Critique : Gabriel et la montagne

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Gabriel et la montagne

Brésil : 2017
Titre original : Gabriel e a montanha
Réalisation : Fellipe Barbosa
Scénario : Fellipe Barbosa, Lucas Paraizo, Kirill Mikhanovsky
Acteurs : João Pedro Zappa, Caroline Abras, Alex Alembe
Distribution : Version originale / Condor
Durée : 2h07
Genre : Aventure, drame
Date de sortie : 30 août 2017

3/5

Présenté à la Semaine de la Critique de Cannes 2017, Gabriel et la montagne est le deuxième long métrage de fiction du brésilien Fellipe Barboza. De fiction ? En fait, pas vraiment ! En effet, dans ce film, Barboza s’est attaché à partir sur les traces de Gabriel Buchmann, un ancien camarade de classe qui avait décidé d’interrompre ses études pendant un an afin d’entreprendre un tour du monde. Il a donc scénarisé la dernière partie de ce périple, utilisé quelques comédiens professionnels et s’est efforcé de retrouver les vraies personnes que Gabriel avait alors rencontrées.

Synopsis : Avant d’intégrer une prestigieuse université américaine, Gabriel Buchmann décide de partir un an faire le tour du monde. Après dix mois de voyage et d’immersion au cœur de nombreux pays, son idéalisme en bandoulière, il rejoint le Kenya, bien décidé à découvrir le continent africain. Jusqu’à gravir le Mont Mulanje au Malawi, sa dernière destination.

Le voyage de Gabriel

Dès le début de Gabriel et la montagne, on connait l’issue tragique qu’a eue la pérégrination de Gabriel Buchmann autour du monde : on découvre son corps sur les flancs du Mont Mulanje, au sud du Malawi. Ce jeune homme, Fellipe Barboza l’a eu comme camarade de classe et comme ami et il va reconstituer pour nous la fin de son parcours. C’est donc tout un périple de ce franco-brésilien, étudiant en économie politique, que nous suivons : Kenya, Tanzanie (avec l’ascension du Kilimandjaro), Zambie et Malawi. Un périple dans lequel Gabriel montre, dans ses rapports avec les populations locales, combien sa conception du tourisme est très éloignée de celle de la très grande majorité de ses contemporains. Un périple au cours duquel il est accompagné pendant plusieurs jours par Cristina, une « copine » qu’il n’avait pas vue depuis plusieurs mois et avec laquelle il aime discuter de problèmes politiques et économiques.

Personnage plutôt sympathique, Gabriel est aussi un jeune homme présomptueux et trop sûr de lui, au point de refuser de prendre en compte les recommandations des populations locales et des autres touristes. Au point de vouloir monter au sommet du Mont Mulanje en un temps record sous prétexte que son visa va expirer et qu’il doit avoir quitté le Malawi le soir même. En un temps record et, qui plus est, sans le minimum vital en matière d’équipement : faire l’ascension du Mont Mulanje n’est certes pas un exploit majeur, mais le brouillard tombe parfois très vite, accompagné du froid, et il est préférable d’avoir aux pieds une paire de chaussures adaptées à la montagne plutôt qu’une paire de sandales !

Fiction ? Documentaire ?

Du jeune réalisateur brésilien Fellipe Barbosa, on savait, grâce à Casa Grande, son premier long métrage de fiction, qu’il pouvait se montrer très habile dans la peinture du milieu dont il est originaire : la bourgeoisie de Rio de Janeiro. Bien que tourné en Afrique, dans des paysages somptueux, Gabriel et la montagne reprend ce thème en s’intéressant à un jeune homme issu de ce même milieu, en nous le montrant très idéaliste et ouvert aux autres, quelle que soit leur couleur de peau, mais, en même temps, sûr de lui, de sa « supériorité d’homme blanc », un jeune homme d’une présomption qui, parfois, frise l’arrogance.

Avec beaucoup de patience et de passion, Fellipe Barbosa a cherché à rencontrer le maximum de gens ayant côtoyé Gabriel durant les 70 derniers jours de son existence. 7 ans après les faits, il a appris le décès de Gabriel à la plupart d’entre eux et il leur a demandé de jouer leur propre rôle dans son film. Fiction ? Documentaire ? Gabriel et la montagne présente les deux casquettes et, en rapportant aussi fidèlement que possible le comportement de Gabriel, pose une question qui n’a rien d’anodine : lorsqu’on voyage loin de chez soi, peut-on se comporter autrement qu’en touriste et, si oui, comment ?

La photo

On n’est pas étonné de constater que Pedro Sotero, le Directeur de la photographie, qui a su, sur Gabriel et la montagne, capter les très belles lumières de l’Afrique a travaillé également sur d’autres films très importants du renouveau brésilien : Les bruits de Recife, Casa Grande et Aquarius.

Quant aux acteurs professionnels que sont João Pedro Zappa, l’interprète de Gabriel, et Caroline Abras, l’interprète de Cristina, ils ont su trouver la justesse de jeu permettant de situer ce film entre fiction et documentaire.

Conclusion

Ce n’est pas une tâche de tout repos que Fellipe Barbosa a entreprise en se lançant dans ce film à mi chemin entre fiction et documentaire. Même si le film aurait gagné à être un peu plus court, avec un montage plus vif, on arrive à se laisser gagner par cette évocation d’un jeune homme plein de qualités mais dont le défaut principal était la surestimation de ses capacités, un défaut qui, dans certains cas, peut s’avérer mortel !

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