Critiques de films Drame — 30 janvier 2020
Critique : Adam


: 2019
Titre original : –
Réalisation :
Scénario : Maryam Touzani,
Interprètes : , ,
Distribution :
Durée : 1h40
Genre : Drame
Date de sortie : 5 février 2020

4.5/5

En mai dernier, deux premiers longs métrages en provenance du Maroc faisaient partie du haut du panier parmi l’ensemble des films des diverses sélections du Festival de Cannes. Le jury de la Caméra d’or, à laquelle ces deux films pouvaient légitimement prétendre, leur a préféré Nuestras Madres, un film guatémaltèque qui sortira le 8 avril. Un choix qu’on est en droit de contester ! En tout cas, Le miracle du saint inconnu, présenté à la Semaine de la Critique, est sorti le 1er janvier dans les salles de notre pays. C’est maintenant au tour d’Adam, présenté dans la sélection Un Certain Regard, de venir se confronter au public français. Ce film a été réalisé par Maryam Touzani dont deux court-métrages, Quand ils dorment et Aya va à la plage, ont été primés dans de nombreux festivals et qui a collaboré avec Nabil Ayouch, son mari, sur Much loved et Razzia, film dans lequel elle a fait ses premiers pas devant la caméra.

Synopsis : Dans la Médina de Casablanca, Abla, veuve et mère d’une fillette de 8 ans, tient un magasin de pâtisseries marocaines. Quand Samia, une jeune femme enceinte frappe à sa porte, Abla est loin d’imaginer que sa vie changera à jamais. Une rencontre fortuite du destin, deux femmes en fuite, et un chemin vers l’essentiel.

Un séjour qui se prolonge

Alors que Alba vend des pâtisseries dans une petite échoppe de Casablanca,  Samia est une jeune femme qui cherche désespérément du travail dans les rues de la ville et, de toute évidence, elle ne doit pas être très loin d’accoucher. Malgré son état, un travail de coiffeuse ou de femme de ménage lui conviendrait parfaitement, mais elle n’essuie que des refus. La voilà qui frappe à la porte d’Alba. De la fenêtre, , la très jeune fille d’Alba, lui dit qu’elle va ouvrir. En fait, c’est Alba elle-même qui se présente à la porte et, à une proposition d’aide de la part de Samia, la réponse est à nouveau négative. Toutefois, la vision de Samia assise de l’autre côté de la rue arrive à émouvoir Alba qui, finalement, accepte d’accueillir Samia chez elle pour une nuit. Un séjour qui va se prolonger grâce à un savoir-faire que possède Samia : celui de fabriquer des rziza de façon tout à fait artisanale, une spécialité locale que les clients préfèrent largement réalisée ainsi plutôt que de façon industrielle.

Warda

Le personnage de Samia, la réalisatrice Maryam Touzani l’a connu dans sa jeunesse : une jeune femme enceinte quittée par un homme qui lui avait promis le mariage, qui avait caché sa grossesse pendant des mois et qui avait fini par fuir sa famille afin d’accoucher en cachette,  de donner l’enfant avant de revenir dans son village. Cette jeune femme, les parents de Maryam l’avait accueillie chez eux sans la connaître et son séjour avait duré plusieurs semaines, jusqu’à la naissance de l’enfant. En partant de ce souvenir profondément ancré en elle, Maryam Touzani a bâti une histoire dégageant une très grande émotion, celle de la rencontre entre deux femmes qui, au départ, n’ont en commun que leur solitude et leur mal-être : l’état de veuve de Alba, dont le mari est mort dans un accident et qui a particulièrement mal vécu le fait que l’enterrement ait été si rapide qu’elle n’a même pas eu le temps de toucher le corps. L’état de grossesse de Samia, un état qu’elle n’a pas désiré, qui l’étouffe, qui fait qu’elle est rejetée par une grande partie de la population et dont elle n’envisage de sortir que par un don de l’enfant à l’adoption, lui permettant de revenir dans son village. Au milieu de ces deux femmes qui, dans un premier temps, ne sourient guère, une fillette, Warda, très vive, très enjouée. Warda, prénommée ainsi en hommage à la chanteuse algérienne ainsi nommée, une chanteuse qu’Alba appréciait particulièrement avant de cesser  de l’écouter lorsque son mari est mort. Un petit coup de pouce de la part d’une personne qui tend à devenir une amie peut suffire à modifier la donne dans ce domaine et la musique peut contribuer à vous redonner goût à la vie.

Léger et tendre

Cette histoire de rencontre entre une femme en deuil et une femme rejetée en raison de sa condition de future mère célibataire et qui, de ce fait, souhaite refuser de garder son enfant après l’accouchement a tout, a priori, pour être particulièrement plombante. Il faut tout le talent de la réalisatrice pour en faire un film dans lequel la légèreté et la tendresse sont présentes à côté d’une émotion jamais forcée. Pour arriver à ce résultat, Maryam Touzani a su notamment utiliser la vivacité de l’adorable Warda, les maladresses de Slimani, un fournisseur de Alba, très amoureux d’elle, ainsi, bien sûr, que les chansons de Warda. Elle a choisi aussi de donner à Samia la possibilité de donner deux fois la vie : à son bébé et à Alba, qu’elle fait naître à nouveau. Par ailleurs, la très belle utilisation de la lumière dans ce film qui se passe presque toujours en intérieur joue aussi en faveur de cette légèreté et de cette douceur. On notera que la Directrice de la photo, Virginie Surdej, a apporté son talent à de nombreux autres films récents, dont Une famille syrienne et … Nuestras Madres, la Caméra d’Or évoquée plus haut !

Dans la distribution, on connait surtout la remarquable comédienne belgeo-marocaine Lubna Azabal, qui interprète ici le rôle d’Alba. A ses côtés, Nisrin Erradi, dans le rôle de Samia, et Douae Belkhaouda dans celui de Warda n’ont jamais à rougir de la comparaison.

Conclusion

Sans aucun pathos, sans aucune lourdeur, Adam narre l’amitié naissante entre deux femmes tout en présentant une critique féministe de la société patriarcale de son pays, du rejet quasiment total des mères célibataires dans un pays où les relations sexuelles hors mariage sont interdites et l’éveil d’un amour maternel qui s’impose à une jeune femme qui, au départ, n’y était pas du tout préparée. Adam montre aussi, très intelligemment, le rôle que peut jouer la musique sur l’humeur des individus.  

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Jean-Jacques

Cet article a été rédigé par Jean-Jacques Corrio, Rédacteur de Critique Film. Lire tous ses articles

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