Critique : Michel-Ange

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Russie, Italie : 2019
Titre original : Il peccato
Réalisation :
Scénario : Andreï Kontchalovski,
Interprètes : , ,
Distribution :
Durée : 2h14
Genre : Biopic, Drame, Historique
Date de sortie :  21 octobre 2020

4/5

On a toujours un peu de mal à se rappeler que le réalisateur Andreï Kontchalovski est le frère ainé d’un autre réalisateur, Nikita Mikhalkov. Tous deux sont les fils d’un poète et écrivain célèbre, Sergueï Mikhalkov, mais Andreï a choisi de prendre comme pseudonyme le nom de son grand-père maternel, le peintre Piote Kontchalovski. Andreï Kontchalovski a connu l’URSS et la Russie, mais aussi les Etats-Unis, pays dans lequel il a vécu une dizaine d’années et réalisé une demi-douzaine de films. Coscénariste en 1966 de Andreï Roublev avec son réalisateur, Andreï Tarkovski, Kontchalovski revient un peu plus de 50 plus tard, avec Michel-Ange, aux relations entre un artiste et le pouvoir. Un film concentré sur une période charnière de la vie de Michel-Ange.   

Synopsis : Michel Ange à travers les moments d’angoisse et d’extase de son génie créatif, tandis que deux familles nobles rivales se disputent sa loyauté.

Quelques années de la vie d’un génie

La pandémie de Covid-19 vient de nous le rappeler : l’existence d’un artiste n’est pas toujours facile ! A la Renaissance, les revenus des artistes dépendaient le plus souvent du bon vouloir de mécènes et il était préférable, pour un artiste, d’avoir de bons rapports avec celui ou celle qui l’avait engagé, puis avec celui ou celle qui lui succédait. Mais comment faire, à la place de Michel-Ange, lorsque les commandes viennent de la papauté, que Jules II, membre de la famille Della Rovere, le Pape pour lequel vous travaillez, vient de mourir et qu’il est remplacé par Léon X, membre de la famille des Médicis, principale rivale des Della Rovere ? Un contrat signé avec les Della Rovere vous oblige à ne pas accepter d’autre commande tant que le tombeau de Jules II n’est pas terminé et voilà que le nouveau Pape vous oblige, moyens de pression à l’appui, à réaliser la façade de la basilique San Lorenzo de Florence. La réalisation de Michel-Ange a amené Andreï Kontchalovski à réfléchir, une fois de plus, à son statut d’artiste, lui qui a travaillé dans l‘URSS de Brejnev, aux Etats-Unis et dans la Russie de Poutine. « Nous, les artistes, ne sommes pas le pouvoir, nous sommes ses serviteurs car nous avons besoin d’argent. Je suis libre dans ce que je fais mais pas dans mes rapports avec les pourvoyeurs d’argent ». Pour lui « la plupart des grands chefs d’œuvre ont été créés avec la censure. Beaucoup d’œuvres majeures sont nées pendant les guerres, les maladies, les désastres. »

Parmi les artistes de la Renaissance, Michel-Ange est, à juste titre, un des plus célèbres. Cet artiste de génie qui fut sculpteur, peintre, poète et architecte, nous est montré comme étant par ailleurs un homme de la Renaissance tout à fait ordinaire, avec ses superstitions et son mysticisme, avec ses qualités humaines et ses parts d’ombre. Un homme dont la famille vit à ses crochets, un homme vivant très chichement tout en accumulant l’argent et de façon loin d’être toujours honnête, un homme orgueilleux qui, en matière d’art, n’accepte que la perfection, un artiste jalousé tout en étant reconnu par ses pairs. Lorsque le film nous fait rencontrer Michel-Ange, il est filmé de dos, cheminant au cœur d’un paysage typiquement toscan avec ses cyprès si caractéristiques et maugréant contre Florence « Qu’est-ce qui justifie ton orgueil ? Tu es une putain ». Florence, qui a banni Dante, celui que Michel-Ange admire entre tous et dont il connait « L’enfer » par cœur. Florence, qui, pour Michel-Ange, a trahi tous ceux qui l’ont aimé. Plus tard, ce sera Rome qui sera l’objet d’une objurgation de sa part : « On n’y croise que des prêtres, des pèlerins et des prostituées ». Florence, Rome, deux villes rivales dans ce début du 16ème siècle, deux villes qui se disputent les grands artistes de l’époque. On est en 1512 et Michel-Ange vient de terminer une de ses œuvres majeures, les fresques du plafond de la chapelle Sixtine, dans les palais pontificaux du Vatican. Une œuvre commandée par Jules II et qui lui a pris 4 longues années, l’empêchant d’avancer dans la réalisation d’une autre œuvre commandée par ce Pape, son tombeau. Quelle que soit l’œuvre sur laquelle il travaille, Michel-Ange veut à tout prix se rapprocher de la perfection et c’est ainsi qu’il se met dans la tête de mettre la main sur le bloc de marbre le plus parfait, quitte à surenchérir sur un concurrent qui l’avait retenu, un bloc aux dimensions impressionnantes, surnommé « le monstre », un bloc qu’il va vouloir en entier, sans aucune découpe, ce qui nécessitera des trésors d’inventivité et la mort d’un homme pour arriver à le faire descendre de la montagne.

