Critique : Le chant des vivants

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Sherif

Le chant des vivants

France : 2021
Titre original : –
Réalisation : Cécile Allegra
Scénario : Cécile Allegra
Interprètes : Cécile Allegra, Mathias Duplessy
Distribution : La Vingt-Cinquième Heure
Durée : 1h22
Genre : Documentaire
Date de sortie : 18 janvier 2023

3.5/5

Synopsis : Survivants de la longue route, Bailo, Egbal, Chérif et les autres arrivent dans le village de Conques, en Aveyron. Là, une association, Limbo, permet au groupe de se poser un temps. Tous ont enseveli la mémoire de leur exil. Grâce à un travail musical, ils vont tenter de faire ressurgir cette parole murée sous la forme d’une simple chanson.

Une renaissance par le chant

Conques, Aveyron, un des plus beaux villages de France, particulièrement renommé pour son abbatiale Sainte-Foy et comme étape importante pour les pèlerins de Compostelle. Un minibus dépose de nuit dans le village un petit groupe de jeunes africaines et africains. Des pèlerins marchant vers l’Espagne ? Peu probable : on les a vus partir de Paris en train et arriver à Conques dans ce minibus. Avec beaucoup de douceur et de tact, la réalisatrice va amener le spectateur à comprendre pourquoi elles et ils sont là. Très vite, on assiste à des entrevues en tête à tête entre Cécile Allegra et les membres de ce petit groupe : elles ou ils se confient sur les évènements qui leur sont arrivés, Cécile prend des notes. Il est beaucoup question de la Libye, de l’enfer que représente ce pays pour celles et ceux qui ont dû passer par ce pays pour rejoindre l’Europe. Pire que l’enfer, même, car « pour entrer dans l’enfer, tu dois avoir fait quelque chose qui mérite l’enfer et, nous, on a fait que voyager. Tout le monde a le droit de voyager ! Qu’est-ce que j’ai fait pour être violé.e, pour être frappé.e, pour être maltraité.e, pour ne pas avoir à manger pendant plusieurs jours, pour rester 6 mois sans me laver ? ».

Venant d’Erythrée, du Soudan, de Somalie, de Guinée Conakry, du Nigéria, de RDC, ces africains et ces africaines qui se racontent, parfois difficilement, auprès de Cécile Allegra sont des migrant.e.s qui ont connu l’enfer de la Lybie. Et voilà que leurs paroles pleines d’émotion leur permettent de donner naissance à des chansons avec l’aide du musicien Mathias Duplessy. On sent que le poids de la douleur qui envahissait ces hommes et ces femmes se transfère petit à petit dans ces chansons lesquelles prennent de plus en plus de substance. Leurs auteur.e.s et interprètes prennent de plus en plus d’assurance, elles et ils  s’ouvrent de nouveau à la vie.

La réalisatrice Cécile Allegra a choisi de ne pas donner de précision sur ce qui constitue l’environnement de ce film qui a obtenu des récompenses dans de nombreux festivals et qui a été diffusé sur France 3 en juin dernier. A-t-elle eu raison, a-t-elle eu tort ? De toute façon, c’est son choix ! Toutefois, peut-être serez vous intéressé.e de savoir que cette documentariste franco-italienne a réalisé plusieurs films sur l’exil et le trafic d’êtres humains, qu’elle a été couronnée du Prix Albert Londres en 2015 pour son long métrage documentaire Voyage en Barbarie, consacré au trafic d’êtres humains dans le Sinaï, des Erythréens pour la plupart, et qu’elle a ressenti en 2016 le besoin de créer Limbo, une association ayant pour but de « réparer » des survivants du trafic et de la torture en Lybie, des jeunes hommes et des jeunes filles souffrant de grave stress post-traumatique suite aux graves violences et violations des droits humains qu’elles et ils ont subies.

Depuis sa création, six fois par an, durant les congés scolaires, l’association accompagne à Conques une dizaine de ces survivant.e.s hébergé.e.s dans des Centres d’Accueil pour Demandeurs d’Asile, et, chaque jour, dans « ce village où le temps passe lentement », elles et ils participent à des ateliers d’art-thérapie autour de la danse, de la musique ou du théâtre. Le chant des vivants a été tourné durant 3 séjours d’un tel groupe, le premier durant un automne, le deuxième durant l’hiver suivant, le troisième durant l’été. Les alentours de Conques changent d’aspect au cours des saisons, la libération progressive de leur parole, la mise en chanson de leurs mots, arrivent à faire que ces survivants redeviennent des vivants. Ce qu’on entend à la fin du film, c’est vraiment … le chant des vivants !

 


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