Critique : Evolution

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France, 2016
Titre original : –
Réalisateur :
Scénario : Lucile Hadzihalilovic,
Acteurs : Max Brébant, ,
Distribution : Potemkine
Durée : 1h21
Genre : Fantastique, horreur
Date de sortie : 16 mars 2016

Note : 4/5

Aucun lieu de tergiverser, Lucile Hadzihalilovic est présentement l’une des réalisatrices les plus intéressantes en France. Il suffit de se souvenir d’, son premier long-métrage, sorti en 2004, où l’on suivait un récit d’initiation se déroulant dans une école coupée du monde. Ce film attestait déjà à l’époque d’une maîtrise formelle poussée ainsi que d’un imaginaire hétéroclite puisant dans diverses influences telles le conte de fées, le manga ou encore le cinéma-bis transalpin. Film unique, à l’atmosphère intrigante, Innocence avait considérablement marqué les esprits. Ryan Gosling ne s’en est d’ailleurs toujours pas remis au point d’embaucher le chef-opérateur, , pour son . Après un tel film, l’on aurait pu penser qu’un deuxième allait rapidement suivre. Cependant, au regard de la singularité du projet, allié à la frivolité des distributeurs actuels, la genèse d’Evolution fut, aux dires de quelques-uns, plus compliquée que prévue.

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Synopsis : Au sein d’une communauté insulaire dirigée par des femmes (et où il n’existe aucun homme adulte), un enfant (Nicolas) découvre un cadavre dans les profondeurs de la mer. Perturbé par cette trouvaille, Nicolas commence à douter de son entourage, ainsi que de sa mère. Cette dernière l’emmène fréquemment dans un hôpital délabré, sis du village, afin de lui administrer des piqûres et subir des expériences dont la teneur exacte nous échappe.

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Ballet aquatique

Les premiers plans sont sublimes : dans des profondeurs sous-marines, algues, goémons et autres poissons ondulent au gré du ressac et du courant, dans une sorte de ballet aquatique de toute beauté. En contre-plongée, la caméra capte les faisceaux irisés du soleil dardant ses rayons au plus profond de l’eau. Soit un sentiment d’ataraxie et de quiétude contrastant fortement avec l’ambiance mortifère qui suivra. En effet, alors qu’il s’affaire au sein d’activités ludiques propres à son âge, un jeune enfant fait une découverte macabre : un enfant mort au fond de la mer. A partir de là, la perception de Nicolas sera peu à peu contaminée par ce sentiment de doute. Incertitude qui le minera au point de lui faire remettre en cause son mode d’existence.

D’emblée, l’élément aquatique vu dès les premiers plans, liquide amniotique dégageant une aura de torpeur proche de l’engourdissement, s’oppose à la dureté de la roche minérale et volcanique de l’île. Tous ces éléments naturels sont une antithèse aux tonalités ocre et mordorées de l’hôpital, endroit dans lequel les murs délabrés suintent l’humidité, la rouille et le dépérissement. Esthétiquement, l’organicité de la Nature tranche avec l’aspect métallique et artificiel de l’hôpital.

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Une belle expérience visuelle et sensorielle

Dans cette communauté autarcique coupée du monde (quel monde d’ailleurs ? Où sommes-nous ? À quelle époque ?) régie par des lois ancestrales et une routine quotidienne spartiate (rappelant le précédent film de Lucile Hadzihalilovic), l’adolescent pré-pubère devient circonspect face aux agissements de sa mère, indifférente qu’elle est aux velléités curieuses de son fils. Pourquoi ce cadavre ? Qui est-il ? La mère tempère le doute vacillant de son fils en usant de prétextes fallacieux tout en lui administrant quotidiennement cette étrange mixture qui semble être le seul repas consommé par les autochtones. Reposant sur un archétype narratif proche du récit d’initiation (précédemment utilisé dans Innocence), Nicolas va peu à peu s’affranchir du l’influence funeste de sa mère, et par extension du monde des femmes dirigeant l’île, afin de suivre sa propre voie.

Visuellement, le film est extraordinaire. Le travail du chef-opérateur est tout bonnement fabuleux. Témoin ces plans liminaires où le jeune Nicolas, accompagné de sa mère, se dirige vers l’hôpital : images aux teintes clairs-obscures splendides «colorées» d’une mélancolie et d’une tristesse proche des œuvres d’un Giorgio di Chirico, ce dernier étant par ailleurs une référence avouée de la réalisatrice. Avec son atmosphère étrange, son lieu reclus, et la présence d’enfants disposant de leurs propres règles, Evolution s’inscrit également dans la filiation du cinéma d’horreur ibérique, à l’image de l’excellent film de Narciso Ibanez Serrador, Les Révoltés de l’an 2000, autre référence reconnue par Lucile Hadzhalilovic dans divers entretiens. Evolution est surtout une expérience visuelle et sensorielle incroyablement belle malheureusement desservie par des personnages trop désincarnés et une inertie dans le rythme peinant à trouver l’élan salvateur qui aurait pu élever le film au rang des chefs-d’œuvre du cinéma fantastique.

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Conclusion

En dépit de quelques notes d’intention maladroites, Evolution est une alternative bienvenue, malheureusement trop rare, à la production uniforme du cinéma français contemporain. Raison pour laquelle le film se doit d’être soutenu car il constitue une approche poétique décidément trop rare dans le cinéma hexagonal, hormis chez quelques francs-tireurs épars.

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