Chatroom

chatroom affiche

Royaume-Uni : 2010
Titre original : Chatroom
Réalisateur :
Scénario : Enda Walsh
Acteurs : , Imogen Poots, Hannah Murray, Matthew Beard, Daniel Kaluuya
Distribution : Diaphana Distribution
Durée : 1h37
Genre : Thriller
Date de sortie : 11 août 2010

Globale : [rating:4][five-star-rating]

Chatroom, sorti en 2010, aborde frontalement les dérives d’Internet d’aujourd’hui et notamment celles qui portent sur les discussions en ligne. En regardant ce film on pense également à de David Schwimmer, où une adolescente de 14 ans était trompée sur la véritable identité de son interlocuteur, aboutissant à une relation malsaine et traumatisante pour celle-ci. Ici, le but du métrage n’est pas de nous moraliser mais d’appuyer sur un point sensible : les chats. On se retrouve alors face à un film contemporain, totalement ancré dans son époque, et qui tente de dresser le portrait d’une jeunesse en repli sur elle-même. Son réalisateur japonais, Hideo Nakata, est avant tout connu pour ses excellents métrages horrifiques, et , le premier ayant révolutionné le film de fantômes, et bénéficiant désormais d’une certaine aura. Après avoir vécu une période américaine très moyenne (Le Cercle 2), il part poser ses caméras au Royaume-Unis pour Chatroom.

Synopsis :

William, 17 ans, solitaire, passe son temps sur internet et ouvre un forum de discussion pour les adolescents de sa ville.
Rejoints par Eva, Emily, Mo et Jim, tous vident leurs sacs sur leurs parents, leurs soi-disant amis, leurs émois, leurs traumatismes. William, très à l’écoute, les conseille et les incite à s’affranchir de leurs problèmes par l’action…
Aucun d’eux ne sait que dans la vie réelle William est un adolescent perturbé, et qu’il est déterminé à influencer le groupe sur son Chatroom « à la vie – à la mort »

chatroom réunion

Pendant 1h30 nous suivons les mésaventures de cinq adolescents se liant d’amitié sur un chat en ligne. Celui-ci va rapidement devenir privé pour ainsi se focaliser sur ces derniers. Chacun possède une vraie personnalité, du dépressif suicidaire à la top modèle lassée de ses amies, en passant par la petite bourgeoise en manque de reconnaissance et le jeune aux problèmes de cœur bien complexes. Le film les présente chacun afin de nous impliquer davantage dans son récit. Car malgré la critique d’Internet, le réalisateur montre avant tout ses dérives à travers l’existence chamboulée de ces protagonistes. Les cinq personnages ont des difficultés dans leur vie de tous les jours, et trouvent par les chats un moyen de s’évader grâce à des amis virtuels. C’est alors qu’arrive le cinquième adolescent, très sympathique et créatif, mais qui va vite s’avérer dangereux et complètement instable psychologiquement. Et c’est bien là que le film enfonce le clou sur l’un des vrais soucis du web, celui des faux semblants. Car en effet, sur la toile, on peut devenir qui l’on veut, parler comme on le désire et surtout renvoyer l’image qui nous paraît la plus flatteuse. Derrières ces premières apparences, les vraies personnalités vont vite se révéler, et aboutir à une course contre la montre haletante. Aaron Johnson est totalement habité par son rôle de jeune déséquilibré qui prend un malin plaisir dans la douleur des autres, notamment à travers le suicide. Une étape qu’il n’a lui même pas réussi, qui le ronge et le pousse à désirer celui des autres. C’est clairement le personnage le plus complexe de film, De plus, plusieurs thèmes touchant à la toile et ses dérives sont abordés : la pédophilie, montrée brièvement mais efficacement, et les réseaux de rencontres entre adultes.

chatroom couloir

La mise en scène de Nakata se révèle ingénieuse dans sa façon de confronter la réalité à Internet. Le monde réel est triste, sombre et grisâtre, tout à l’opposé de la représentation des chats, qui est chaude, colorée et décomplexée. Le principe des chatrooms est mis en avant de manière très intelligente. Au lieu de filmer ses acteurs devant un écran pendant tout le film, les salles de discussions en ligne sont matérialisées à travers un long couloir décrépi rappelant celui de l’Overlook dans , et où chaque porte mène à une salle de chat. Ca paraît simple, mais encore fallait-il y penser. Louper cet élément aurait sans doute été fatal. Du coup, au bout de seulement deux minutes le principe est intégré grâce à un montage et des plans très astucieux. D’ailleurs, le réalisateur a utilisé deux caméras bien distinctes pour chaque univers, celle pour Internet étant de bien meilleure qualité. Il accentue ainsi l’écart entre les deux mondes dans l’esprit des protagonistes, le web devenant un vrai refuge paradisiaque. A noter également la somptueuse photographie que l’on doit au frenchie Benoît Delhomme (The Proposition, Chambre 1408) et qui renforce ce sentiment. Et quoi de mieux que l’Angleterre pour obtenir ces paysages plutôt moroses ? Le choix de s’implanter dans cette partie du globe est incontestable, car en plus de l’adéquation avec le visuel de film, on pense aussi aux nombreux problèmes de la jeunesse anglaise. On pourra cependant reprocher au métrage une fin bâclée et trop convenue. Il y avait matière pour accoucher d’un final plus percutant et plus marquant.

Chatroom Aaron

 

Résumé

Malgré une sortie en salles passée inaperçue et un accueil plutôt froid de la part de la presse, Chatroom se révèle être une très bonne surprise. Le parti pris visuel de Nakata est pertinent et permet d’entrer rapidement dans le monde torturé d’Internet et de ses dérives. Les acteurs se montrent criant de vérité, mention spéciale à l’excellent Aaron Johnson, à l’opposé de son rôle dans Kick-Ass. Le film dérange en montrant ces aspects d’Internet que l’on refuse d’assumer, ceux du voyeurisme et des faux semblants. C’est grâce cette alchimie, entre cinéma et dénonciation sociologique, que le film est une vraie réussite.

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Thibaud

Cet article a été rédigé par Thibaud Savignol, rédacteur de Critique Film.fr.