Critique : Après la nuit

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Roumanie : 2019
Titre original : Monstri
Réalisation :
Scénario : Marius Olteanu
Interprètes : , ,
Distribution :
Durée : 1h56
Genre : Romance
Date de sortie : 18 décembre 2019

3.5/5

Réalisateur de 4 court-métrages ayant été sélectionnés dans un grand nombre de festivals, premier assistant de Cristi Piui pour la réalisation de Sieranevada, le quadragénaire Marius Olteanu réalise son premier long métrage avec Après la nuit, un film présenté dans le cadre du Forum lors de la dernière Berlinade.

Synopsis : Dana et Arthur, la quarantaine, sont mariés depuis près de dix ans. Mais quelque chose s’est fissuré, à cause de leurs besoins, de leurs croyances, de ce que la vie leur offre, de leurs démons intimes. Un jour, ils devront décider si laisser partir l’autre n’est finalement pas la plus grande des preuves d’amour.

Un format vraiment carré. Pourquoi ?

Premières images, première surprise : le format est carré ! Vraiment carré  :  1:1 et non 4/3, faussement appelé format carré. Il est probable qu’en faisant ce choix, le réalisateur veut nous dire quelque chose, à nous, spectateurs. Mais quoi ? Il commence par un long travelling le long d’un train qui vient d’arriver en gare à Bucarest. On entend des bribes de conversations et des appels au haut-parleur de la gare puis la caméra vient fixer une jeune femme, seule sur un autre quai, une valise à ses pieds. Vient-elle d’arriver ou, au contraire, a-t-elle décidé de ne pas prendre un train qui vient de partir ? On la retrouve, en larmes, dans les toilettes de la gare puis à la recherche d’un taxi. Mais pour aller où ? Le sait elle vraiment elle-même tant elle semble perdue ? L’arrivée dans le taxi d’un couple de voisins dont la femme est sur le point d’accoucher va faire diversion un moment mais il faudra la réception d’un coup de téléphone et une longue  conversation avec le chauffeur de taxi pour qu’on commence à avoir une amorce de début d’explication.

Le film se tourne alors vers un autre personnage, un homme. Un homme qui passe d’une séance de gymnastique à une relation homosexuelle chez un homme rencontré sur une application internet et qui se définit lui-même comme étant un homme « responsable », en passant par une hésitation quant à un éventuel suicide. Le réception d’un coup de téléphone et une chanson passant à la radio vont nous faire comprendre que Dana, la femme du premier épisode, et Arthur, l’homme du deuxième épisode, sont mari et femme et que l’action des deux épisodes se déroulait simultanément.

Après la nuit, le couple se retrouve réuni, et, dans un premier temps, l’écran s’élargit. Qu’est devenu leur amour ? S’est-il transformé en affection et une affection est-elle suffisante pour cimenter un couple sur le long terme ? Dans ce troisième épisode, les problèmes que rencontre le couple sont palpables mais la vie sociale leur impose de continuer à se montrer ensemble et même à se soutenir l’un l’autre face à des réprimandes familiales. Pour combien de temps ?

Un couple en crise

Concentré sur 24 heures, très clairement partagé en 3 épisodes de longueur presque égale, Après la nuit nous parle d’un couple dans la petite quarantaine et de la crise que les partenaires peuvent être amenés à vivre lorsque, au bout de plusieurs années de vie commune, ils s’aperçoivent que l’amour intense du début s’est lentement transformé en  amour anémié, ou bien en affection, avec le besoin de se faire des concessions mutuelles, avec le poids des exigences de l’entourage. Ce sont ces tergiversations sur l’avenir du couple que le format 1 : 1 des 2 premiers épisodes annonçait déjà : en se concentrant, dans ce format étriqué, sur Dana puis sur Arthur, qui, au même moment, vivent des moments très personnels destinés à rester inconnus de leur partenaire, le réalisateur pose la question de la solitude, de l’enfermement et de la place susceptible d’être laissée, ou non, à l’autre personne censée partager votre vie ? Dans la dernière partie du film, le format n’arrête pas de changer au gré de l’évolution des rapports entre Dana et Arthur, le format le plus large étant atteint, de façon très progressive, lorsque les deux partenaires dansent un slow joue contre joue.

Après la nuit est un film dans lequel le son est également très important : difficile pour Dana et Arthur de pouvoir se livrer à une véritable introspection avec tous les bruits qui les entourent, dans la gare, en provenance de l’autoradio dans le taxi, de la part du couple qui partage le taxi, etc.. Une représentation lucide de notre quotidien dans lequel le silence est rare et souvent rejeté. Quant au titre du film choisi dans notre pays, Après la nuit, il est tout à fait différent du titre original qui fait référence à des monstres. Ces monstres, ce ne sont pas Dana et Arthur, mais plutôt ceux que les relations amoureuses peuvent enfermer dans des placards.

Trois difficultés majeures

Avec ce film, Marius Olteanu vient s’ajouter à la liste des cinéastes roumains de premier plan. Des cinéastes beaucoup plus reconnus à l’étranger que dans leur propre pays et qui, année après année, rencontrent beaucoup de succès dans les festivals. Les principales difficultés rencontrées par le réalisateur ont été de trois ordres : tout d’abord, arriver à tourner la scène du baptême, alors que  l’église orthodoxe roumaine interdit les tournages à l’intérieur des lieux de culte. Il a fallu filmer un vrai baptême ! Ensuite, le fait d’aborder le thème de l’homosexualité, sujet tabou en Roumanie, a généré un certain nombre de problèmes que ce soit pour le casting, le financement et même pendant le tournage. Enfin, s’apercevoir qu’il faut changer l’actrice principale deux jours avant le début du tournage n’est jamais sans entraîner quelques désagréments. Ce rôle de Dana, c’est donc Judith State qui l’interprète, elle qui était Sandra dans Sieranevada de Cristi Puiu.

Conclusion

Sur un sujet souvent traité au cinéma, un sujet universel, celui du couple qui  doit affronter une crise après un certain nombre d’années passées ensemble, le réalisateur roumain Marius Olteanu apporte du nouveau avec la construction en 3 parties de son film et le jeu subtil qu’il propose en ce qui concerne le format, 1 : 1 dans les deux premières parties, variable dans la troisième. Ce premier long métrage est donc très prometteur.

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