A pied d’œuvre
France : 2025
Titre original : –
Réalisation : Valérie Donzelli
Scénario : Valérie Donzelli, Gilles Marchand, d’après le roman de Franck Courtès
Interprètes : Bastien Bouillon, André Marcon, Virginie Ledoyen
Distribution : Diaphana Distribution
Durée : 1h32
Genre : Comédie dramatique
Date de sortie : 4 février 2026
2.5/5
Synopsis : Achever un texte ne veut pas dire être publié, être publié ne veut pas dire être lu, être lu ne veut pas dire être aimé, être aimé ne veut pas dire avoir du succès, avoir du succès n’augure aucune fortune.
À Pied d’œuvre raconte l’histoire vraie d’un photographe à succès qui abandonne tout pour se consacrer à l’écriture, et découvre la pauvreté.
La pauvreté est-il le prix à payer pour être libre ? Cela pourrait être un sujet de philosophie posé au baccalauréat ! Peut-être même a-t-il déjà été posé. En tout cas, notre bon La Fontaine a apporté sa réponse dans « Le loup et le chien » : pour lui, c’est oui ! Par contre, en face, des voix s’élèvent, telle celle de Marie-Aleth Grard, Vice-présidente d’ATD Quart-Monde, pour affirmer que « La pauvreté, c’est la privation de liberté ». En tout cas, lorsque Paul décide d’abandonner son métier de photographe qui lui assure un bon revenu pour devenir écrivain, ce n’est pas dans le but de devenir pauvre et d’assurer ainsi sa liberté. D’ailleurs le premier livre qu’il a écrit a reçu de très bonnes critiques et il s’est relativement bien vendu. C’est la suite qui va l’amener petit à petit, contre son gré, dans la précarité, avec des critiques qui continuent d’être bonnes mais des ventes qui ne suivent pas et sa maison d’édition qui finit par refuser de publier son nouveau roman. Cette situation de pauvreté qui s’abat sur Paul le contraint à accepter de s’inscrire sur « Jobbing », un site Internet sur lequel les demandeurs d’emploi se disputent des propositions de services à domicile sous forme d’enchères inversées. Le but de Paul est de trouver quelque chose qui lui rapporte un peu d’argent en lui laissant toutes ses matinées pour écrire. On est heureux pour Paul : il arrive à organiser sa vie d’écrivain pauvre en multipliant les petits boulots, montant un meuble pour une bande de jeunes femmes, débarrassant un bourgeois du 16ème arrondissement des buis qui encombraient ses balcons, se transformant en chauffeur Uber, tondant une pelouse avec des ciseaux parce qu’il n’avait pas compris que lorsqu’il gagnait à une enchère inversée il devait arriver chez l’employeur avec les outils nécessaires. On est malheureux pour Paul parce que personne dans son entourage ne comprend son choix de vie, pas plus son père que celle qui était sa femme partie au Canada avec les enfants. Seul, un de ses fils, …
Et nous, spectateurs, comprenons nous ce choix de vie ? Les lecteurs du roman autobiographique de Franck Courtès dont le film est l’adaptation ont-ils compris ce choix de vie ? En fait, en voyant le film, en observant la dépendance à l’application de recherche de petits boulots subie par Paul, en constatant sa transformation en domestique anonyme et interchangeable, on en arrive vite à se demander où est la liberté dont se réclame Paul ! D’autant plus qu’on ne peut pas s’empêcher d’imaginer une option qui, nous semble-t-il, aurait pu donner davantage de satisfaction à Paul et à laquelle, en toute naïveté, on a tout à fait le droit de penser dans la mesure où on ne connait rien au métier de photographe : plutôt que de se transformer volontairement en Souleymane en alignant des petits boulots très souvent physiquement éprouvants et toujours mal payés, pourquoi, tout simplement, ne pas transformer son métier de photographe, un métier qu’il connait bien, en petit boulot, en choisissant de ne le faire qu’à mi-temps ? Curieusement, cette option n’a, semble-t-il, jamais été ne serait-ce qu’envisagée par Franck Courtès. On se félicite toutefois que cela permette au film de Valérie Donzelli de montrer l’ubérisation de notre société et de réfléchir sur l’attirance du monde contemporain pour le fait de donner une note à toutes nos actions. Ce film permet aussi d’ajouter une ligne de plus au très riche CV de Bastien Bouillon, remarquable dans le rôle de Paul.
