La véritable saveur de la Renaissance

Plutôt que mythifier son sujet, plutôt que de se complaire dans la beauté la plus absolue, le réalisateur s’est efforcé de retranscrire la véritable saveur de la Renaissance. « Je ne veux pas de jolis portraits, je veux des gens avec des vêtements sales, couverts de vomi et de salive. L’odeur doit traverser l’écran et atteindre les spectateurs », tel était son crédo. Cela ne signifie pas que les images soient d’une laideur repoussante, non. Cela signifie que l’on voit des rues dans lesquelles règne la saleté, avec des habitants qui jettent par la fenêtre le contenu de leurs vases de nuit et des chiens qui attaquent les passants. Parmi les gens du peuple, peu nombreux sont ceux qui savent lire et, quand ils en sont capables, c’est avec beaucoup d’hésitations. Quant aux rapports entre les artistes, ils montrent que la compétition entre eux est le plus souvent très rude, que le plagiat est monnaie courante, et, concernant ce que Michel-Ange pense de ses collègues, il suffit d’écouter ce qu’il en dit en s’adressant à Sansovino : « Vous tous, De Vinci, Raphaël, Le Perugin, Pinturicchio, mais surtout toi, vous êtes aussi rances que du lait caillé. Vous n’avez pas cette force, cette force titanesque. Tu es médiocre, sans talent ».

Un art collectif

On a un peu trop souvent tendance à l’oublier mais le cinéma est un art collectif. Certes, Michel-Ange est un film DE Andreï Kontchalovski, mais, si il doit beaucoup à son réalisateur, il doit également beaucoup à , le chef décorateur, qui avait la responsabilité de recréer fidèlement les rues, les tavernes, les maisons privées, les résidences de la noblesse, etc.. Il doit beaucoup à , le chef costumier, qui, tout comme les coiffeurs et les maquilleurs, a cherché à respecter l’exactitude historique en s’inspirant de dessins, de gravures et de vêtements d’époque. Très important aussi, on s’en doute, le rôle du Directeur de la Photographie, tenu par qui a accompagné Kontchalovski sur ses 3 derniers films.

Et puis, bien sûr, il y avait le choix des comédien.ne.s et des figurant.e.s. Le réalisateur souhaitait que les gens de Carrare soient de Carrare, que les toscans soient des toscans, il voulait des visages expressifs qui racontaient une histoire. Concernant l’interprète de Michel-Ange, il était impératif qu’il ressemble vraiment aux portraits de l’artiste. Le choix s’est porté sur Alberto Testone, dentiste de formation, reconverti dans le théâtre et le cinéma, mais n’ayant jusque là tenu qu’une seule fois le rôle principal dans un film : celui de Pier Paolo Pasolini dans Pasolini, la verità nascosta de Federico Bruno. La réussite est au rendez-vous.

Conclusion

On se félicite que Andreï Kontchalovski ait choisi de concentrer son film consacré à Michel-Ange sur une période relativement courte de la vie de ce très grand artiste, un choix qui permet de donner un portrait complet de la personnalité de l’homme tout en évitant le papillonnage et de trop fréquentes ellipses. Le réalisateur avait pour objectif de capturer la véritable saveur de la Renaissance : des spécialistes ne tarderont pas à nous donner leur avis, mais, à la vision du film, on a l’impression que l’objectif recherché a été atteint.

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