Critique : Le Vagabond du Sexe

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le-vagabond-du-sexe-01Le Vagabond du Sexe

Japon, 1967
Titre original : Sei no horo
Réalisateur : Koji Wakamatsu
Scénario : Koji Wakamatsu
Acteurs : Hatsuo Yamaya, Kumiko Ara, Rika Mizuki
Distribution : –
Durée : 1h20
Genre : Drame
Date de sortie : –

4/5

Sous son titre un brin racoleur, Le Vagabond du sexe relève plus de l’expérimental que du roman rose. Ce film inattendu et passionnant est l’une des nombreuses grandes œuvres du réalisateur japonais prolifique Koji Wakamatsu. En 2011, quelques mois avant sa disparition, un hommage lui avait été rendu à la Cinémathèque Française qui projette à nouveau ce grand moment de cinéma ce mercredi 23 septembre à 14h30 dans le cadre de la rétrospective qui accompagne l’exposition L’écran japonais, 60 ans de découvertes, présentée jusqu’en juin 2017 qui présente les plus belles pièces japonaises de sa collection, des kimonos de La Porte de l’Enfer et de Kagemusha aux peintures originales à l’encre et aquarelle du dernier chef décorateur de Kenji Mizoguchi en passant par des affiches et photos de films.

Synopsis : Un homme quitte Tokyo et son épouse pour aller dans une ville de la côte : il a décidé d’oublier sa famille et la société.

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L’évaporation d’un homme

Pré-générique mystérieux. De drôles de cris se font entendre, entre incantations et chants à la Yoko Ono, entre cris de douleurs et de plaisir, le tout dans un noir complet à l’écran. Un démarrage vraiment intriguant, pour le moins. Le décor récurrent de barres de cités urbaine, le quartier fétiche des films de Koji Wakamatsu et on arrive dans l’appartement confiné d’un homme et d’une femme dans une relation houleuse. Elle lui fait des reproches. Coupure soudaine et l’homme se réveille dans un train, dont il descend dans une gare qu’il ne connaît pas. Que fait-il là, loin de chez lui ? Il ne le sait pas. Un Very Bad Trip pour cet homme (joué par l’acteur de Quand l’embryon part braconner ou le gynécologue de Birth Control Revolution). Il se remémore petit à petit son passé, de cadre qui en assez de son métier et qui, dominé par sa femme, n’est plus satisfait par sa vie de couple. Après une nuit de beuverie, il semble qu’il a changé soudainement de train mais ses souvenirs ne sont pas clairs. Ils n’apparaissent qu’en photos fixes, comme pour souligner sa peine à les retrouver et la possibilité qu’ils soient erronés. Il se laisse vagabonder sur la plage, sans but précis. Il mate un couple nu, l’homme cachant sans cesse son sexe, la femme ne se donnant pas cette peine, la pellicule est en effet grattée aux endroits qui pourraient laisser passer un peu trop de poils. La pudeur japonaise dans sa splendeur. Scène accompagnée d’une ritournelle à la Michel Legrand (di dou bi da, bi dou) qui se laissera entendre à plusieurs reprises, pour le plus grand plaisir de nos oreilles de mélomanes.

L’homme dont l’indécision paraît de plus en plus folle se décide finalement à reprendre le train pour retourner chez lui. Mais rester sagement à attendre le prochain départ prévu dans une heure n’est pas sa tasse de thé. Il se promène à nouveau et tombe sur la femme de la plage, une prostituée occasionnelle qui lui propose de passer la soirée avec lui. Et là son impuissance à s’exprimer avec son épouse se reflète en parallèle avec celle d’honorer sa compagne d’un soir. Inhibé par la prostitution ou les femmes en général ? Qu’importe, la femme s’en va, payée comme il se doit et se plaignant de la nullité des hommes de la ville. Suivent ensuite une successions de rencontres improbables où cet homme ‘évaporé’, tel qu’il est dénommé à plusieurs reprises, poursuit son évasion d’un quotidien insupportable.

Comme un rêve…

Koji Wakamatsu filme ce trajet comme un rêve, avec sa dose de coupures brusques de séquences, dont une où il aborde une jeune femme et lorsqu’il l’attrape, ce n’est plus une jeune étudiante à la campagne mais une autre dans un cadre urbain dans un enchaînement tel qu’on peut en voir en rêve. Il rencontrera dans ce week-end prolongé, qui se révélera – si on doit prendre cette explication à la lettre – durer en fait des mois, des personnalités variées, enfin pas tant que cela, un assassin fou évadé (le leader traître de Sex Jack) qui tuera au sabre un policier ou une star de cinéma qui l’abandonnera sans argent dans un café. Lieu où il devra faire la plonge avant de fuir avec la serveuse qui aura volé entre temps la caisse et l’abandonnera pour un camionneur, qui lui même lui piquera l’argent sale. D’incessants sauts du coq à l’âne rendent ce film fou qui semble démontrer que fuir une vie honnie n’est pas vraiment possible si on ne se fuit pas également soi-même. Ses tentatives de viol sont avortées, car agir ne lui est plus possible. Il abandonne, en fait, de façon régulière. Même celle dont il dit en voix intérieure qu’il va la violer (une «pute pour camionneurs»), il va se contenter de lui chaparder quelques petites centaines de yens.

 

Conclusion

Un rêve éveillé de Koji Wakamatsu, dont il est difficile de séparer le réel de l’imaginé, soulignant le désarroi de son interprète principal. Piscine sans eau suit le même schéma complexe et assez fascinant. Il joue avec le quatrième mur, créant encore plus le trouble et annonçant le futur film de Shohei Imamura, L’évaporation de l’Homme, sur un sujet proche.

https://youtu.be/wxAvOGJfdKk

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