Critique : Chroniques de Téhéran

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Chroniques de Téhéran

Iran : 2023
Titre original : Ayeh haye zamini
Réalisation : Ali Asgari, Alireza Khatami
Scénario : Ali Asgari, Alireza Khatami
Interprètes : Bahman Ark, Arghavan Shabani, Servin Zabetiyan
Distribution : ARP Sélection
Durée : 1h17
Genre : Comédie, comédie dramatique, drame
Date de sortie : 13 mars 2024

4/5

Synopsis : Un homme déclare la naissance de son fils, une mère habille sa fille pour la rentrée, une élève est convoquée par la directrice, une jeune femme conteste une contravention. une jeune fille se présente à un entretien d’embauche, un jeune homme vient retirer son permis de conduire, un homme au chômage répond à une annonce, un réalisateur demande une autorisation de tournage, une femme cherche à retrouver son chien.

Neuf visages de la vie quotidienne à Téhéran.

 

Pour espérer pouvoir continuer à en profiter, il ne faut pas le crier trop fort, mais il semble bien qu’il y ait un trou dans la raquette du système de censure que les ayatollahs font subir au cinéma iranien : alors que, pour tourner un long métrage, il est nécessaire que son scénario ait été accepté par un comité de censure très strict, la règle se montre beaucoup plus souple pour les court-métrages. D’où l’idée consistant à proposer la réalisation de plusieurs court-métrages que l’on agrège ensuite pour en faire un long-métrage entrant dans la catégorie des « films à sketches ». Cette idée, Mohammad Rasoulof ne s’était pas caché de l’avoir mise en pratique il y a 3 ans pour Le diable n’existe pas, film racontant 4 histoires ayant en commun la façon dont on assume la responsabilité de ses actes dans un contexte totalitaire.

Cette fois ci, avec Chroniques de Téhéran, ce sont 9 histoires qui sont réunies, 9 histoires très courtes qui forment une sorte de catalogue des situations kafkaïennes vécues de façon quotidienne par les iraniennes et les iraniens. Cela va du père de famille venu au service d’état civil pour déclarer la naissance de son fils et qui se voit refuser le prénom David par le fonctionnaire au réalisateur qui voit le scénario du film qu’il espère pouvoir tourner se réduire comme une peau de chagrin face aux ciseaux de la censure en passant par une jeune chauffeuse de taxi accusée de conduire son véhicule sans foulard ou une jeune lycéenne convoquée par la directrice qui l’accuse de s’être faite déposer à l’école par un garçon. Chaque fois, le dispositif de filmage peut être qualifié de minimal, chaque fois, le résultat est particulièrement puissant : format 1.39, chaque saynète est filmée en plan fixe, avec un seul plan séquence qui voit la ou le protagoniste du sketch s’exprimer le plus souvent face caméra mais à qui il peut arriver de sortir du cadre puis de revenir ; face à ce personnage, on entend l’interlocuteur ou l’interlocutrice qui représente l’autorité mais elle ou il n’est jamais visible, même si, à 2 ou 3 reprises, on peut apercevoir une main. Ce format resserré et ce parti pris du hors champ pour les représentants de l’autorité participent grandement à l’impression d’emprisonnement de tout un peuple que dégage le film

Présenté dans la sélection Un Certain Regard lors du dernier Festival de Cannes, Chroniques de Téhéran réussit l’exploit d’être un des films les plus subversifs dans l’histoire du cinéma iranien malgré (ou à cause de ?) une très grande simplicité dans sa mise en scène. Les situations rencontrées sont tellement absurdes qu’elles entraînent forcément le rire, un rire qui combine connivence avec celles et ceux qui vivent ces situations et une forme de colère face à ces sommets de bêtise (in)humaine. Ali Asgari et Alireza Khatami, les deux scénaristes et réalisateurs, ne sont pas des inconnus pour les cinéphiles : il y a un peu plus d’un an, le premier, membre de la minorité Tat, nous avait proposé le très beau Juste une nuit, alors que le second, membre d’une tribu khamseh du sud-ouest de l’Iran, a coécrit le scénario de Juste une nuit avec son réalisateur et a réalisé il y a 7 ans Les versets de l’oubli, film qu’il a tourné au Chili. Ayant eu tous les deux leur premier long métrage sélectionné en 2017 à Venise, ils se sont rapprochés et, après Juste une nuit, Chroniques de Téhéran est le nouveau fruit de leur collaboration. Un véritable bijou à la fois très court et très fort, un film qui montre que toutes les tranches d’âge sont concernées par l’absurdité du système iranien, de l’enfant qui vient de voir le jour à la dame âgée qui ne peut pas envisager de ne pas retrouver son chien, le tout avec une fin qui présente les 3 façons de terminer un film : le happy end, la fin tragique, la fin ouverte.

 

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