Critique Express : Rodeo

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Rodeo

France : 2022
Titre original : –
Réalisation : Lola Quivoron
Scénario : Lola Quivoron, Antonia Buresi
Interprètes : Julie Ledru, Yanis Lafki, Antonia Buresi
Distribution : Les Films du Losange
Durée : 1h45
Genre : Drame
Date de sortie : 7 septembre 2022

1.5/5

Synopsis : Julia vit de petites combines et voue une passion dévorante, presque animale, à la pratique de la moto. Un jour d’été, elle fait la rencontre d’une bande de motards adeptes du cross-bitume et infiltre ce milieu clandestin, constitué majoritairement de jeunes hommes. Avant qu’un accident ne fragilise sa position au sein de la bande…


Un film de plus sur des jeunes de banlieue

Jeune fille de banlieue, Julia cherche à s’introduire dans le milieu très particulier et presque exclusivement masculin du Cross Bitume avec ces motards qui se réunissent pour se livrer de façon clandestine à des « rodéos » à base de « wheelings » (« roue arrière » en français venant du Canada), cette pratique qui consiste à cabrer sa moto pour rouler sur la seule roue arrière tout en exécutant des figures. Dire qu’elle est mal accueillie relève de l’euphémisme. Mais, pour la bande dont le chef, Domino, est en prison, Julia a pour elle une très grande qualité : elle a l’art d’embobiner les vendeurs de motos d’occasion en leur donnant confiance lorsqu’elle exige de faire un essai de l’engin en vente, essai à la suite duquel les vendeurs, bien évidemment, ne la voient pas revenir. Une « qualité » qui va lui permettre de prendre du galon dans la bande.

Lorsque, en mai dernier, Rodeo, premier long métrage de la jeune réalisatrice Lola Quivoron, a été présenté à Cannes au sein de la sélection Un Certain Regard, ce qu’on appelle les rodéos urbains étaient loin d’avoir connu la couverture médiatique qui leur a été offerte durant l’été par Gérald Darmanin, le Ministre de l’intérieur. Maintenant, la question se pose : cette couverture médiatique va-t-elle profiter au film, ou, au contraire, lui nuire ? A cette première question, s’en ajoute une seconde : une polémique avait éclaté à Cannes lorsque la réalisatrice avait déclaré que les accidents autour de cette pratique étaient « causés par les flics qui prennent en chasse et qui poussent les riders vers la mort ». Quand cette polémique va ressortir, ce qui est presque certain, comment réagira le public potentiel ?

Et le film, dans tout cela, que vaut-il ? La réalisatrice a choisi un format scope de façon à enfoncer le clou en ancrant profondément son film dans l’univers de l’ouest américain, l’univers du western, l’univers des rodéos. Cela n’empêche toutefois pas Rodeo de n’être qu’un film de plus sur des jeunes des banlieues, sur leur désœuvrement, sur les « loisirs » virils de ces bandes et sur leurs trafics plus ou moins lucratifs. Un film de plus, donc, dont la seule particularité réside dans ces scènes de virtuosité motocycliste qui permettront peut-être au film d’avoir un public dont on peut seulement espérer qu’il ne reproduira pas dans les rues ce qu’il aura vu à l’écran !

Un film qui mérite également une remarque : Titane, l’an dernier,  Rodeo, cette année, deux films de jeunes réalisatrices françaises. On se réjouit de voir de plus en plus de films réalisés par des femmes et sélectionnés dans de grands festivals, mais n’est-on pas plutôt désireux d’avoir, grâce à leurs films, un contact avec l’univers féminin, plutôt que de se retrouver dans ce qu’il y a de pire dans l’univers masculin ?

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