Critique : La communion

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Pologne : 2019
Titre original : Corpus Christi
Réalisation :
Scénario :
Interprètes : , ,
Distribution :
Durée : 1h58
Genre : Drame
Date de sortie : 4 mars 2020
Date de reprise : 22 juin 2020

4/5

La communion est le 3ème long métrage du réalisateur polonais Jan Komasa. Un film qui a rencontré un très gros succès en Pologne, qui a reçu le label Europa Cinémas aux Venice days de la Mostra de Venise 2019 et qui faisait partie cette année de la sélection finale de 5 films pour l’Oscar du meilleur film international. Un film d’une grande force qui parle de la foi, du pardon et du droit à une seconde chance.

Synopsis : Daniel, 20 ans, se découvre une vocation spirituelle dans un centre de détention pour la jeunesse mais le crime qu’il a commis l’empêche d’accéder aux études de séminariste. Envoyé dans une petite ville pour travailler dans un atelier de menuiserie, il se fait passer pour un prêtre et prend la tête de la paroisse. L’arrivée du jeune et charismatique prédicateur bouscule alors cette petite communauté conservatrice.

L’habit peut-il faire le moine ?

Des individus qui trompent leur monde en se faisant passer pour ce qu’ils ne sont pas, cela arrive régulièrement dans la vraie vie, et, par conséquent, cela arrive également dans le cinéma. On pourrait penser qu’il n’est pas facile de se faire passer, avec succès, pour un prêtre lorsqu’on n’a que 20 ans et que l’on n’est jamais passé par un grand séminaire : comment arriver, dans ces conditions, à être crédible lorsqu’on est amené à célébrer des messes, des mariages, des baptêmes et des enterrements ? C’est pourtant le sujet de La communion et le film s’inspire d’un événement qui s’est réellement déroulé en Pologne : un jeune homme a réussi à se faire passer pour un prêtre pendant 3 mois ! Le journaliste Mateusz Pacewicz avait couvert ce fait-divers et il en a tiré le scénario de La communion, en ajoutant 2 éléments très importants : Daniel, le faux prêtre du film, sort d’un centre de détention pour mineurs dans lequel il avait été envoyé pour un meurtre commis à l’âge de 15 ans ; le village dans lequel il est amené à officier a connu une tragédie peu de temps auparavant : un accident de la route qui avait fait 7 morts et entrainé le rejet d’une habitante du village par le reste de la communauté.

De la part du réalisateur et du scénariste, le choix a été fait, et c’est heureux, de ne pas répondre de façon péremptoire à la question que l’on ne peut pas ne pas se poser : ce désir affiché dès le centre de détention de devenir prêtre est-il totalement sincère ou bien s’agit-il d’un subterfuge destiné à hâter sa remise en liberté ? Toujours est-il que le crime qu’il a commis ne lui permet pas, a priori, d’accomplir ce « désir » et c’est le hasard qui va l’aider dans sa démarche. Et c’est lui, le criminel, qui va être amené à recevoir en confession les péchés des villageois, c’est de lui que va venir le pardon. C’est lui qui doit convaincre la communauté villageoise de pratiquer le pardon alors que cette même communauté serait incapable de lui pardonner si elle apprenait la vérité sur son imposture. C’est pourtant lui, le jeune homme qui n’est jamais passé par le grand séminaire, qui va permettre au village de retrouver la sérénité.  Quelles sont les qualités principales d’un prêtre ? La mise en pratique de ce qu’il a appris au grand séminaire ou bien ses qualités de psychologue, son habileté innée à résoudre les conflits ?

Des choix forts et judicieux

Dans sa réalisation, Jan Komaza a fait des choix très forts et qui, au vu de l’atmosphère que le film dégage, s’avèrent au final très judicieux.  Il y a d’abord le choix de tourner presque tout le film en plans fixes : le fait d’avoir des personnages en quelque sorte prisonniers à l’intérieur d’un cadre contribue à donner une atmosphère plutôt oppressante. Une atmosphère qui correspond à l’état d’esprit de Daniel, qui se sait usurpateur, qui est chargé  d’accorder la pardon à des pécheurs et qui, sans doute, aimerait avant tout s’accorder le pardon à lui-même.

Cette impression d’atmosphère oppressante est renforcée par le choix de couleurs majoritairement sombres et d’une lumière souvent blafarde. Seuls moments échappant aux plans fixes, le début et la fin du film, des scènes en milieu carcéral, un milieu dans lequel il est donc inutile d’ajouter un effet créant artificiellement une impression d’enfermement. En fait le crédo de Jan Komaza est assez simple : « À décor figé, caméra mobile et à décor en mouvement, caméra fixe ». Par ailleurs, le réalisateur utilise beaucoup les gros plans sur les visages dans le but affiché de permettre aux spectateurs de mieux s’identifier aux personnages.

L’éclosion d’un très grand comédien

La communion est un film dans lequel le rôle principal, celui de Daniel, est en permanence présent à l’écran. Autant dire que le choix du comédien chargé d’interpréter ce rôle était important. Le choix s’est porté sur Bartosz Bielenia, un comédien ayant commencé par le théâtre mais ayant déjà une certaine expérience du cinéma. Un choix qui nous permet d’assister à l’éclosion d’un très grand comédien. Le fait, qu’au moment du tournage, l’âge de Bartosz Bielenia ait été supérieur de 6 ans à celui du rôle s’est révélé être  beaucoup plus un avantage qu’un inconvénient. Tout d’abord parce que, physiquement, le spectateur ne s’en rend pas compte ; ensuite, ces 6 années « en plus » ont permis au comédien d’avoir une plus grande maturité. En amont du tournage, il a beaucoup travaillé son rôle, lisant de nombreux ouvrages sur la religion catholique ainsi que les Encycliques rédigées par Jean-Paul II et le Pape François. Une maturité et un travail qui, in fine, lui ont permis d’improviser les scènes de messe.

Conclusion

Avec l’Irlande, la Pologne est le pays européen dans lequel la religion catholique a conservé le plus d’importance sur la vie des citoyens. Dans certaines régions de ce pays, dans de nombreux villages, le prêtre a toujours un rôle prépondérant quant à la façon de penser et de se comporter de la communauté. C’est dans un tel village, moralement très conservateur, que le scénariste Mateusz Pacewicz et le réalisateur Jan Komaza introduisent un ancien meurtrier de 20 ans usurpant la fonction de prêtre. C’est avec beaucoup de compassion et d’empathie que ce microcosme singulier est observé, sans jugement péremptoire, avec un espoir de rédemption au bout du chemin. Un film passionnant qui marque fortement les esprits.

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