Critique : Divertimento

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Divertimento

France : 2022
Titre original : –
Réalisation : Marie-Castille Mention-Schaar
Scénario : Marie-Castille Mention-Schaar, Clara Bourreau
Interprètes : Oulaya Amamra, Lina El Arabi, Niels Arestrup
Distribution : Le Pacte
Durée : 1h50
Genre : Drame, Biopic
Date de sortie : 25 janvier 2023

4.5/5

Synopsis : À 17 ans, Zahia Ziouani rêve de devenir cheffe d’orchestre. Sa sœur jumelle, Fettouma, violoncelliste professionnelle. Bercées depuis leur plus tendre enfance par la musique symphonique classique, elles souhaitent à leur tour la rendre accessible à tous et dans tous les territoires. Alors comment peut-on accomplir ces rêves si ambitieux en 1995 quand on est une femme, d’origine algérienne et qu’on vient de Seine-Saint-Denis ? Avec détermination, passion, courage et surtout le projet incroyable de créer leur propre orchestre : Divertimento.

A force de volonté … et de talent

Selon les sources, il n’y a, dans le monde, que 4 à 6% de femmes à la tête d’un orchestre symphonique. Autant dire que si, à 17 ans, vous rêvez de devenir cheffe d’orchestre, vous devez vous attendre à rencontrer pas mal de difficultés. Si, en plus, vous venez du 93 et que votre famille a ses origines en Algérie, on peut penser qu’il faut un optimisme démesuré pour continuer sans cesse à croire possible la réalisation d’un tel rêve. Et pourtant … Et pourtant, à force de volonté et de talent, Zahia Ziouani y est arrivé et c’est son cheminement vers ce Graal que raconte Divertimento.

Née de père kabyle et de mère algéroise, Zahia a une sœur jumelle prénommée Fettouma. Dans cette famille aimante, la musique tient une place importante, musique classique mais aussi les chansons d’Idir. Passées par le conservatoire de Stains, Zahia et Fettouma pratiquent chacune un instrument, le violoncelle pour Fettouma et l’alto pour Zahia. Alors que Fettouma restera fidèle à son instrument au point d’en faire son métier, Zahia entend poursuivre son rêve de devenir cheffe d’orchestre. On va la voir batailler pour devenir cheffe de l’orchestre du lycée Racine, un lycée parisien où elle a été admise avec sa sœur et où les deux banlieusardes du 93 sont l’objet de railleries de la part de la plupart de leurs condisciples, parisien.ne.s bon teint. On va la voir tenter sa chance, vainement, au fameux concours de Besançon. On va la voir se former auprès du fameux chef roumain Sergiu Celibidache qui a accepté de la prendre sous son aile, tout en ayant commencé par lui dire « être chef, c’est pas un métier de femme ». On va la voir former son propre orchestre symphonique, Divertimento, réunissant 70 musiciens et basé à Stains, avec, parmi ses objectifs, celui de transmettre aux autres ce qu’on lui a appris et celui de faire connaitre, de faire apprécier ce qu’on appelle la « grande musique » à tous les publics et, tout particulièrement, au public populaire de Seine-Saint-Denis.

C’est comme productrice que Marie-Castille Mention-Schaar est entrée en 2002 dans la famille du cinéma, devenant en plus scénariste en 2009 avec La première étoile. Deux ans plus tard, elle faisait ses débuts de réalisatrice avec Ma première fois. Depuis, des films comme Les héritiers, Le ciel attendra et A good man lui ont permis de prendre une place de plus en plus importante dans le cinéma français. Celle qui, en 2005, a fondé « Le cercle féminin du cinéma français », qui en est la présidente et qui prône un féminisme constructif et positif, est par ailleurs une réalisatrice qui aime filmer la jeunesse, avec pour but de montrer combien « elle peut avoir d’élan, de courage, de combativité et de positivité ». Contrairement à ses films précédents qu’elle avait elle-même initiés, ce sont des producteurs qui lui ont proposé le projet de Divertimento. Elle qui aime tout particulièrement les histoires positives, « celles qui donnent de l’espoir, celles qui sont inspirantes », ne pouvait que s’enthousiasmer à l’idée de raconter l’histoire de ces 2 jeunes filles de 17 ans qui sont arrivées à surmonter tous les obstacles pour atteindre le but qu’elles poursuivaient, d’autant plus qu’elle est passionnée de musique symphonique et que sa famille compte de grands musiciens. Soucieuse de réaliser un film qui soit le plus réaliste possible, Marie-Castille Mention-Schaar tenait à ce que tous les musiciens qu’on voit dans le film soient de véritables musiciens jouant eux-mêmes de leurs instruments, avec un tournage en son direct. Cela a rendu le casting particulièrement difficile dans la mesure où il fallait « deviner » qui parmi les musiciens postulant à un rôle allait se montrer capable de jouer la comédie tout en respectant la diversité des membres composant l’orchestre Divertimento.

Concernant celles qui allaient interpréter Zahia et Fettouma, le problème était différent : il fallait des comédiennes expérimentées, tout en restant fidèle au désir de crédibilité. On pourrait penser que la tâche a été plus facile pour Lina El Arabi que pour Oulaya Amamra et, pourtant, ce n’est qu’à moitié vrai. En effet, Lina, l’excellente Zahira de Noces, violoniste virtuose dans la série Philharmonia, connait très bien la musique et pratique le violon a un très bon niveau, mais Fettouma est violoncelliste et non violoniste et comme le dit Lina, passer du violon au violoncelle « c’est un peu comme si on demandait à un joueur de football de jouer au basket. Il y a un ballon dans les deux cas, mais ce n’est pas le même sport ». Quant à Oulaya Amamra, Dounia dans Fragiles, elle était le premier choix de la réalisatrice mais elle n’avait au départ aucune formation en musique classique. Autant dire que Lina et Oulaya ont dû énormément travailler pour arriver à ce qu’on voit et entend à l’écran. Un travail qui s’est effectué avec le concours de Zahia et de Fettouma Ziouani, la collaboration avec les deux jumelles s’étant prolongée durant le tournage du film. Aux côtés de Lina et de Oulaya, Niels Arestrup fait une belle composition du chef roumain Sergiu Celibidache, ce chef très particulier qui affichait une très grande réticence à l’enregistrement sur disque de ses directions d’orchestre et dont on s’étonne, au vu du sexisme dont il était coutumier, qu’il ait accepté de participer à la formation de Zahia Ziouani. On notera que cette période de formation auprès de Sergiu Celibidache s’est déroulée en 1995 et que ce chef est décédé l’année suivante. Quant aux parents de Zahia et de Fettouma, très à l’écoute de leurs filles pour favoriser leur vocation, ils sont interprétés par Zinedine Soualem et Nadia Kaci.

Il est probable que certain.e.s, critiques compris, vont renâcler face à ce très beau film, l’accusant de trop faire appel aux bons sentiments. Dommage pour eux/elles si elles et ils se montrent incapables d’être touché.e.s par le plaisir et l’émotion ! En tout cas, cette émotion qu’il parait normal de ressentir face au combat, finalement victorieux, mené par Zahia et Fettouma Ziouani, elle se  trouve renforcée par les musiques retenues pour le film, comme la Bacchanale de l’opéra Samson et Delilah de Camille Saint-Saëns ou le boléro de Maurice Ravel.

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