés dans leur prière commune, sauf que, simultanément, ils sont tous en train de se livrer à des activités sur leur Smartphone : jeux en ligne, réseaux sociaux, visionnage de vidéos, … Surprise, surprise : la vision que nous donne Thomas Balmès de ce pays qui a choisi de remplacer le PIB par le BNB (Bonheur National Brut) n’est pas exactement celle à laquelle on s’attendait. En fait, le Bhouthan est devenu en quelques années le plus grand consommateur d’écrans de toute l’Asie et 600 000 bhoutanais ont un compte Facebook. Et nous ne sommes pas au bout de notre surprise ! Que dire en effet de cet authentique représentant de la tradition qu’est pour nous un moine bouddhiste aux cheveux rasés et à la robe couleur bordeaux qui tombe amoureux d’une chanteuse de la ville rencontrée sur … Wechat ? Que dire de la vision de la capitale du Bhoutan, Thimphou, qui, finalement, ne diffère en rien d’une ville europénne, embouteillages compris ? Que dire de la vision de ces jeunes moines prenant du plaisir à s’amuser de leur participation à des jeux de guerre ?

Documentaire, ou fiction ?

Rares sont les films pour lesquels la frontière entre documentaire et film de fiction est aussi floue que dans Sing me a song. Officiellement, c’est un documentaire mais on a souvent l’impression que ce que l’on voit, que ce qu’on entend, tout cela n’est pas tout à fait réel, que l’on est plutôt dans le domaine du conte philosophique. Le réalisateur ne s’en cache pas : c’est exactement ce qu’il souhaitait, considérant que c’était le meilleur moyen de nous faire prendre conscience de l’ambiguïté qui se niche dans le développement du digital, à la fois extraordinaire outil et piège aux conséquences pouvant être néfastes. On est bien sûr en droit de se demander si toutes les scènes filmées étaient totalement spontanées, si les décisions des protagonistes, inconnues à l’avance par le réalisateur, étaient le seul moteur du déroulement même des faits. Thomas Balmès répond de façon très nette à ces interrogations : « J’ignorais que Peyangki allait passer de l’univers spirituel du monastère à celui de la nuit en ville. J’ignorais qu’il allait tomber amoureux sur… un forum de discussion via son smartphone. J’ai simplement suivi instinctivement sa trajectoire ». De toute façon, savoir comment s’est exactement passé le tournage, savoir s’il y a dans le film une part de scénarisation, savoir si certaines scènes ont fait l’objet de plusieurs prises, tout cela n’a guère d’importance dans la mesure où le réalisateur ne cherche pas à manipuler les spectateurs, à leur imposer ses vues concernant le très bon ou le très mauvais impact des écrans sur notre vie : il se contente de montrer des effets, à nous de réfléchir, à nous de décider si on les considère comme bons ou mauvais !

Conclusion

Sing me a song, documentaire qui ressemble beaucoup à une fiction, nous en apprend beaucoup sur le Bhoutan, sur le bouddhisme, mais aussi, de façon indirecte, sur la façon dont Internet et les réseaux sociaux ont métamorphosé nos propres existences.

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