Critique : My favorite war

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My favorite war

Lettonie, Norvège : 2020
Titre original : –
Réalisation : Ilze Burkovska Jacobsen
Scénario : Ilze Burkovska Jacobsen
Distribution : Destiny Films
Durée : 1h22
Genre : Animation, documentaire
Date de sortie : 27 octobre 2021

3/5

Ilze Burkovska Jacobsen est une réalisatrice lettone qui, aujourd’hui, mariée à Trond Jacobsen, producteur de son film, partage sa vie entre la Lettonie et la Norvège. Avant My favorite war, elle avait réalisé 9 documentaires et 20 heures de séries d’animation/documentaire pour la télévision. Elle a travaillé pendant 9 ans sur My Favorite war et elle a su s’entourer de créateurs de talent, tel le dessinateur, auteur et illustrateur de livres pour enfant norvégien Svein Nyhus et l’artiste lettone, établie au Danemark, Laima Puntule. My favorite war a obtenu le Prix Contrechamp et le Prix SensCritique lors du dernier Festival du film d’animation d’Annecy qui s’est déroulé en ligne en juin dernier.

Synopsis : Dans les années 70, la Lettonie est une République Socialiste Soviétique. Ilze, la réalisatrice, nous raconte son enfance en pleine guerre froide, sous un puissant régime autoritaire. D’abord fervente communiste, elle aiguise tant bien que mal son esprit critique face à l’endoctrinement national. Mais c’est l’adolescence qui lui permet enfin de conquérir une véritable liberté de pensée !

Une bonne petite écolière communiste

Ce n’est pas tout le monde qui se targue d’avoir une guerre préférée. Pour Georges Brassens, on le sait, c’est la guerre de 14-18. Pour la réalisatrice lettone Ilze Burkovska Jacobsen, c’est la seconde Guerre Mondiale, et ce documentaire autobiographique nous fournit l’explication de cette préférence : née en décembre 1971 en Lettonie, Ilze a vu sa jeunesse se dérouler dans un pays qui faisait partie de l’Union des Républiques Socialistes Soviétiques, un pays dirigé par le Parti Communiste qui n’avait de cesse de rappeler que, durant la seconde guerre mondiale, l’URSS avait permis au pays de vaincre les nazis et  leur idéologie délétère, tout en mettant en garde contre le péril représenté par un retour insidieux du fascisme. Durant toute sa jeunesse, Ilze s’est retrouvée partagée entre l’amour pour son père, membre du Parti Communiste, et celui pour son grand-père maternel, considéré, en tant que fermier possédant sa propre terre, comme étant un ennemi de l’état. De son père, que Ilze a perdu alors qu’elle n’avait que 7 ans, elle pense, avec le recul, qu’il avait utilisé l’armure du parti afin d’apporter des moments de bonheur au peuple. Quant à son grand-père, elle se souvient de ce qu’il lui avait dit avant d’être déporté en Sibérie : « qui veux tu devenir, une tomate, rouge de partout, ou un radis, rouge uniquement à l’extérieur ? ». Il se trouve, en effet, que durant toute sa jeunesse, Ilze a poursuivi un rêve, devenir journaliste, et que cette poursuite impliquait un comportement irréprochable à l’école. Ilze a donc été une bonne petite écolière communiste puis une bonne lycéenne communiste. Cela signifie qu’elle a non seulement été acceptée parmi les pionniers, dans l’organisation de la jeunesse communiste de l’Union Soviétique, mais qu’elle est devenue à 10 ans leader de l’équipe des pionniers de son école. Cela signifie qu’elle a fait publier des articles, une nécessité pour être admise à l’Université, qu’elle a travaillé à l’organisation de l’aide sociale, une nécessité pour être admise à l’école de journalisme. Cela signifie aussi qu’elle a représenté la Lettonie dans le plus prestigieux camp de l’Union Soviétique, en Crimée, et qu’elle en était très fière. A l’instar de son père, elle aidait les autres, pensait-elle à l’époque, alors qu’aujourd’hui, elle pense qu’elle était en train de jouer selon les règles du Parti.

Eveiller la conscience politique et citoyenne des jeunes

C’est avec l’espoir que son film contribuerait à éveiller la conscience politique et citoyenne des jeunes alors qu’en Europe certaines démocraties sont à nouveau sous la pression de dirigeants autoritaires et de mouvements nationalistes que Ilze Burkovska Jacobsen s’est lancée dans la réalisation de My favorite war. Il faut sans doute voir dans cette profession de foi le fait que, pour elle qui n’a réussi à  penser par elle-même et à dire ce qu’elle pensait qu’à l’âge de 17 ans, l’endoctrinement étatique est toujours nuisible, qu’il vienne du Parti Communiste de sa jeunesse ou des gouvernements actuels de pays comme la Russie, la Hongrie ou la Pologne. D’autant plus nuisible lorsque c’est la jeunesse qui est visée par cet endoctrinement étatique, par exemple sous la forme d’une série TV comme « Quatre tankistes et un chien », produite en Pologne dans les années 60 et dans laquelle un mélange d’amitié, d’humour et de patriotisme donnait aux enfants comme Ilze le sentiment qu’il était possible et même souhaitable d’aimer une guerre comme la deuxième guerre mondiale dans laquelle, à la fin, c’était les gentils qui triomphaient. Très vite, il est apparu à Ilze qu’un film d’animation était le seul moyen de raconter son histoire de la façon dont elle désirait la montrer. Un film d’animation dans lequel interviendraient, à doses homéopathiques, des images d’archive, des photos de famille, et des images filmées contemporaines. Un autre choix s’est imposée à elle : l’utilisation de l’anglais dans la version du film destinée au public international, tout en demandant aux acteurs lettons de se lâcher totalement en matière d’accent letton dans leurs dialogues en anglais. 

Un gros travail d’équipe

Un film comme My favorite war ne peut qu’être le fruit d’un gros travail d’équipe. Ilze Burkovska Jacobsen tenait à ce que le norvégien Svein Nyhus, auteur et illustrateur de livres pour enfants, soit l’artiste conceptuel de son film, et que l’artiste lettone Laima Puntule soit responsable de la réalisation des arrière-plans. Quant à la réalisation proprement dite, avec toute la partie animation, elle a été effectuée par une équipe lettone dans un studio de Riga. Certains ne manqueront pas de faire la fine bouche face à un graphisme somme toute assez sommaire. On pourra leur rétorquer qu’il n’est pas indispensable, voire qu’il peut être déplacé, de rechercher la perfection artistique sur un sujet comme celui que traite My favorite war. Quant à la voix off, celle de la réalisatrice racontant son histoire, elle n’est jamais redondante avec les images et il eut été difficile de faire sans !

Conclusion

Ilze Burkovska Jacobsen n’a pas tout à fait réalisé son rêve de jeunesse : elle n’est pas devenue journaliste, son niveau dans la langue écrite de la Norvège, pays dans lequel elle avait choisi de terminer ses études, n’étant pas suffisant pour étudier et pratiquer le journalisme. On peut considérer toutefois, qu’en réalisant un film comme My favorite war, elle ne s’est pas considérablement éloignée de ce métier de journaliste qui représentait tant pour elle.

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