Critique : Revoir Paris

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 Revoir Paris

France : 2022
Titre original : –
Réalisation : Alice Winocour
Scénario : Alice Winocour, Marcia Romano, Jean-Stéphane Bron
Interprètes : Virginie Efira, Benoît Magimel, Grégoire Colin
Distribution : Pathé
Durée : 1h40
Genre : Drame
Date de sortie : 7 septembre 2022

4/5

Après des études de droit pénal puis dans la section scénario de la FEMIS, Alice Winecour a commencé son activité cinématographique par l’écriture de scénarios avant de se lancer dans la réalisation, de courts métrages pour commencer, puis de longs métrages. Le premier d’entre eux, Augustine, sorti fin 2012, l’a tout de suite propulsée parmi les belles promesses du cinéma français. Alice Winocour n’a pas arrêté pour autant son activité de scénariste puisque, par exemple, on la retrouve en 2015 à l’écriture du scénario de Mustang auprès de sa réalisatrice Denisz Gamze Ergüwen. Revoir Paris, présenté cette année à Cannes dans la sélection de la Quinzaine des Réalisateurs, est son 4ème long métrage en tant que réalisatrice.

Synopsis : A Paris, Mia est prise dans un attentat dans une brasserie. Trois mois plus tard, alors qu’elle n’a toujours pas réussi à reprendre le cours de sa vie et qu’elle ne se rappelle de l’évènement que par bribes, Mia décide d’enquêter dans sa mémoire pour retrouver le chemin d’un bonheur possible.

Se reconstruire quand on a vécu l’horreur

Suite à une succession de hasards, Mia, traductrice de russe pour des médias comme France Culture, se retrouve seule, un vendredi de novembre, à une table de la brasserie L’étoile d’or au moment où un attentat terroriste particulièrement meurtrier est déclenché. Cachée sous une table, allongée au ras du sol, avec un homme qui lui tient la main, elle en réchappe. Toutefois, ce n’est pas si simple de se reconstruire lorsqu’on a vécu un tel moment. Mia a besoin d’aller fouiller dans sa mémoire pour y retrouver des souvenirs plus précis. Elle a besoin de savoir qui lui tenait la main lors de l’évènement et, si possible, de le rencontrer. Ayant appris qu’il existe dans la brasserie un groupe de rescapé.e.s qui se réuni tous les lundis matin, elle retourne à Paris 3 mois après le drame.

Très émouvant mais sans aucun pathos

A la vision de Revoir Paris, on pense bien sûr aux attentats du 13 novembre 2015 qui ont touché le Bataclan ainsi que des bars et des restaurants des alentours. En fait, le frère de la réalisatrice était au Bataclan ce jour là et elle a communiqué avec lui par SMS durant l’évènement. Cela a permis à Alice Winocour d’expérimenter en personne ce qui est un des éléments primordiaux de son film : comment, après un tel drame,  la mémoire déconstruit et, très souvent, reconstruit les évènements. Ce n’était toutefois pas suffisant pour se lancer dans la réalisation d’une fiction s’interrogeant sur la résilience, sur la façon dont des individus pouvaient ou non arriver à rebondir après avoir approché la mort de si près. Elle est donc allée sur des forums et elle a pris conscience que ce ne peut être que dans le collectif qu’on pouvait se reconstruire, par exemple en recueillant des informations sur les personnes avec qui on était au moment du drame, sur les personnes avec qui on avait pu parler ou, simplement se tenir la main. Encore mieux : en les rencontrant. Elle a également rencontré des psychiatres qui lui ont parlé des choses positives qui peuvent survenir lors d’un événement traumatique : « des relations amicales, amoureuses, des liens forts qui se nouent et qui ne se seraient pas noués sans l’événement ». Un psychiatre lui a aussi expliqué ce que la chimie du corps pouvait construire de positif chez deux êtres qui se tiennent la main.

Tout cela débouche sur un film choral qui réussit à dégager une très grande émotion sans tomber dans le pathos ne serait-ce qu’une seconde. Beaucoup moins intéressée par l’attaque terroriste elle-même que par les traces qu’elle a laissées sur les victimes, la réalisatrice ne l’occulte pas pour autant. C’est toutefois filmé avec beaucoup de tact : on voit cette attaque avec les yeux de Mia et, comme elle est couchée sur le sol, on ne voit que les pieds des terroriste. Par contre, le son des mitraillettes est bien présent. Bien sûr, Mia est la protagoniste centrale de ce film mais on rencontre les portraits parfaitement brossés de nombreux autres personnages. Parmi eux, Vincent, le mari de Mia, un médecin qui avait prétexté une urgence à l’hôpital pour quitter la brasserie avant l’attentat. Une absence permettant de montrer les difficultés pour un couple lorsqu’un seul de ses éléments a connu un tel drame. Un problème que connait aussi Thomas avec sa femme, lui qui était dans la brasserie pour fêter l’anniversaire d’un collègue, lui qui a été touché dans sa chair, mais qui, avec humour, va aider Mia dans sa reconstruction du puzzle que constitue pour elle cette soirée, lui avec qui Mia va tisser des liens très forts. Autre figure très attachante, Félicia, une jeune femme dont les parents sont morts, qui a besoin de retrouver ce qu’ils ont vu avant de mourir et avec qui Mia va avoir une relation quasiment maternelle. Sans oublier cette femme qui reconnait Mia et qui l’accuse d’être allée s’enfermer à clé dans les toilettes pendant la fusillade. Quant à cette main si importante pour Mia, elle va nous permettre de nous intéresser aux sans papiers qui sont si nombreux à travailler dans la restauration à Paris, tous ces cuistots sénégalais, maliens ou sri-lankais qu’on surnomme les photocopieurs tant leur habileté est grande pour refaire les plats à la perfection et dont l’un d’eux dit  : si nous nous mettions en grève, on ne pourrait plus manger à Paris.

Virginie Efira crève l’écran

Depuis une dizaine d’années, on voit beaucoup Virginie Efira sur nos écrans. De mauvaises langues vont même jusqu’à dire que, à l’instar d’Isabelle Huppert, on la voit trop. Toutefois, une chose est sûre : le rôle de Mia lui va comme un gant et c’est peut-être, à ce jour, le meilleur de toute sa carrière. A ses côtés, Benoît Magimel démontre une fois de plus de grandes qualités dans le rôle de Thomas, un rôle qui demande de cumuler humour et grande force de caractère face aux conséquences non seulement psychiques mais aussi physiques de l’attentat. Rôle difficile mais bien interprété pour Grégoire Colin, celui, très ambigu de Vincent, le mari de Mia. Pour Alice Winocour, Paris est un personnage important de son film et, dans ce contexte, le choix du Directeur de la photographique était très important. Elle ne s’est pas trompée en faisant appel à Stéphane Fontaine, un Directeur de la photographie très expérimenté qui, en particulier, a beaucoup travaillé avec Jacques Audiard.

Conclusion

Avec Revoir Paris, Alice Winocour a réalisé son film le plus abouti, un film remarquablement mis en scène, très documenté, émouvant et passionnant de bout en bout. Virginie Efira interprète de façon magistrale le rôle de Mia, peut-être son plus beau rôle dans une carrière déjà très riche. Le reste de la distribution est à l’avenant, avec, en particulier de belles prestations de la part de Benoît Magimel et de Grégoire Colin.

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